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Syndrome de traumatisme du viol : accompagner une victime de violence sexuelle, diagnostic infirmier

Syndrome de traumatisme du viol : accompagner une victime de violence sexuelle, diagnostic infirmier

En bref : le syndrome de traumatisme du viol désigne la réponse psychologique, physique, émotionnelle et relationnelle qui suit un viol ou une agression sexuelle, c'est-à-dire un acte sexuel imposé contre la volonté et sans le consentement de la personne. Il touche des femmes et des hommes de tous âges et de tous milieux. Chacun réagit à sa façon, immédiatement ou des mois, voire des années plus tard. Le soignant, quel que soit son lieu d'exercice (urgences, hôpital, cabinet, domicile, centre de santé, structure médico-sociale), a un rôle capital : assurer la sécurité, croire la personne, respecter son rythme et sa volonté, protéger les éléments utiles à la justice, soigner le corps et l'esprit, garder le secret et alerter selon les règles. Cette page explique quoi faire et quoi éviter.

1. Définition du diagnostic infirmier

Le diagnostic infirmier syndrome de traumatisme du viol décrit une réponse inadaptée et durable à une pénétration sexuelle violente, contre la volonté et sans le consentement de la victime. Il recouvre la période immédiate de choc et de désorganisation, puis la phase de réorganisation de la vie, avec des perturbations du comportement physique, émotionnel, cognitif et interpersonnel habituel.

En droit français, le viol est défini par le code pénal comme tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui ou sur la personne de l'auteur par violence, contrainte, menace ou surprise. L'agression sexuelle recouvre les atteintes sexuelles sans pénétration, commises dans les mêmes conditions. Une personne qui ne peut pas consentir (sommeil, inconscience, sédation, alcool ou drogue, handicap, trouble cognitif, jeune âge) ne peut pas donner de consentement valable.

Les réactions sont très variables : une personne peut sembler calme, rire, être confuse, ne se souvenir de rien ou demander à se laver tout de suite. Cela ne prouve ni l'absence de violence ni un consentement. Beaucoup de victimes ne parlent pas, par honte, par peur de ne pas être crues, par dépendance vis-à-vis de l'agresseur ou par crainte des conséquences.

Idées fausses à combattre
Idée fausse Réalité
« Le viol est commis par un inconnu, dans la rue » Dans la majorité des cas, l'agresseur est connu : conjoint, ex-conjoint, proche, collègue, personne ayant autorité ou soignant
« Elle l'a cherché », « elle n'a pas assez résisté » La victime n'est jamais responsable. La sidération (blocage, incapacité à bouger ou à crier) est fréquente
« S'il n'y a pas de blessure, il n'y a pas eu de viol » Beaucoup de viols ne laissent aucune lésion visible
« Les hommes ne sont pas concernés » Les hommes peuvent être victimes, et se taisent encore plus souvent
« Une personne en situation de vulnérabilité (âge, handicap, maladie, précarité) est moins exposée » Les personnes vulnérables sont des victimes fréquentes, souvent invisibles
« Si elle ne se plaint pas, c'est qu'elle va bien » Le silence est une réaction fréquente au traumatisme
« Elle a tardé à en parler, c'est qu'elle ment » Une victime peut mettre des semaines ou des années à pouvoir dire ce qui s'est passé
« Elle avait bu ou s'était habillée de telle façon, donc... » Ni l'alcool, ni la tenue, ni le comportement ne valent consentement

Combattre ces idées reçues, informer le public et former les soignants à répondre sans jugement diminue le traumatisme et augmente la probabilité que les victimes demandent de l'aide.

Les deux temps de la réaction
Phase Ce que l'on peut observer
Phase aiguë (heures, jours, semaines) Choc, sidération, pleurs ou calme apparent, agitation, peur intense, honte, confusion, désorganisation, difficulté à décider, sentiment de souillure, douleur physique, troubles du sommeil, hypervigilance
Phase de réorganisation (semaines, mois, années) Cauchemars, flash-back, phobies, évitement, anxiété, dépression, irritabilité, troubles du sommeil, difficultés relationnelles et sexuelles, problèmes de confiance, parfois conduites addictives ou idées suicidaires ; ces troubles peuvent s'estomper avec le temps ou persister longtemps sans soutien

Les survivants ont un risque plus élevé de dépression, de trouble anxieux, de syndrome de stress post-traumatique, de troubles obsessionnels, de troubles alimentaires et de consommation de substances. Ces réactions sont des réponses normales à un événement anormal : la personne n'est pas « folle ».

