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Étudiants IDE-AS-AES Pour les étudiants infirmier, aide soignant et AES

Excès de volume liquidien : diagnostic infirmier, œdèmes, surcharge hydrique et soins

Excès de volume liquidien : comprendre la surcharge hydrique et poser le diagnostic infirmier

En bref : l'excès de volume liquidien (ou hypervolémie, surcharge hydrique) correspond à trop d'eau et de sel retenus dans l'organisme. Le liquide s'accumule dans les jambes, le ventre ou les poumons : œdèmes, prise de poids, essoufflement. Il complique surtout l'insuffisance cardiaque, rénale et hépatique. Le soignant surveille le poids, les œdèmes et la respiration, aide à tenir le régime sans sel et les restrictions prescrites, et alerte à temps.

1. Définition du diagnostic infirmier

Le diagnostic infirmier excès de volume liquidien décrit une augmentation de la rétention d'eau et de sel (liquide isotonique) : le volume de liquide en dehors des cellules (extracellulaire) augmente, parce que le corps retient plus de sodium et d'eau qu'il n'en élimine.

Il résulte le plus souvent d'une défaillance des organes qui régulent l'eau et le sel : le cœur, les reins ou le foie. Mais il peut aussi venir d'un apport excessif de sel ou de liquide, par l'alimentation, les médicaments ou les perfusions.

Excès d'eau : comment reconnaître l'origine de l'œdème ?
Origine Ce que l'on observe
Cœur (insuffisance cardiaque) Œdèmes des deux jambes, plus marqués le soir, essoufflement, prise de poids, jugulaires gonflées
Reins (insuffisance rénale, syndrome néphrotique) Œdèmes du visage et des paupières le matin, jambes gonflées, urines peu abondantes ou mousseuses, tension élevée
Foie (cirrhose) Gros ventre (ascite), jambes gonflées, peau ou yeux jaunes, fatigue
Dénutrition (manque de protéines) Œdèmes des jambes avec fonte musculaire et amaigrissement (le poids peut être trompeur)
Veines (insuffisance veineuse) Jambes lourdes, varices, œdème qui diminue la nuit
Médicaments Chevilles gonflées après un nouveau traitement (corticoïdes, anti-inflammatoires, certains antihypertenseurs)
Comment le corps règle-t-il l'eau et le sel ?
  • le sel (sodium) attire l'eau : plus il y a de sel, plus le corps retient d'eau
  • les reins filtrent le sang et éliminent l'excès par les urines
  • le cœur assure la circulation qui irrigue les reins
  • le foie fabrique l'albumine, une protéine qui garde l'eau dans les vaisseaux
  • des hormones (aldostérone, hormone antidiurétique) ajustent la rétention

Quand un de ces maillons faiblit, l'eau reste dans l'organisme et passe dans les tissus, ce qui donne les œdèmes.

2. Facteurs favorisants

Maladies et mécanismes
  • insuffisance cardiaque, diminution du débit cardiaque, infarctus du myocarde
  • insuffisance rénale aiguë ou chronique, syndrome néphrotique, dialyse mal équilibrée
  • maladie du foie, cirrhose
  • manque de protéines (dénutrition, faible apport protéique)
  • troubles hormonaux, hypothyroïdie
  • traumatisme crânien ou atteinte cérébrale qui perturbe la régulation de l'eau
  • stress sévère qui stimule la rétention
  • immobilité, position assise prolongée, insuffisance veineuse
Apports et traitements
  • apport excessif de sel : charcuterie, plats cuisinés, conserves, fromages, pain, bouillons, eaux gazeuses riches en sodium
  • apport excessif de liquides, par la bouche ou par perfusion
  • médicaments qui contiennent du sodium ou qui font retenir le sel et l'eau (corticoïdes, anti-inflammatoires, certains antihypertenseurs ou antidiabétiques)
  • perfusions et produits de diagnostic riches en sodium
  • arrêt ou oubli d'un diurétique
  • mécanismes de régulation compromis

3. Que surveiller ? Signes, retentissement et alertes

Attention : essoufflement brutal ou au repos, crachats mousseux rosés, lèvres bleutées, sueurs, agitation, douleur thoracique, tension très élevée ou très basse, pouls très rapide, confusion : urgence (œdème aigu du poumon), appeler immédiatement l'infirmier et le 15. Un seul mollet gonflé, rouge, chaud et douloureux peut être une phlébite : à signaler sans attendre.
  • prise de poids rapide (par exemple 2 kg ou plus en 3 jours)
  • œdèmes des chevilles, des jambes, du dos ou du sacrum chez la personne alitée, parfois du visage ou des mains
  • ventre gonflé, tendu (ascite), vêtements ou ceinture trop serrés
  • essoufflement, toux, crépitants à l'écoute des poumons, besoin de dormir assis ou avec plusieurs oreillers (orthopnée)
  • veines du cou gonflées, pouls rapide, tension élevée au début, parfois basse si le cœur fatigue
  • urines peu abondantes (oligurie), entrées supérieures aux sorties
  • fatigue, anxiété, agitation, confusion
  • à l'analyse : sodium et potassium anormaux, urée élevée, hémoglobine plus basse par dilution du sang

