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Étudiants IDE-AS-AES Pour les étudiants infirmier, aide soignant et AES

Anxiété : diagnostic infirmier, niveaux de Peplau, crise de panique, techniques de détente et prise en charge

Anxiété : comprendre et poser le diagnostic infirmier

En bref : l'anxiété est un sentiment vague d'inconfort, d'appréhension ou d'effroi, accompagné de réactions du système nerveux autonome (cœur qui s'accélère, souffle court, sueurs, ventre noué). Sa source est souvent floue ou inconnue de la personne : c'est une alerte face à un danger anticipé, réel ou imaginé, qui prépare à agir. Elle est normale et utile à petite dose, mais devient un problème quand elle est trop forte, trop durable ou trop fréquente : elle empêche de penser, de dormir, de décider et de vivre. Les troubles anxieux comptent parmi les maladies psychiques les plus fréquentes et touchent tous les âges et tous les milieux. Le soignant reconnaît l'anxiété sans la minimiser, évalue son niveau, cherche une cause physique qui l'imite ou l'aggrave, apaise par la présence, la parole et des techniques simples, enseigne des moyens de la gérer et oriente vers une aide spécialisée quand elle s'installe.

1. Définition du diagnostic infirmier

Le diagnostic infirmier anxiété désigne un sentiment vague d'inconfort ou d'effroi accompagné d'une réponse du système nerveux autonome, dont la source est souvent non précisée ou inconnue de la personne ; un sentiment d'appréhension causé par l'anticipation d'un danger. C'est un signal d'alerte qui permet à la personne de se mettre en position de faire face à la menace.

Elle peut venir de la peur, de l'incertitude, de pensées qui tournent en boucle et d'évitements. Elle peut gêner le fonctionnement normal, au point de faire croire à la personne qu'elle perd la raison. Chacun la ressent à sa façon, et son expression est influencée par la culture. Il est important que le soignant et la personne comprennent de quelle anxiété il s'agit et comment elle retentit sur sa vie : les personnes anxieuses peuvent la surmonter si elles apprennent des stratégies cognitives et comportementales et les appliquent dans leur vie quotidienne. Non traitée, l'anxiété durable peut conduire à d'autres difficultés : dépression, consommation d'alcool ou de médicaments, troubles du sommeil, évitement social, plaintes physiques.

Anxiété, peur, stress, angoisse, trouble anxieux : comment les distinguer ?
Notion Ce qui la caractérise
Peur Réaction à un danger identifié, présent ou imminent ; la personne sait de quoi elle a peur (voir la page sur la peur)
Anxiété Appréhension diffuse tournée vers un danger futur ou flou, avec tension et signes physiques
Angoisse Terme souvent utilisé pour une anxiété intense, avec prédominance des sensations physiques (oppression, gorge serrée, souffle court)
Stress Réaction d'adaptation à une pression extérieure ; quand il est prolongé ou dépassé, il alimente l'anxiété
Trouble anxieux Maladie diagnostiquée par le médecin : anxiété généralisée (soucis constants sur de nombreux sujets pendant au moins six mois), trouble panique (crises soudaines et peur d'en avoir d'autres), phobies spécifiques, anxiété sociale, agoraphobie, anxiété de séparation ; les troubles obsessionnels compulsifs et le stress post-traumatique sont classés à part

L'anxiété est une réaction normale quand une menace est réelle (annonce de maladie, examen, opération). On parle de problème quand elle est disproportionnée, persistante, difficile à contrôler ou handicapante.