Où et comment les soignants rencontrent-ils les victimes ?
Lieu ou situation Ce qu'il faut savoir
Urgences, maternité, gynécologie, unité médico-judiciaire La victime vient souvent dans les heures qui suivent ; le délai compte pour les traitements et les prélèvements
Cabinet, centre de santé, médecine du travail, centre de santé sexuelle, pharmacie La victime révèle parfois des faits anciens, ou consulte pour des symptômes sans lien apparent (douleurs, insomnie, anxiété, troubles gynécologiques)
Hospitalisation, soins à domicile, psychiatrie, soins de suite La révélation peut se produire à l'occasion d'un soin intime, d'une toilette, d'un examen, d'une relation de confiance
Structures médico-sociales, établissements pour personnes handicapées ou âgées, foyers L'agresseur peut être une personne du lieu de vie (autre usager, professionnel, visiteur, proche) : la protection immédiate et le signalement priment
Prison, hébergement d'urgence, accueil de personnes migrantes Dépendance, peur des représailles, barrière de langue : prévoir un interprète professionnel et un cadre sûr

Cette page concerne l'accompagnement des adultes. Pour un mineur, des protocoles spécifiques s'appliquent (information préoccupante, signalement au procureur) : appliquez le protocole de votre structure et prévenez immédiatement le cadre et le médecin.

2. Facteurs favorisants

Facteur déclenchant et facteurs qui aggravent le traumatisme
  • facteur déclenchant : le traumatisme d'une agression sexuelle (viol ou tentative)
  • agresseur proche ou ayant autorité (conjoint, famille, employeur, soignant), répétition des faits, violence ou menaces, blessures, sentiment d'avoir cru mourir
  • vulnérabilité de la victime : jeune âge ou grand âge, handicap, troubles cognitifs, isolement, dépendance, précarité, antécédents de violences ou de troubles psychiques
  • soumission chimique (alcool, drogue ou médicament administrés à l'insu de la personne) ou consommation de substances qui altère la conscience, ce qui peut majorer la culpabilité
  • absence de soutien, réactions de l'entourage ou des soignants qui doutent, minimisent ou accusent la victime
  • préjugés culturels, sociaux et religieux, honte, peur de ne pas être crue
  • délai avant de pouvoir parler, absence de prise en charge adaptée

3. Que surveiller ? Signes, retentissement et alertes

Urgences et alertes :
  • danger immédiat : mettre la personne en sécurité, la séparer de l'auteur présumé, ne pas la laisser seule, appeler le médecin et le cadre ; en cas de danger pour la personne ou pour autrui, appeler le 17 ou le 112
  • blessure grave, saignement important, douleur intense, perte de connaissance, signes de strangulation : appeler le 15
  • idées suicidaires, désespoir, propos de mort, passage à l'acte : ne pas laisser la personne seule, prévenir immédiatement le médecin ; numéro national de prévention du suicide 3114 (24 h sur 24)
  • personne qui annonce, même de façon confuse ou partielle, qu'on lui a fait du mal : la croire, ne pas minimiser, alerter
  • suspicion de soumission chimique (perte de mémoire, confusion, malaise inexpliqué après une soirée ou une boisson) : prévenir le médecin sans délai, des prélèvements sanguins et urinaires précoces sont utiles
  • émotionnels : peur, honte, humiliation, culpabilité, auto-reproche, colère, sentiments de vengeance, vulnérabilité, impuissance, perte d'estime de soi, sautes d'humeur, tristesse, désespoir
  • cognitifs : déni, confusion, désorganisation de la pensée, difficulté à décider, difficultés de concentration, troubles de la mémoire, symptômes dissociatifs (sentiment d'être détaché de son corps ou de la réalité), méfiance, parfois idées de persécution
  • comportementaux : agitation, agressivité, repli, évitement, hypervigilance, sursauts, refus des soins intimes ou de l'examen, refus de se déshabiller ou d'être touché, comportements à risque, consommation d'alcool ou de substances, tentatives de suicide
  • physiques : tension musculaire, ecchymoses, lésions, irritation des tissus, douleurs, saignements, infections génitales ou urinaires, vêtements déchirés ou tachés, troubles du sommeil, cauchemars, troubles de l'appétit, symptômes sans cause médicale
  • relationnels et sexuels : changement dans les relations, méfiance, peur d'une personne ou d'un lieu précis, difficultés ou aversion sexuelles

4. Du diagnostic infirmier aux soins : le raisonnement complet

Il suit quatre temps, après le recueil de données : problème, objectifs, interventions, évaluation. Ici, le recueil se fait avec une grande délicatesse : on écoute, on ne mène pas d'enquête.