4. Du diagnostic infirmier aux soins : le raisonnement complet

Il suit quatre temps, après le recueil de données : problème, objectifs, interventions, évaluation.

Étape 1 : Le problème (diagnostic infirmier)

On l'écrit selon le modèle « problème + lié à + facteurs + manifestations » :

Exemple : excès de volume liquidien lié à une insuffisance rénale chronique, à un apport en sel élevé et à un traitement diurétique mal suivi, se manifestant par une prise de poids de 2,5 kg en 5 jours, des œdèmes des jambes avec godet marqué, des crépitants aux bases des poumons, un essoufflement à l'effort, une diurèse de 600 mL par jour et une tension à 160/90 mmHg.

On peut y associer : diminution du débit cardiaque, intolérance à l'activité, risque d'atteinte à l'intégrité de la peau, anxiété, connaissances insuffisantes sur le régime et le traitement.

Étape 2 : Les objectifs de soins

Un bon objectif décrit ce que le patient va atteindre, avec un critère mesurable et un délai.

Objectif Critère de réussite
Le patient retrouve un volume liquidien normal Diurèse suffisante (au moins 30 mL par heure en surveillance rapprochée, ou environ 1 L par jour selon le patient), poids stabilisé
Les entrées et les sorties sont équilibrées Bilan entrées et sorties neutre ou négatif selon la prescription, poids qui revient au poids sec
Le pouls et la tension se normalisent Pouls entre 60 et 100 par minute, tension dans les valeurs habituelles du patient
Les poumons sont clairs Respiration calme, absence de crépitants, pas d'orthopnée
Les œdèmes diminuent Godet moins marqué, périmètre du mollet ou de la cheville en baisse
La peau reste intacte Aucune lésion sur les jambes, les talons, le sacrum
Le patient comprend les causes et sait agir Il explique le régime, la restriction éventuelle, la pesée et cite les signes qui imposent de consulter
Étape 3 : L'évaluation et les interventions

A. Évaluer pour bien comprendre

Évaluation Pourquoi ?
Reprendre les antécédents et la cause probable : maladies cœur, rein, foie, médicaments, alimentation, changements récents Orienter la prise en charge et le traitement
Peser chaque jour avec la même balance, à la même heure, avec les mêmes vêtements Une prise de poids rapide signe une rétention d'eau
Interpréter le poids avec l'état nutritionnel Chez la personne dénutrie, la perte de masse musculaire peut masquer la rétention d'eau : le poids stable peut être trompeur
Tenir le bilan des entrées et des sorties de 24 heures, y compris aliments liquides (soupe, glace, gélatine, compote) Mesurer le déséquilibre
Prendre pouls, tension, fréquence respiratoire, saturation La tachycardie et la tension qui monte sont précoces ; la baisse de tension et de saturation signent l'aggravation
Rechercher les œdèmes : cheville, tibia, pied, sacrum chez la personne alitée, avec le test du godet (voir détail plus bas) Le liquide s'accumule dans les zones déclives
Mesurer le périmètre du mollet ou de la cheville, et du ventre si ascite Suivre objectivement l'évolution
Écouter la respiration et rechercher dyspnée, toux, orthopnée Les crépitants traduisent du liquide dans les poumons
Chercher jugulaires distendues, ascite, bruit de galop (infirmier ou médecin) Montrent la surcharge du cœur droit ou gauche
Suivre la diurèse et sa réponse au traitement diurétique Évaluer l'efficacité du traitement
Suivre les examens prescrits : natrémie, potassium, créatinine, urée, hémoglobine, BNP, radiographie du thorax, échographie Repérer troubles des sels minéraux et de la fonction rénale, mesurer la congestion
Rechercher une réponse excessive aux diurétiques : tension basse, crampes, vertiges, confusion, soif Un traitement trop efficace peut entraîner une déshydratation
Évaluer la peau des jambes, des talons et du sacrum La peau gorgée d'eau est fragile et s'abîme vite
Évaluer l'appétit, l'état nutritionnel et la capacité à suivre le régime Le régime sans sel est peu appétissant et expose à la dénutrition

