Je voulais partager mon expérience. Le 13 septembre, je prends mon service dans mon unité spécialisée dans la maladie Maladie d’Alzheimer. Le service de nuit m’informe que la veille, un résident avec le VIH avait été admis dans mon service.
Je demande : est-ce qu’il est séropositif ou à un stade SIDA ? Personne n’a su me répondre. Déstabilisé par cette annonce, je savais qu’un jour ou l’autre les services spécialisés seraient débordés, notamment avec des personnes présentant des troubles cognitifs, et que les EHPAD prendraient le relais. Mais là, force est de constater que notre direction nous avait mis au pied du mur : aucune information, aucune réunion en amont, rien dans le logiciel de soins, juste un âge. Même l’infirmier du service ne pouvait pas me renseigner sur la prise en charge.
Je me suis senti seul.
J’ai pris une cigarette, alors que j’avais arrêté depuis trois mois. J’ai bu un café, puis j’ai décidé d’aller voir ce nouveau résident.
Barbe d’une semaine, cheveux très sales, vêtements souillés… ses habits étaient en boule dans des sacs DASRI. Là, je me suis dit : quand même, ce n’est pas anodin. Une admission comme celle-ci, ce n’est pas juste une entrée de plus. C’est un moment clé. Et surtout, c’est une personne.
Un peu de respect pour cette personne.
Je suis resté quelques secondes devant la porte avant d’entrer. Pas par peur du VIH, mais parce que ce que je voyais traduisait un manque de considération. Ce qui m’a marqué, ce n’était pas la pathologie, c’était l’absence de dignité dans l’accueil.
Je suis entré calmement. Je me suis présenté. J’ai parlé, simplement. Pas comme face à un « cas », mais face à un être humain. Le respect commence là : reconnaître la personne, lui adresser la parole, lui accorder une présence.
Je me suis approché sans jugement. Son état n’était pas une conséquence inévitable de la maladie, mais le signe d’un défaut de prise en charge. Et ça, ce n’est pas acceptable.
Alors j’ai décidé de remettre de la dignité là où elle avait été oubliée.
Avec l’équipe, nous avons organisé une toilette complète, dans le respect, en prenant le temps. Changer les vêtements, raser, coiffer… mais surtout expliquer chaque geste, maintenir le lien, préserver l’intimité. Parce que même sans réponse verbale, la personne ressent.
Le respect en soins ne dépend ni d’un diagnostic, ni d’un statut sérologique comme le VIH. C’est une base. Une exigence professionnelle et éthique.
Ce jour-là, j’ai compris concrètement que notre rôle ne se limite pas à gérer une situation ou une pathologie.
On accompagne une personne.
Et quelles que soient les circonstances, le manque d’informations ou les appréhensions, notre responsabilité reste la même : garantir la dignité, protéger l’intimité, et ne jamais perdre de vue l’humanité de celui que l’on accompagne.