Étape 1 : Le problème (diagnostic infirmier)

On l'écrit selon le modèle « problème + lié à + facteurs + manifestations » :

Exemple : syndrome de traumatisme du viol lié à une agression sexuelle survenue la nuit précédente, se manifestant par des pleurs, des tremblements, une peur intense, un sentiment de souillure avec une demande répétée de se laver, des ecchymoses au bras et la phrase « je n'aurais pas dû y aller ».

On peut y associer : peur, anxiété, impuissance, atteinte de l'estime de soi, perturbation du sommeil, douleur aiguë, risque de suicide, adaptation inefficace, isolement social, risque d'infection, tension dans l'exercice du rôle d'aidant (pour l'entourage).

Étape 2 : Les objectifs de soins

Un bon objectif décrit ce que le patient va atteindre, avec un critère mesurable et un délai.

Objectif Critère de réussite
La personne est en sécurité Mise à l'abri immédiate, aucune nouvelle agression, présence rassurante, mesures de protection décidées en équipe
La personne est entendue et crue Elle a pu parler (avec ses mots ou ses comportements) à une personne formée, sans jugement
Les blessures et douleurs sont soulagées Soins réalisés, douleur évaluée et traitée, examens médicaux réalisés avec son accord
La personne se perçoit comme victime et non comme responsable Elle exprime moins de culpabilité et de honte
La personne adopte des stratégies d'adaptation saines Elle utilise des moyens apaisants (respiration, parole, présence, activités), sans addiction ni conduite à risque
La personne comprend les réactions normales qui peuvent suivre Elle (ou son entourage) cite les réactions physiques, émotionnelles et sociales fréquentes avant de quitter le lieu de prise en charge
La personne connaît ses droits et les soutiens disponibles Elle sait qu'elle peut déposer plainte ou non, être aidée par une association d'aide aux victimes et par un psychologue
L'espoir et la confiance se rétablissent Elle projette des moments positifs et reprend progressivement ses activités
Le secret est respecté Les informations ne sont partagées qu'avec les personnes concernées, dans le cadre prévu par la loi et avec l'accord de la personne chaque fois que c'est possible
Étape 3 : L'évaluation et les interventions

A. Évaluer pour bien comprendre (sans interrogatoire)

Évaluation Pourquoi ?
Évaluer d'abord la sécurité de la personne et de son environnement : l'auteur présumé est-il encore présent ? la personne est-elle en danger ? La protection immédiate est la première priorité
Repérer toute urgence vitale ou blessure grave : saignement, douleur, perte de connaissance, signes de strangulation, lésions graves Les blessures varient de légères à potentiellement mortelles et ont toutes un impact émotionnel fort
Observer les réponses émotionnelles et comportementales : peur, sidération, agitation, calme apparent, pleurs, repli Il n'y a pas de « bonne » ou de « mauvaise » réaction ; certaines stratégies d'adaptation protègent au début mais deviennent un obstacle si elles persistent
Noter les mots de la personne tels qu'elle les dit, entre guillemets, sans reformuler ni interpréter (« la patiente dit : ... »), ainsi que ce que l'on constate, objectivement Des notes précises et neutres sont essentielles pour la suite médicale et judiciaire
Écouter le langage que la personne emploie pour se décrire et décrire ce qu'elle ressent (« sale », « honteuse », « c'est ma faute ») La culpabilité et le sentiment de souillure sont fréquents ; ils peuvent menacer le rétablissement s'ils durent
Rechercher la capacité de la personne à comprendre, à exprimer sa volonté et à consentir aux soins et aux examens Le consentement doit être cherché de façon adaptée, même chez une personne confuse ou en situation de handicap
Rechercher le souhait de la personne : dire ou non, porter plainte ou non, voir un médecin, être accompagnée par une personne de son choix Lui redonner du contrôle sur ce qui lui arrive
Rechercher les antécédents de violences, de troubles psychiques, de consommation de substances, d'idées suicidaires Ils augmentent la vulnérabilité et orientent la prise en charge
Connaître les modes d'adaptation antérieurs et les croyances culturelles, religieuses et personnelles sur la violence sexuelle Ils influencent la façon dont la personne vit les faits et accepte l'aide
Observer la réaction de la famille et des proches envers la personne Reproches, honte, ressentiment, déni ou soutien jouent un grand rôle dans le rétablissement
Évaluer la douleur et les symptômes physiques (douleurs, saignements, brûlures urinaires, écoulements), avec les moyens adaptés à la personne, par hétéro-évaluation si elle ne peut pas parler Soulager et repérer les complications
Évaluer le sommeil, l'humeur, l'anxiété, le risque suicidaire à chaque contact Le risque est plus élevé dans les jours et semaines qui suivent