Comment le corps réagit à l'anxiété
Système Signes
Sympathique (alerte, « combat ou fuite ») Pouls rapide, palpitations, tension artérielle qui monte, respiration rapide, sueurs, mains moites, tremblements, bouche sèche, pupilles dilatées, réflexes vifs, tension musculaire, perte d'appétit, diarrhée
Parasympathique et digestif Nœud ou « papillons » dans le ventre, nausées, douleurs abdominales, envie fréquente ou pressante d'uriner, malaise, fatigue, vertiges
Hyperventilation Respiration trop rapide et superficielle, picotements des mains et de la bouche, vertiges, impression d'étouffer, crampes des mains
Cerveau et pensées Inquiétude, ruminations, difficulté à se concentrer, trous de mémoire, indécision, anticipation du pire, hypervigilance
Comportement Agitation, irritabilité, évitement, demandes répétées de réassurance, difficultés de sommeil, baisse du rendement
Les quatre niveaux d'anxiété selon Hildegard Peplau
Niveau Ce que l'on observe Comment aider
Légère Peu ou pas de signes physiques, signes vitaux normaux, la personne paraît calme mais peut dire sentir des « papillons dans le ventre » ; attention accrue, vigilance utile Écouter, informer ; ce niveau peut être stimulant
Modérée La personne paraît tendue, très énergique, la voix et les expressions sont plus animées, signes vitaux normaux ou un peu élevés, champ de perception rétréci : elle se concentre sur ce qui l'inquiète Parler simplement, guider l'attention, permettre l'expression, apprendre une technique de détente
Sévère Signes d'activation du système nerveux autonome : pouls et tension élevés, sueurs, envie d'uriner, bouche sèche, tension musculaire, palpitations, oppression thoracique ; agitation, irritabilité, sensation d'être submergé, perception très réduite, difficulté à comprendre Réduire les stimulations, phrases très courtes, présence rassurante, respiration guidée, consignes une par une ; éliminer une cause physique
Panique Perte de contrôle : pâleur, tension parfois basse, mauvaise coordination, impression de mourir ou de devenir fou, comportements extrêmes (fuite, agitation, combativité, ou au contraire figement et retrait), désorganisation de la pensée Ne pas laisser seul, sécuriser, voix calme et ferme, respiration, ancrage, lieu calme, avis médical (voir plus bas)

Plus le niveau monte, moins la personne comprend les explications : on les simplifie et on les répète.

2. Facteurs favorisants

Facteurs liés à la situation et à la personne
  • changements ou menaces pour : la santé (maladie grave, examens, résultats, opération, douleur, handicap, fin de vie), le statut économique ou professionnel, l'environnement (hospitalisation, déménagement, entrée en institution), les relations (séparation, conflit, deuil), le rôle ou le statut (retraite, aidant, parent), le concept de soi (image du corps)
  • stress prolongé, événements de vie difficiles, surcharge de travail ou de responsabilités, épuisement
  • incertitude, manque d'information, informations contradictoires, attente de résultats
  • besoins non satisfaits (douleur, sommeil, faim, sécurité, affection), conflits intérieurs sur des valeurs ou des objectifs de vie
  • traumatismes passés, violences, hospitalisations vécues comme traumatisantes
  • étape de la vie ou situation particulière : adolescence, grossesse et post-partum, grand âge, isolement
  • tempérament anxieux, antécédents personnels ou familiaux de troubles anxieux ou de dépression, perfectionnisme
  • consommation d'alcool, de cannabis, de cocaïne ou d'autres substances ; sevrage ; excès de caféine ou de tabac
Causes physiques qui imitent ou aggravent l'anxiété (à éliminer avec le médecin)
Domaine Exemples
Cœur et poumons Infarctus, troubles du rythme, insuffisance cardiaque, embolie pulmonaire, asthme, BPCO, hypoxie
Hormones et métabolisme Hyperthyroïdie, hypoglycémie, phéochromocytome, troubles du calcium, ménopause, carences (vitamine B12)
Neurologie Début de démence, épilepsie, accident vasculaire cérébral, délirium
Médicaments et substances Corticoïdes, bronchodilatateurs, hormones thyroïdiennes, décongestionnants, certains antidépresseurs en début de traitement, stimulants, caféine, nicotine, cocaïne, amphétamines ; sevrage d'alcool, de benzodiazépines, d'opioïdes, de nicotine
Autres Douleur non soulagée, fièvre, dépression, anémie

Une anxiété d'apparition brutale chez une personne sans antécédent, avec des signes physiques marqués, impose de chercher d'abord une cause physique avant de conclure à une anxiété « psychologique ».