B. Les interventions de soins

Intervention Pourquoi ?
Expliquer au patient et à ses proches la maladie, les règles de sel et de boissons, le rôle des médicaments Le patient doit comprendre pour participer
Limiter le sel selon la prescription : éviter charcuterie, plats préparés, conserves, fromages, pain salé, bouillons en cube, sel de table ; cuisiner avec des herbes, du citron, des épices Moins de sel, moins de rétention d'eau
Ne pas utiliser de substituts du sel (à base de potassium) sans avis médical Ils sont dangereux en cas d'insuffisance rénale ou de certains diurétiques
Respecter la restriction hydrique si elle est prescrite : répartir les boissons sur la journée, noter les quantités, compter aussi soupes, glaces, gélatine, compotes (voir détail plus bas) Limiter le volume qui s'accumule
Donner les diurétiques et autres médicaments prescrits, à l'heure, et surveiller leur effet (diurèse, poids, tension, crampes, potassium) Ils permettent l'élimination de l'excès
Surélever les jambes au repos lorsque c'est possible, sans les laisser pendantes en continu, et manipuler les membres œdématiés avec douceur Favoriser le retour veineux, réduire l'œdème, éviter les lésions
Installer le patient en position demi-assise ou assise si essoufflement Améliorer le confort respiratoire
Repositionner toutes les 2 à 3 heures chez la personne alitée, prévenir les escarres (talons, sacrum), utiliser un matelas adapté Le liquide s'accumule dans les zones d'appui et la peau se fragilise
Soigner la peau : toilette douce, séchage, crème hydratante, inspection quotidienne des jambes et des plis, chaussures larges Prévenir fissures, plaies et infections
Utiliser la contention veineuse (bas, bandes) seulement sur prescription, après avis médical Utile en cas d'insuffisance veineuse, mais contre-indiquée en cas d'artérite sévère et à manier avec prudence en insuffisance cardiaque non stabilisée
Mesurer la diurèse avec un urinal, un collecteur ou une chaise graduée ; réserver la sonde urinaire aux situations où elle est nécessaire La sonde expose aux infections et ne doit pas être systématique
Garder un apport suffisant en protéines et en calories, adapté avec le diététicien Le manque de protéines aggrave les œdèmes
Favoriser une activité adaptée à la tolérance, avec des temps de repos Réduire la stase veineuse sans épuiser le cœur
Rassurer, rester présent, répondre aux questions L'anxiété aggrave l'essoufflement
Prévenir sans attendre l'infirmier et le médecin en cas de prise de poids rapide, essoufflement croissant, œdème unilatéral, diurèse effondrée, tension anormale Permettre un ajustement du traitement avant la décompensation
Définir un plan à domicile : pesée, carnet de poids, signes d'alerte, numéros à appeler Assurer la continuité des soins après le retour au domicile

C. Traitements et techniques prescrits (à connaître)

Traitement À savoir
Diurétiques de l'anse (furosémide, bumétanide, torasémide), thiazidiques, spironolactone Éliminent l'eau et le sel ; à surveiller : poids, diurèse, tension, potassium, crampes, déshydratation, chute ; la voie intraveineuse est parfois choisie quand l'intestin absorbe mal
Traitement de la cause Insuffisance cardiaque (inhibiteurs de l'enzyme de conversion, bêta-bloquants, inhibiteurs du SGLT2), rein, foie, dénutrition, médicament à arrêter ou remplacer
Albumine en perfusion, ponction d'ascite (paracentèse) Indiquées dans certaines maladies du foie, en milieu spécialisé
Hémofiltration, ultrafiltration, dialyse Techniques hospitalières pour retirer l'eau en excès dans les formes sévères ou en cas d'insuffisance rénale
Perfusions : concentrer les médicaments et les liquides, utiliser une pompe pour un débit précis (milieu hospitalier) Limiter la quantité d'eau et de sodium apportée par la perfusion

Rôle de l'aide-soignant : pesée quotidienne et notation, relevé des boissons et des urines, installation confortable (demi-assis, jambes surélevées), aide aux repas peu salés, toilette et soin de la peau, repositionnement, prévention des escarres, observation des œdèmes, de la respiration et du comportement, soutien moral, alerte rapide. La prise des constantes, les médicaments, la contention et les prélèvements relèvent de l'infirmier ou de la prescription médicale.