B. Les interventions de soins

Intervention Pourquoi ?
Assurer la sécurité immédiate : l'installer dans un lieu calme, privé et sûr, séparer l'auteur présumé de la victime sans confrontation, ne pas la laisser seule La personne doit savoir qu'elle est protégée de toute nouvelle agression ; elle peut se sentir menacée dans un lieu étranger
Accueillir avec calme, respect et présence, dans un cadre respectant son intimité, avec une seule personne référente si possible, en tenant compte de sa préférence (soignant femme ou homme) Limiter la répétition du récit et l'intrusion
Croire la personne et le lui dire : « Je vous crois », « Vous n'êtes pas responsable de ce qui s'est passé », « Vous avez bien fait de le dire » Le premier accueil conditionne la suite ; les réactions négatives augmentent le traumatisme
Écouter sans interroger : ne pas demander de détails, ne pas chercher à vérifier, ne pas poser de questions qui insinuent un reproche (« pourquoi n'avez-vous pas crié ? ») Éviter la culpabilisation ; l'enquête appartient aux autorités et aux professionnels formés
Laisser la personne parler à son rythme, accepter les silences, les pleurs, la colère, un comportement déroutant ; ne pas finir ses phrases sans son accord Elle peut être en état de choc ; elle a besoin de temps pour traiter ce qui s'est passé
Expliquer qu'elle a fait ce qu'il fallait pour survivre, quelle que soit sa réaction pendant l'agression (immobilité, soumission, absence de cris) Réduire la culpabilité et la honte
Expliquer chaque geste avant de le faire, demander la permission, laisser la personne dire stop ; ne pas la toucher sans son accord La personne a vécu une perte de contrôle de son corps : le consentement à chaque étape l'aide à retrouver un sentiment de maîtrise
Prévenir sans délai le médecin, l'infirmier référent et le cadre de santé, selon le protocole de la structure Les décisions médicales, de protection et de signalement ne se prennent jamais seul
Dans la mesure du possible et sans mettre la personne en danger, préserver les éléments utiles à la justice : éviter de la laver, de changer ses vêtements, de faire disparaître des traces, de nettoyer les lieux avant l'avis médical ; garder les vêtements et le linge dans un sac en papier propre, fermé, étiqueté ; ne pas jeter de protection ni de matériel Les éléments non altérés peuvent servir à la justice ; une consigne de l'équipe médicale ou une urgence de soins prime toujours sur cette précaution
Si la personne demande à se laver, à uriner ou à boire, expliquer simplement pourquoi on lui demande d'attendre l'examen si c'est possible, et respecter son choix si elle ne peut pas attendre La personne reste maîtresse de son corps ; l'explication évite la culpabilité
Laisser l'équipe médicale et médico-légale (médecin, unité médico-judiciaire) réaliser l'examen et les prélèvements ; ne pas examiner soi-même la zone génitale L'examen demande un consentement éclairé, des gestes précis et une chaîne de conservation respectée
Obtenir et noter le consentement de la personne pour l'examen et les prélèvements ; expliquer à quoi ils servent ; savoir que, selon le dispositif en vigueur, des prélèvements peuvent être faits et conservés même si la personne ne souhaite pas encore porter plainte Laisser un temps de réflexion à la personne sans perdre les éléments
Soigner les blessures et la douleur sur prescription : soins de plaies, antalgiques, antiémétiques, vaccin antitétanique si besoin Le niveau de blessures détermine les priorités de soins
Faire proposer rapidement par le médecin la prévention des infections sexuellement transmissibles, du VIH (traitement post-exposition, à débuter dans les premières heures, au plus tard dans les 48 heures), de l'hépatite B, et pour les femmes en âge de procréer la contraception d'urgence ; informer sur les contrôles à distance Ces traitements sont d'autant plus efficaces qu'ils sont précoces ; les croyances culturelles et religieuses peuvent influencer l'acceptation
Donner accès sans attendre à un professionnel formé : psychologue, psychiatre, unité d'accueil des victimes, association d'aide aux victimes Des équipes spécialisées apportent une aide active et une intervention de crise adaptée
Proposer des premiers secours psychologiques : calmer, relier à la réalité, favoriser le sommeil, éviter de forcer à raconter Soutenir la personne dans les heures qui suivent et prévenir le stress post-traumatique
Encourager la personne à diriger sa colère et son hostilité vers l'agresseur et non vers elle-même Exprimer la colère envers l'auteur favorise une adaptation efficace
Reconnaître la diversité des réactions (honte, colère, agitation, rire, calme) sans les juger Chaque personne réagit différemment
Aider la personne à contacter une personne de confiance, un proche ou une personne soutenante de son choix Elle a besoin d'aide pour identifier qui peut la soutenir, et pour que sa famille ne lui fasse aucun reproche
Ne pas laisser la personne repartir sans accompagnement et sans plan de protection : l'équipe organise qui l'accompagne et où elle sera en sécurité La peur peut persister longtemps ; le sentiment de sécurité est essentiel pendant la transition vers le domicile ou le lieu de vie
Informer la personne, sa famille et ses proches des réactions possibles à long terme : anxiété, tristesse, insomnie, cauchemars, phobies, symptômes physiques, sautes d'humeur Beaucoup de victimes croient qu'elles deviennent folles : c'est un processus connu et normal
Expliquer à l'entourage comment soutenir : écouter, croire, ne pas faire de reproches, ne pas chercher à se venger, respecter les décisions de la personne Le soutien de l'entourage influence directement la reconstruction à long terme
Organiser le suivi médical : contrôles des infections, de la grossesse, du VIH et des lésions à intervalles réguliers, suivi psychologique, suivi par le médecin traitant Évaluer les complications physiques et psychologiques à distance
Informer sur les droits : possibilité de porter plainte ou non, certificat médical, aide aux victimes, accompagnement juridique, rôle du procureur, protection de la personne vulnérable La personne décide de ses démarches avec une information claire ; pour une personne vulnérable, la loi prévoit des obligations de protection et de signalement
Respecter le secret professionnel strictement : ne parler de la situation qu'aux professionnels impliqués, et à d'autres seulement avec l'accord de la personne ou dans les cas où la loi le permet ou l'impose La confidentialité est une condition de confiance
Rédiger des notes factuelles, datées, signées, sans jugement ni suppositions, et déclarer l'événement selon le protocole de la structure La traçabilité protège la personne et peut servir à protéger d'autres personnes
Prendre soin de l'équipe : débriefing, soutien psychologique pour les soignants exposés L'accompagnement d'une victime est éprouvant, et l'équipe a besoin de soutien pour rester présente