3. Que repérer ? Signes, retentissement et alertes

À signaler rapidement au médecin ou à l'infirmier (15 si besoin) :
  • douleur thoracique, essoufflement intense, malaise, palpitations marquées, pâleur, sueurs profuses : ne jamais conclure d'emblée à une « crise d'angoisse » ; éliminer une cause cardiaque ou pulmonaire
  • tremblements, sueurs, agitation, hallucinations chez une personne qui arrête l'alcool, les calmants ou d'autres substances : sevrage grave, urgence
  • crise de panique avec détresse intense, perte de contrôle, comportements dangereux
  • idées suicidaires, désespoir, propos de mort : ne pas laisser la personne seule, prévenir immédiatement le médecin ; numéro national de prévention du suicide 3114 (24 h sur 24)
  • agitation intense, agressivité, violence (chez la personne âgée ou démente, l'agitation peut traduire une douleur, une confusion aiguë ou un besoin non satisfait)
  • anxiété sévère après un événement traumatisant (cauchemars, reviviscences, évitement) : stress post-traumatique possible
  • anxiété qui s'accompagne de refus de manger, de boire ou de se soigner, d'insomnie prolongée ou de consommation croissante d'alcool ou de médicaments
  • anxiété pendant la grossesse ou après un accouchement avec détresse importante
  • affectifs : inquiétude, appréhension, sentiment d'inadéquation, irritabilité, sentiment d'impuissance, centrage sur soi, tension permanente
  • comportementaux : baisse de la productivité, agitation, insomnie, évitement, préoccupations répétées sur les changements de vie, demandes constantes de réassurance
  • cognitifs : difficulté de concentration, confusion, diminution des capacités d'apprentissage et de résolution de problèmes, peur de conséquences imprécises, pensées répétitives
  • physiques sympathiques : pouls, tension et respiration augmentés, bouche sèche, réflexes vifs, perte d'appétit, diarrhée, tremblements, sueurs
  • physiques parasympathiques : douleurs abdominales, nausées, fréquence ou urgence urinaire, fatigue, malaise, vertiges
  • retentissement : arrêt d'activités, isolement, difficultés au travail ou dans les relations, fatigue, plaintes physiques sans cause retrouvée (symptômes somatiques)

4. Du diagnostic infirmier aux soins : le raisonnement complet

Il suit quatre temps, après le recueil de données : problème, objectifs, interventions, évaluation. Les interventions générales s'appliquent à toute personne anxieuse, quelle que soit la cause.

Étape 1 : Le problème (diagnostic infirmier)

On l'écrit selon le modèle « problème + lié à + facteurs + manifestations » :

Exemple : anxiété liée à l'incertitude du diagnostic et à la menace perçue sur sa santé après une biopsie, se manifestant par une nuit sans sommeil, des palpitations, un pouls à 100 battements par minute, une tension à 150/90 mmHg, des ruminations, des questions répétées et une anxiété cotée à 8 sur 10.

On peut y associer : peur, impuissance, insomnie, fatigue, perturbation du sommeil, déséquilibre nutritionnel, douleur, déficit de connaissances, adaptation inefficace, isolement social, faible estime de soi situationnelle, risque de suicide (si désespoir), tension dans l'exercice du rôle d'aidant (pour les proches).

Étape 2 : Les objectifs de soins

Un bon objectif décrit ce que le patient va atteindre, avec un critère mesurable et un délai.

Objectif Critère de réussite
La personne décrit son anxiété et ses propres moyens d'y faire face Elle nomme ses sensations, ses pensées et ce qui l'a aidée par le passé, dès les premiers entretiens
Elle identifie et exprime les déclencheurs de son anxiété Elle cite au moins deux situations ou pensées qui déclenchent l'anxiété et ses conflits ou menaces
Son anxiété diminue Cotation de l'anxiété de 0 à 10 inférieure ou égale à 4, ou baisse d'au moins 3 points, en 24 à 72 heures
Ses signes physiques s'atténuent Pouls, tension et fréquence respiratoire proches de ses valeurs habituelles ; posture détendue, expressions du visage et gestes apaisés, niveau d'activité adapté
Sa concentration et la justesse de ses pensées s'améliorent Elle suit une conversation et comprend les explications ; ses pensées sont plus nuancées
Elle se rassure elle-même Elle utilise au moins deux techniques (respiration, phrases apaisantes, relaxation, distraction) quand l'anxiété monte
Elle surveille les signes et l'intensité de son anxiété Elle tient un journal et reconnaît ses signes précoces
Elle maintient ses activités et ses rôles Elle conserve ses activités, le sommeil et la résolution des problèmes au niveau souhaité
Elle regarde davantage vers l'extérieur Moins de ruminations, plus d'intérêt pour son entourage et ses activités
Elle sait où trouver de l'aide Elle cite des ressources (soignant, proche, 3114, médecin) et l'utilise quand c'est nécessaire
Étape 3 : L'évaluation et les interventions