Zoom : évaluer un œdème avec le test du godet
  1. repérer une zone d'appui : devant le tibia, au-dessus de la cheville, sur le dos du pied, ou sur le sacrum chez une personne alitée
  2. appuyer fermement avec le pouce pendant 5 secondes, sans frotter
  3. relâcher et observer : si une empreinte (godet) reste visible, c'est un œdème mou
  4. noter la profondeur et le temps pour que le godet disparaisse (léger, modéré, marqué) et la hauteur jusqu'où monte l'œdème (cheville, mollet, cuisse)
  5. comparer les deux côtés : un œdème d'un seul côté, rouge, chaud et douloureux est à signaler immédiatement (phlébite possible)
  6. mesurer le périmètre du mollet ou de la cheville au même endroit chaque jour et le noter
Zoom : aider à tenir la restriction hydrique
  • répartir la quantité autorisée sur la journée, en la préparant le matin dans une bouteille graduée
  • utiliser de petits verres ou tasses, boire lentement par petites gorgées
  • compter les aliments liquides à température ambiante : soupe, yaourt, glace, sorbet, gélatine, compote, fruits très juteux
  • apaiser la soif sans eau : glaçons à sucer, rinçage de bouche, brumisateur, bonbons acidulés, chewing-gum sans sucre, tranche de citron, brossage de dents
  • éviter les repas très salés, qui donnent soif
  • prendre les médicaments avec une petite quantité d'eau
  • rester vigilant chez la personne âgée : une restriction trop sévère peut provoquer déshydratation et confusion, à signaler au médecin
Étape 4 : L'évaluation des résultats
Question à se poser Si oui Si non
Le poids revient-il vers le poids sec et la diurèse est-elle bonne ? Objectif atteint, poursuivre régime et traitement Prévenir le médecin, ajuster les diurétiques, rechercher une cause
Les œdèmes et le périmètre du mollet diminuent-ils ? Poursuivre surélévation et soins de peau Réévaluer, rechercher phlébite, insuffisance veineuse, dénutrition
La respiration est-elle calme, sans crépitants ? Espacer la surveillance Alerter, rechercher un œdème pulmonaire, appeler le 15 si besoin
Y a-t-il tension basse, crampes, vertiges, confusion (excès de diurétique) ? Alerter, réévaluer le traitement et les boissons Poursuivre le suivi
La peau est-elle intacte ? Maintenir les soins Soigner la lésion, adapter la prévention
Le patient suit-il le régime et connaît-il les signes d'alerte ? Valoriser Reprendre l'éducation avec des supports simples et l'entourage

Exemple de transmission ciblée :

  • D (données) : prise de 2,5 kg en 5 jours, œdèmes des jambes avec godet marqué, essoufflé à l'effort, crépitants aux bases, diurèse de 600 mL par jour, tension 160/90, fait des écarts de sel (charcuterie, fromage).
  • A (actions) : médecin prévenu, diurétique adapté sur prescription, repas sans sel, restriction hydrique à 1 L par jour répartie, pesée quotidienne, jambes surélevées au repos, position demi-assise, soins de peau, éducation du patient.
  • R (résultats) : à 72 heures, poids en baisse de 2 kg, diurèse de 1,4 L par jour, œdèmes diminués, respiration plus calme, tension à 145/85, patient capable de citer les aliments à éviter.

5. Prévention en EHPAD et à domicile

  • peser régulièrement les résidents à risque et repérer tôt une prise de poids
  • proposer une alimentation peu salée, goûteuse et équilibrée, sans régime trop strict chez la personne dénutrie
  • donner les diurétiques et autres traitements à heures fixes, sans oubli ni arrêt
  • revoir les médicaments qui retiennent le sel et l'eau avec le médecin
  • surveiller poids, œdèmes, respiration, diurèse et tension
  • encourager la mobilité, surélever les jambes au repos, éviter de rester assis longtemps jambes pendantes
  • soigner la peau et prévenir les escarres
  • dépister précocement dénutrition, infection, déshydratation, constipation
  • donner des repères écrits au patient et à ses proches : poids à surveiller, signes d'alerte, numéros d'urgence
À retenir :
L'excès de volume liquidien se traduit par une prise de poids rapide, des œdèmes, un ventre gonflé, un essoufflement et des urines peu abondantes. Les soins reposent sur la pesée quotidienne, le bilan des entrées et sorties, la limitation du sel et, si elle est prescrite, des boissons, les diurétiques, la surélévation des jambes, le soin de la peau et l'alerte rapide. Un essoufflement brutal, des crachats mousseux rosés ou un mollet unilatéral gonflé, rouge et douloureux sont des urgences.
Gisèle Cabre, formatrice IFSI IFAS
Gisèle Cabre
Formatrice IFSI IFAS
 

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