C. Signalement et obligations : ce qu'il faut savoir (à adapter avec votre direction)

Situation À savoir
Personne majeure capable de décider Elle choisit de porter plainte ou non ; on l'informe, on la soutient, on respecte sa décision, et on prend les mesures de protection utiles
Personne vulnérable (âge, maladie, handicap, incapacité à se protéger) La loi permet de lever le secret professionnel pour informer les autorités des violences subies, et impose à toute personne de ne pas rester passive devant des mauvais traitements sur une personne vulnérable (code pénal, notamment les articles 226-14 et 434-3) ; la direction informe le procureur de la République et, selon le cas, les autorités de contrôle ou le département
Mineur Des règles spécifiques s'appliquent (information préoccupante, signalement au procureur) : prévenir immédiatement le cadre et le médecin et suivre le protocole de la structure
Auteur présumé membre de l'équipe ou de la structure Suspendre immédiatement tout contact avec la victime, informer la direction, ne jamais gérer la situation en interne seul
Dans tous les cas On ne mène pas d'enquête, on n'interroge pas l'auteur présumé, on le sépare de la victime sans présumer de sa culpabilité, et on laisse la justice établir les faits

Les textes évoluent : vérifiez le protocole de signalement de votre structure et le cadre légal en vigueur avec la direction ou le service juridique.