A. Évaluer pour bien comprendre

Évaluation Pourquoi ?
Demander simplement : « Vous sentez-vous anxieux(se) en ce moment ? Sur une échelle de 0 à 10, à combien ? » ; valider ce que l'on observe L'anxiété est une réaction normale et très individuelle ; l'échelle permet de suivre l'évolution
Évaluer le niveau d'anxiété selon les quatre niveaux de Peplau (légère, modérée, sévère, panique) à partir de l'attitude, de la voix, du discours, de la capacité à comprendre et des signes vitaux Chaque niveau demande une approche adaptée (voir le tableau plus haut)
Utiliser, si besoin, un outil validé : inventaire d'anxiété état-trait (qui distingue l'anxiété du moment de l'anxiété de tempérament), échelle d'anxiété et de dépression en milieu hospitalier, questionnaire d'anxiété généralisée, échelle visuelle analogique d'anxiété ; outil adapté à la personne âgée ou à la personne qui communique peu Mesurer, repérer un trouble anxieux, orienter, suivre l'efficacité
Mesurer pouls, tension, fréquence respiratoire, saturation, température, glycémie capillaire si besoin ; observer sueurs, pâleur, tremblements ; rechercher des signes d'hyperventilation Distinguer anxiété et cause physique ; objectiver la réponse physiologique
Rechercher des causes physiques et médicamenteuses (voir plus haut), avec le médecin : douleur, hypoxie, trouble du rythme, hyperthyroïdie, hypoglycémie, sevrage, médicaments, caféine Une cause physique non traitée entretient ou aggrave l'anxiété
Évaluer les réactions physiques et les plaintes sans cause apparente (douleur, nausées, faiblesse, vertiges) L'anxiété joue un rôle dans les troubles somatoformes
Évaluer l'influence de la culture, des croyances, des valeurs et de la langue sur ce que la personne trouve stressant et sur la façon de l'exprimer Le contexte et le sens de l'anxiété sont modulés par la culture ; elle peut s'exprimer par le corps
Évaluer comment la personne fait face : stratégies (lecture, écriture, marche, parole, prière, musique), mécanismes de défense (humour, déni, déplacement, projection, rationalisation, régression) et leur efficacité Les défenses protègent du sentiment d'être submergé ; certaines sont adaptatives, d'autres coûteuses à long terme
Évaluer le sommeil, l'appétit, la consommation de café, de tabac, d'alcool, de calmants, de substances, l'activité physique Autant de facteurs qui aggravent ou apaisent l'anxiété
Évaluer le retentissement : travail, relations, activités, évitements, qualité de vie Distinguer l'anxiété normale du trouble anxieux
Évaluer l'humeur et le risque suicidaire, en posant la question franchement si le désespoir est présent L'anxiété et la dépression sont souvent associées
Évaluer la compréhension et le besoin d'information sur la situation (diagnostic, examens, soins) L'incertitude et le manque de prévisibilité alimentent l'anxiété
Évaluer le soutien : proches, entourage, aidants Le soutien est un facteur protecteur