D. Numéros et soutiens utiles

Numéro ou service Pour qui et pourquoi ?
15 (SAMU), 17 (police), 112 (urgences européennes) Urgence médicale ou danger immédiat ; le 114 est accessible aux personnes sourdes ou malentendantes
3919 Numéro d'écoute et d'orientation pour les femmes victimes de violences
116 006 Numéro d'aide aux victimes (écoute, information sur les droits, orientation)
3977 Numéro national contre la maltraitance des personnes âgées et des adultes en situation de handicap
3114 Numéro national de prévention du suicide, 24 h sur 24
Unité médico-judiciaire, centres d'accueil des victimes de violences sexuelles, associations d'aide aux victimes Prise en charge médicale, psychologique et juridique spécialisée, souvent sans obligation de porter plainte

Vérifiez les numéros et les structures disponibles dans votre département.

Rôle de l'équipe soignante (infirmier, aide-soignant, sage-femme, médecin, psychologue, assistante sociale) : quand une personne dit ou montre qu'elle a subi une violence sexuelle, ou quand vous remarquez des signes inquiétants lors d'un soin, vous êtes souvent le premier à l'entendre ou à le voir. Chaque soignant reste calme, protège la personne sans la laisser seule, la croit, écoute sans poser de questions de détail, respecte son intimité, évite de la laver et de changer ses vêtements sans avis (sauf urgence), garde les vêtements dans un sac en papier, prévient immédiatement le médecin et le cadre, note ce qu'il a vu et entendu sans interpréter, garde le secret et ne mène aucune enquête. L'aide-soignant est souvent présent lors des soins intimes : il observe, rassure, transmet. L'infirmier coordonne la mise en sécurité, l'évaluation initiale et l'orientation. Les examens, les traitements, le signalement officiel et les décisions de protection relèvent du médecin, du cadre et de la direction.

Zoom : les premiers mots, ce qu'il faut dire et éviter
À dire À éviter
« Je vous crois. » « Vous êtes sûre ? » « Ça ne peut pas être vrai. »
« Ce n'est pas de votre faute. » « Pourquoi n'avez-vous pas crié ? » « Qu'avez-vous fait pour en arriver là ? »
« Vous avez bien fait de me le dire. » « Il ne faut pas en parler, ça va passer. »
« Vous êtes en sécurité ici, je reste avec vous. » Laisser la personne seule sans explication
« Vous décidez de ce que vous voulez dire ou faire, je vous explique avant chaque geste. » Toucher, déshabiller, laver sans demander
« Nous allons prévenir un médecin pour vous aider. » Promettre le silence absolu : le secret a des limites légales en cas de danger ou de personne vulnérable
« Je suis là pour vous écouter. » Demander les détails de ce qui s'est passé
Zoom : le consentement, ce qu'il faut comprendre
  • un consentement est libre (sans contrainte, menace, pression ni surprise), éclairé (la personne comprend), spécifique (valable pour un acte précis) et révocable à tout moment
  • il n'existe pas si la personne est endormie, inconsciente, sédatée, sous l'effet de l'alcool ou d'une drogue (y compris administrée à son insu), sidérée ou incapable de comprendre
  • il n'existe pas non plus quand l'auteur a autorité sur la personne (employeur, soignant, famille) et abuse de cette position
  • l'absence de cris, de résistance ou de lésions ne signifie pas consentement
  • un rapport entre un soignant et une personne qu'il soigne n'est jamais acceptable
Zoom : repérer une violence sexuelle chez une personne qui ne peut pas ou n'ose pas le dire

Concerne des personnes en situation de handicap, de trouble cognitif, de barrière de langue, de grand âge, de jeune âge, de peur ou de dépendance.

  • changements brusques de comportement : peur nouvelle d'une personne ou d'un lieu, agitation, cris la nuit, repli, refus de manger, mutisme, agressivité inhabituelle
  • réactions pendant les soins intimes ou les examens : refus, crispation, pleurs, tentatives de fuite, sursauts
  • signes physiques : ecchymoses (cuisses, bras, seins), lésions ou saignements génitaux ou anaux, douleurs en marchant ou en s'asseyant, infection génitale ou urinaire inexpliquée, vêtements déchirés ou tachés
  • propos : phrases isolées, incohérentes ou répétées, désignation d'une personne ou d'un geste, dessins ou jeux
  • comportement sexualisé nouveau ou inapproprié par rapport à l'histoire de la personne
  • contexte : personne isolée avec un même interlocuteur, visites suspectes, intervenant qui isole la personne, climat de peur

Ces signes ne prouvent rien à eux seuls, mais ils imposent d'alerter le médecin et le cadre. On ne les attribue à une maladie ou à un caprice qu'après avoir écarté une violence.