B. Les interventions de soins

Intervention Pourquoi ?
Reconnaître l'anxiété de la personne, sans la minimiser ni la juger : « Je vois que vous êtes très inquiet(ète). » Quand la cause n'est pas identifiable, la personne peut penser que ses sentiments sont « inventés » ; les reconnaître les valide et montre qu'ils sont acceptés
Être présent : rester auprès de la personne, parler avec calme, toucher bienveillant avec sa permission, regard doux ; lui rappeler qu'elle n'est pas seule et l'inviter à exprimer ses besoins, ses craintes, ses questions Un soutien accessible favorise la communication et diminue la solitude de l'anxiété
Garder une attitude calme et posée, un ton lent et bas ; maîtriser sa propre anxiété L'anxiété du soignant se transmet, surtout à la personne sensible ; un climat calme sécurise
Familiariser la personne avec l'environnement, les personnes et les nouvelles expériences : présenter l'équipe, le service, le déroulement de la journée Connaître le lieu favorise le confort ; l'anxiété augmente quand la personne se sent menacée et sans contrôle
Utiliser un langage simple, des phrases courtes, une idée à la fois, des mots non médicaux, en laissant le temps de répondre ; répéter si besoin En cas d'anxiété modérée à sévère, la personne ne comprend plus que des consignes simples, claires et brèves
Accepter les défenses de la personne : ne pas la confronter, ne pas argumenter, ne pas la mettre au défi, sans les valider pour autant Si les défenses ne sont pas menacées, la personne se sent en sécurité et peut observer ce qui lui arrive
Encourager la verbalisation des sentiments et des situations qui déclenchent l'anxiété, par des questions ouvertes (« Qu'est-ce qui vous inquiète le plus ? ») Parler aide souvent à percevoir la situation de façon plus réaliste et à repérer les facteurs en cause
Si la réaction est rationnelle devant une situation réellement menaçante, montrer de l'empathie et expliquer que l'anxiété est une réponse normale au danger réel ou perçu Cela évite le sentiment d'être « anormal » et diminue la honte
Éviter les réassurances vagues et répétées (« tout va bien se passer ») ; préférer des informations exactes, un plan concret et la reconnaissance de l'émotion La réassurance en boucle soulage quelques instants puis entretient le doute ; une information fiable et un plan aident davantage
Réduire les stimulations : environnement calme, lumière douce, peu de bruit, matériel « menaçant » (aiguilles, plateaux) hors de vue, limiter le nombre d'intervenants Le bruit et l'agitation autour d'une personne anxieuse peuvent l'amener à la panique
Aider la personne à repérer les sources de son anxiété qui peuvent faire l'objet d'une intervention, et agir sur ce qui peut l'être : douleur, besoin d'information, attente, sommeil, nuisances Si la menace est supprimée, la réaction s'arrête ; comprendre ce qui se passe permet de réévaluer la menace
Expliquer à l'avance toutes les activités, procédures et examens, avec des mots simples et lentement, et vérifier la compréhension ; préparer avant l'admission ou l'intervention quand c'est possible (visite, consultation d'information) La préparation diminue l'anxiété et la détresse et améliore l'adaptation : on sait à quoi s'attendre
Proposer de tenir un journal des épisodes d'anxiété : situation, pensées, sensations, intensité de 0 à 10, ce qui a aidé, ce qui a fait baisser l'anxiété ; le relire avec la personne si elle le souhaite Repérer ce qui déclenche et ce qui apaise permet de trouver d'autres façons de réagir
Aider à repérer les pensées anxieuses et à les remplacer par des pensées plus justes et apaisantes (« Cette sensation est désagréable, mais elle va passer », « Je peux le faire étape par étape », « En ce moment, j'ai besoin de respirer et de m'étirer », « Je n'ai pas besoin d'être parfait(e) ») Les approches cognitives modifient les émotions et les comportements en changeant les pensées ; ces phrases ne sont pas une « pensée positive » forcée mais une pensée plus réaliste
Faire retrouver les stratégies d'adaptation qui ont été efficaces dans le passé Cela renforce le sentiment de maîtrise et la confiance en soi
Enseigner des techniques de réduction de l'anxiété (voir plus bas) : respiration lente, cohérence cardiaque, relaxation musculaire, imagerie, ancrage, pleine conscience, hypnose, musique Plusieurs méthodes donnent à la personne la possibilité de gérer son anxiété seule
Proposer des activités agréables et apaisantes : musique choisie, lecture, marche, activité manuelle, jardin, présence d'un proche, massage ou toucher bien-être avec accord La musique est un moyen simple, peu coûteux et efficace d'apaiser l'anxiété ; le toucher et le massage détendent
Encourager l'activité physique régulière adaptée et un sommeil de qualité L'exercice réduit l'anxiété, améliore l'humeur et le sommeil
Conseiller de limiter les excitants : café, thé, boissons énergisantes, nicotine, alcool (qui apaise un instant mais aggrave l'anxiété ensuite), certains produits en vente libre (décongestionnants) ; avis du médecin ou du pharmacien en cas de médicaments qui stimulent (bronchodilatateurs, hormones thyroïdiennes, corticoïdes) Les stimulants augmentent les signes physiques de l'anxiété
Rechercher et traiter un sevrage (alcool, calmants, tabac, opioïdes) comme cause d'anxiété ; avis médical Le sevrage s'accompagne d'anxiété et peut être grave
Administrer les traitements prescrits (voir plus bas) et évaluer leur efficacité et leurs effets indésirables ; apprendre à la personne à les utiliser correctement Un traitement bien utilisé facilite la gestion de l'anxiété
Aider à renforcer les capacités de résolution de problèmes : définir le problème, chercher des solutions, choisir et essayer (voir la page impuissance) Apprendre à identifier un problème et à évaluer les solutions aide à faire face
Éduquer la personne et ses proches sur les symptômes de l'anxiété : comprendre le cercle vicieux (sensation, peur de la sensation, aggravation), reconnaître les signes précoces, savoir agir tôt Comprendre diminue la peur des sensations physiques
Orienter vers une aide spécialisée quand l'anxiété dure, handicape ou revient : médecin traitant, psychologue ou psychiatre (thérapies cognitivo-comportementales, qui sont le traitement de référence des troubles anxieux), groupes de soutien, associations Les troubles anxieux se traitent bien, mais ont besoin d'un suivi
Faire connaître les ressources en cas d'urgence psychique (idées noires, crise) : le 3114 (24 h sur 24), le 15, les urgences, le médecin Le repérage et l'accès à l'aide sont essentiels pour la prévention du suicide
Associer les proches : expliquer comment aider (écouter, ne pas minimiser, ne pas trop rassurer, ne pas éviter à la place de la personne), les inviter à participer aux séances de détente L'entourage peut sans le vouloir entretenir l'anxiété