Étape 4 : L'évaluation des résultats
Question à se poser Si oui Si non
La personne est-elle en sécurité, sans nouvel incident ? Maintenir les mesures de protection et la vigilance Renforcer la protection, séparer, alerter la direction
A-t-elle pu parler, se sentir crue et écoutée ? Poursuivre l'écoute à son rythme Proposer un autre interlocuteur formé, un psychologue
Les soins physiques et le suivi médical sont-ils faits ? Poursuivre les contrôles prévus Organiser les rendez-vous, accompagner la personne
La culpabilité, la peur, la honte et l'anxiété diminuent-elles ? Encourager, valoriser Renforcer le suivi psychologique, évaluer le risque suicidaire
Le sommeil et l'appétit s'améliorent-ils ? Poursuivre Avis médical, mesures de confort
Son entourage la soutient-il sans reproche ? Valoriser Reprendre l'information et le soutien, avec le psychologue
Y a-t-il des idées noires ou un passage à l'acte ? Alerter immédiatement, ne pas laisser seule Poursuivre la surveillance

Exemple de transmission ciblée :

  • D (données) : patiente de 31 ans accueillie aux urgences avec une amie, tremblements, pleurs, ecchymoses au bras, demande à se laver. Elle dit : « je n'aurais pas dû y aller ». Ses propos sont notés entre guillemets, sans interprétation.
  • A (actions) : installée dans une pièce calme, accompagnée en permanence, lui ai dit que je la crois et qu'elle n'est pas responsable, expliqué pourquoi attendre l'examen avant de se laver si elle le peut, vêtements conservés dans un sac en papier, médecin et cadre prévenus, aucune question de détail posée, psychologue et association d'aide aux victimes proposés.
  • R (résultats) : examen médical réalisé avec son accord, traitements préventifs proposés et acceptés, soutien psychologique organisé, informée de ses droits et du délai de réflexion pour une plainte, repart accompagnée de son amie avec un rendez-vous de suivi, plus apaisée.

5. Prévention et organisation des soins

  • afficher une politique claire de tolérance zéro à l'égard des violences sexuelles et de toute maltraitance, connue des professionnels, des usagers et des familles
  • former tous les soignants à repérer les signes, à accueillir la parole sans jugement, à protéger et à signaler
  • disposer d'un protocole écrit et connu de tous : qui prévenir, comment mettre en sécurité, quoi préserver, qui signale, avec quels partenaires (unité médico-judiciaire, associations, services d'urgence)
  • prévoir un lieu d'accueil calme et confidentiel, des soignants de sexe féminin et masculin disponibles, un interprète professionnel pour les personnes qui ne parlent pas la langue
  • organiser un parcours de soins coordonné entre urgences, gynécologie, psychiatrie, médecin traitant, associations, justice
  • repérer les violences passées lors des anamnèses, et adapter les soins intimes pour ne pas réactiver un traumatisme : annoncer chaque geste, demander l'accord, respecter la pudeur
  • sécuriser les lieux et les moments à risque dans les structures d'hébergement et de soins : présence suffisante de personnel, rondes, vérification des antécédents des intervenants
  • informer le public, lutter contre les idées reçues, orienter vers les numéros d'aide
  • soutenir les soignants : analyse des pratiques, débriefing après une prise en charge éprouvante
À retenir :
Le syndrome de traumatisme du viol est la réponse à une agression sexuelle : choc et désorganisation d'abord, puis difficile reconstruction. Les soins reposent sur la sécurité immédiate, l'écoute sans jugement (« je vous crois, ce n'est pas votre faute »), le respect du rythme et du consentement à chaque geste, la préservation des éléments utiles à la justice, les soins physiques, la prévention des infections et de la grossesse, le soutien psychologique, l'information de l'entourage, le secret professionnel et le signalement selon la loi et le protocole. On n'interroge pas, on n'enquête pas, on n'oublie pas de soutenir l'équipe. Un danger immédiat, des idées suicidaires ou une suspicion de violence sur une personne vulnérable ou un mineur sont des urgences.
Gisèle Cabre, formatrice IFSI IFAS
Gisèle Cabre
Formatrice IFSI IFAS
 

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