Rôle de l'équipe soignante : l'infirmier évalue l'anxiété, cherche les causes physiques avec le médecin, administre les traitements, enseigne les techniques de gestion, prépare aux examens et aux soins, éduque et coordonne. L'aide-soignant est souvent le premier à repérer une personne anxieuse : il prend le temps d'écouter, reste auprès d'elle, annonce chaque geste avant de le faire, parle lentement, évite le bruit et la précipitation, propose de la musique, des boissons, une promenade, aide à la respiration, observe les signes (agitation, sueurs, tremblements, perte d'appétit, insomnie, plaintes répétées) et les transmet, sans jamais minimiser. Le médecin cherche une cause physique, pose le diagnostic de trouble anxieux et prescrit. Le psychologue et le psychiatre conduisent les psychothérapies et les traitements spécialisés.

Zoom : gérer une crise de panique, pas à pas
  1. rester avec la personne, ne pas la laisser seule, lui dire d'un ton calme et ferme : « Je suis là. Ça va passer. Vous êtes en sécurité. »
  2. vérifier qu'il ne s'agit pas d'autre chose : douleur thoracique, dyspnée, pâleur, malaise ; mesurer pouls, tension, saturation, glycémie ; prévenir l'infirmier ; en cas de doute, appeler le 15
  3. installer dans un lieu calme, assis, sans foule ni bruit, desserrer les vêtements, aérer
  4. guider la respiration : inspirer lentement par le nez 3 à 4 secondes, expirer lentement par la bouche 5 à 6 secondes, en comptant avec la personne ; ne pas utiliser de sac en papier ; si les mains picotent, c'est l'hyperventilation qui s'apaise avec une respiration plus lente
  5. ancrer dans le présent : par exemple nommer 5 choses que l'on voit, 4 que l'on touche, 3 que l'on entend, 2 que l'on sent, 1 que l'on goûte ; poser les pieds au sol, tenir un objet
  6. parler simplement, une consigne à la fois ; ne pas discuter, ne pas dire « calmez-vous » seul ; ne pas minimiser (« ce n'est rien ») ; expliquer que ces sensations sont désagréables mais pas dangereuses en elles-mêmes
  7. laisser passer la crise (en général 10 à 20 minutes), sans fuir ni éviter la situation à tout prix
  8. après la crise : boire, se reposer, parler de ce qui s'est passé, repérer ce qui l'a déclenchée, prévenir le médecin pour évaluer un trouble panique, noter dans le dossier
Zoom : trois techniques simples à enseigner
Technique Comment faire
Respiration lente (cohérence cardiaque) S'asseoir confortablement, une main sur le ventre. Inspirer par le nez environ 5 secondes en gonflant le ventre, expirer doucement par la bouche environ 5 secondes, soit 6 respirations par minute. Pratiquer 5 minutes, trois fois par jour, et dès les premiers signes d'anxiété. S'entraîner au calme pour pouvoir l'utiliser en situation
Relaxation musculaire progressive (méthode de Jacobson) Contracter chaque groupe de muscles environ 5 secondes (pieds, jambes, ventre, poings, bras, épaules, visage) puis relâcher en soufflant, en ressentant la différence, en remontant ou en descendant le corps dans l'ordre. Dix à vingt minutes, avec une consigne audio ou guidée ; éviter la contraction des muscles douloureux
Ancrage et pleine conscience Ramener l'attention sur l'instant présent : sensations des pieds au sol, du dos contre le siège, des sons, des odeurs, du souffle ; accepter les pensées sans les suivre, comme des nuages qui passent ; commencer par 3 à 5 minutes par jour

Ces techniques demandent de l'entraînement et ne conviennent pas toujours dans les situations très aiguës : elles s'apprennent d'abord dans le calme. L'imagerie guidée (visualiser un lieu apaisant avec tous les sens) et l'hypnose, menée par un professionnel formé, sont d'autres options.

Zoom : les médicaments de l'anxiété, ce qu'il faut savoir (sur prescription)
Famille À savoir
Antidépresseurs (inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, de la sérotonine et de la noradrénaline) Traitement de fond des troubles anxieux (anxiété généralisée, panique, anxiété sociale) ; effet après 2 à 4 semaines ; une anxiété transitoire peut apparaître au début ; arrêt progressif ; surveillance de l'humeur et des idées noires au début, surtout chez le jeune
Benzodiazépines et apparentés (anxiolytiques) Agissent vite en renforçant le principal neurotransmetteur inhibiteur du cerveau ; recommandés pour une durée courte (en France, au plus 12 semaines, avec une réduction progressive) ; risques : somnolence, chutes, confusion, troubles de la mémoire, dépendance, tolérance, sevrage ; dangereux avec l'alcool et les opioïdes ; à éviter autant que possible chez la personne âgée
Hydroxyzine Antihistaminique sédatif utilisé pour l'anxiété ponctuelle ; durée courte et dose limitée ; peut allonger l'intervalle QT du cœur ; déconseillé chez la personne âgée et en cas de troubles du rythme
Bêtabloquants Peuvent soulager les signes physiques (palpitations, tremblements) de l'anxiété de performance (trac) ; contre-indications (asthme, certaines maladies du cœur) ; sur avis médical
Autres Selon l'avis du psychiatre ; les plantes (valériane, passiflore, aubépine) ont un effet incertain : conseil du pharmacien en cas d'autres traitements

Les médicaments aident, mais les thérapies cognitivo-comportementales ont l'efficacité la plus durable. Le soignant administre selon la prescription, surveille l'efficacité, la somnolence, les chutes et la dépendance, et signale au médecin. Les noms et durées sont donnés à titre d'exemples : toujours appliquer la prescription et le protocole.

Zoom : que dire, que ne pas dire à une personne anxieuse
À dire À éviter
« Je vois que vous êtes inquiet(ète). Voulez-vous me dire ce qui vous préoccupe ? » « Il n'y a pas de raison de s'inquiéter. »
« C'est une réaction normale dans votre situation. Nous allons voir ce qui peut vous aider. » « Calmez-vous ! » ou « Arrêtez de vous faire des idées. »
« Voici ce qui va se passer, étape par étape. » « Tout va bien se passer. » (promesse non tenable)
« Respirons lentement ensemble. » Parler vite, beaucoup, dans le bruit, ou donner plusieurs consignes à la fois
« Qu'est-ce qui vous a aidé les autres fois ? » Se moquer, comparer (« d'autres ont pire »), minimiser
« Je reste à côté de vous. » Laisser seule une personne en détresse
Zoom : lignes directrices pour la documentation
  • cotation de l'anxiété et niveau (légère, modérée, sévère, panique), outil utilisé, date et heure
  • signes physiques et constantes, causes physiques recherchées
  • facteurs déclenchants et apaisants, stratégies d'adaptation utilisées et leur efficacité
  • interventions réalisées (écoute, information, technique de détente, traitement) et réponse de la personne
  • médicaments administrés, effet, effets indésirables
  • enseignement donné, compréhension, ressources remises, plan de suivi
  • risque suicidaire évalué si besoin, personnes prévenues, croyances et attentes culturelles
Étape 4 : L'évaluation des résultats
Question à se poser Si oui Si non
La cotation de l'anxiété et les signes physiques ont-ils diminué ? Objectif atteint, poursuivre Chercher une cause physique, revoir les interventions, avis médical
La personne comprend-elle mieux sa situation et ses sensations ? Valoriser Reprendre l'information avec des mots simples
Utilise-t-elle des techniques pour se calmer ? Encourager la pratique régulière Simplifier, s'entraîner ensemble, proposer une autre méthode
Le sommeil, l'appétit et la concentration sont-ils meilleurs ? Poursuivre Revoir la consommation d'excitants, de médicaments, de douleur ; avis médical
A-t-elle repris ses activités et ses relations ? Encourager Lever les évitements progressivement, orienter vers une thérapie
Les traitements sont-ils bien pris et bien tolérés ? Poursuivre selon la prescription Alerter le médecin : somnolence, chutes, dépendance, inefficacité
Y a-t-il des signes d'alerte (douleur thoracique, sevrage, idées noires, panique répétée) ? Alerter immédiatement Poursuivre le suivi

Exemple de transmission ciblée :

  • D (données) : homme de 66 ans, hospitalisé pour une biopsie, résultats attendus dans trois jours, nuit sans sommeil, palpitations, oppression, ruminations, questions répétées, anxiété cotée à 8 sur 10, pouls à 100, tension à 150/90 (habituellement 130/80), pas de douleur thoracique, électrocardiogramme normal, buvait beaucoup de café, pas d'idées noires.
  • A (actions) : médecin informé, électrocardiogramme et constantes contrôlés, écoute dans un lieu calme, explication claire du calendrier des résultats, respiration lente enseignée et pratiquée avec lui, musique de son choix, café remplacé par des infusions, promenade accompagnée dans l'après-midi, journal des pensées proposé, épouse invitée à l'entretien, traitement ponctuel donné selon la prescription pour la nuit.
  • R (résultats) : à 48 heures, anxiété cotée à 4 sur 10, dort 6 heures, pouls à 80, tension à 134/82, utilise la respiration quand l'inquiétude monte, comprend la suite des examens et dit « je sais ce que je peux faire quand ça revient ».

5. Prévention et organisation des soins

  • repérer l'anxiété à chaque étape du parcours de soins (annonce, examens, opération, hospitalisation, sortie), comme on repère la douleur
  • informer et préparer avant les soins et les examens, avec des documents simples, des visites des lieux et des interlocuteurs identifiés
  • soigner l'accueil et l'environnement : calme, lumière, intimité, présence des proches
  • soulager la douleur, proposer des moyens de détente (musique, respiration, hypnose) et limiter les attentes inutiles
  • repérer les causes physiques et médicamenteuses d'anxiété, et éviter la prescription systématique de calmants, surtout chez la personne âgée
  • former les équipes à l'écoute, à la communication rassurante et aux techniques simples de gestion de l'anxiété et de la panique
  • proposer l'accès aux thérapies cognitivo-comportementales, aux groupes de psychoéducation et aux associations
  • repérer l'anxiété du travail et du rôle d'aidant, et soutenir les proches et les soignants
  • faire connaître le 3114 et les ressources d'écoute
À retenir :
L'anxiété est un sentiment vague d'appréhension et d'inconfort, avec des réactions du système nerveux autonome (cœur, souffle, sueurs, ventre noué), dont la source est souvent floue. Elle est normale et utile à petite dose, mais devient un problème quand elle est excessive, durable ou handicapante (troubles anxieux). Elle diffère de la peur (danger identifié). On évalue son niveau (légère, modérée, sévère, panique), ses signes, ses déclencheurs, les stratégies de la personne, le sommeil, les excitants, l'humeur, et surtout on élimine une cause physique (cœur, poumons, thyroïde, glycémie, sevrage, médicaments). Les soins reposent sur la présence calme, l'écoute, un langage simple, la préparation et l'information avant les soins, la réduction des stimulations, le journal des épisodes, les pensées plus justes, la respiration, la relaxation, l'ancrage, la musique, l'activité physique, la limitation des excitants, des traitements prudents et brefs (anxiolytiques limités à 12 semaines) et les thérapies cognitivo-comportementales. Douleur thoracique ou essoufflement, sevrage, panique avec perte de contrôle ou idées noires sont des alertes.
Gisèle Cabre, formatrice IFSI IFAS
Gisèle Cabre
Formatrice IFSI IFAS
 

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