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Intolérance à l’activité : diagnostic infirmier, mesure de l’effort
Intolérance à l'activité
Intolérance à l'activité : comprendre et poser le diagnostic infirmier
En bref : l'intolérance à l'activité désigne une énergie physiologique ou psychologique insuffisante pour supporter ou mener à bien les activités quotidiennes, qu'elles soient nécessaires ou souhaitées : se laver, s'habiller, marcher, monter un escalier, faire ses courses. La personne s'essouffle, son cœur s'emballe, elle s'épuise, elle doit s'arrêter. Elle apparaît après une maladie aiguë, au cours de maladies chroniques (cœur, poumons, anémie, cancer, diabète), après un alitement prolongé, avec la dénutrition, l'obésité, la douleur, la dépression ou certains médicaments. Le soignant observe la réaction à l'effort, adapte le rythme, apprend à économiser l'énergie, réentraîne progressivement et alerte devant un signe de danger.
1. Définition du diagnostic infirmier
Le diagnostic infirmier intolérance à l'activité décrit une énergie physiologique ou psychologique insuffisante pour supporter ou mener à bien les activités quotidiennes requises ou souhaitées. Quand les facteurs de risque sont présents mais que la personne tolère encore ses activités, on peut poser le risque d'intolérance à l'activité.
La cause la plus courante est la faiblesse générale et le déconditionnement qui suivent une maladie aiguë ou chronique. Tout facteur qui perturbe le transport de l'oxygène (cœur, poumons, sang), la condition physique (muscles) ou qui crée des besoins d'énergie supérieurs aux capacités de la personne peut la provoquer. Elle touche surtout les personnes âgées, celles qui ont une atteinte orthopédique, cardiaque, respiratoire ou un diabète, mais aussi des adultes plus jeunes après une hospitalisation, un cancer ou une maladie infectieuse.
Intolérance à l'activité ou fatigue : quelle différence ?
| Intolérance à l'activité | Fatigue | |
|---|---|---|
| Nature | Réponse physiologique modifiée à l'effort : essoufflement, pouls, tension, épuisement rapide | Sensation subjective et généralisée d'épuisement, durable, que le repos ne soulage pas toujours |
| Ce que l'on observe | Des signes mesurables pendant et après l'activité | Une plainte, parfois sans signe objectif |
| Objectif des soins | Augmenter la tolérance et l'endurance à l'activité | Aider la personne à s'adapter à la fatigue plutôt qu'à augmenter son endurance |
| Rapport avec le repos | Le repos permet de récupérer et de reprendre progressivement | Le repos ne suffit pas à retrouver l'énergie |
Les deux peuvent coexister. Voir aussi les pages sur la fatigue, la mobilité physique réduite et la diminution du débit cardiaque.
Que se passe-t-il à l'effort ?
- à l'effort, les muscles consomment plus d'oxygène : le cœur bat plus vite et plus fort, la respiration s'accélère, la tension monte modérément
- si le cœur, les poumons ou le sang ne peuvent pas suivre (insuffisance cardiaque, BPCO, anémie), l'écart entre l'offre et la demande en oxygène apparaît : essoufflement, fatigue, tachycardie excessive
- si les muscles sont faibles ou déconditionnés (alitement, sarcopénie, dénutrition), ils utilisent l'oxygène moins efficacement : le même effort devient plus coûteux
- le cercle vicieux est fréquent : on bouge moins parce que c'est pénible, donc on se déconditionne davantage
2. Facteurs favorisants
Facteurs physiques et médicaux
- faiblesse généralisée, perte de masse musculaire (sarcopénie), déconditionnement lié à l'alitement ou à l'immobilisation prolongée
- déséquilibre entre l'apport et la demande en oxygène, transport de l'oxygène compromis : insuffisance cardiaque, maladies coronariennes, BPCO, asthme, fibrose, anémie, embolie, infection respiratoire, séquelles d'une infection virale
- maladies chroniques et aiguës : diabète, insuffisance rénale, cancer et ses traitements, maladies neurologiques, maladies musculo-squelettiques, infection, fièvre
- augmentation des besoins métaboliques : fièvre, infection, plaie, chirurgie, hyperthyroïdie, grossesse
- sources d'énergie insuffisantes : dénutrition, déshydratation, jeûne, carences
- obésité
- douleur, troubles du sommeil, insomnie
- effets indésirables de médicaments : bêta-bloquants, certains antihypertenseurs, tranquillisants, antihistaminiques, myorelaxants, sédatifs, alcool
Facteurs psychologiques, sociaux et environnementaux
- mode de vie sédentaire, inactivité liée à un équipement d'aide (fauteuil, lit médicalisé, déambulateur) sans entraînement
- restriction d'activité imposée (repos au lit prescrit, peur de l'effort après un infarctus ou une chirurgie)
- dépression, anxiété, manque de motivation, peur de faire mal à son cœur
- manque d'aide ou de soutien à domicile, logement non adapté (escaliers, étages sans ascenseur), absence d'aides techniques
- environnement qui demande trop d'énergie (distances, charges, chaleur, froid, humidité, pollution)
3. Que surveiller ? Signes, retentissement et alertes
- douleur ou oppression dans la poitrine, douleur irradiant dans le bras, la mâchoire ou le dos
- vertige, malaise, pâleur, sueurs froides, vision trouble, confusion, perte de connaissance
- essoufflement important, impossibilité de parler, sifflements, lèvres bleutées (appeler le 15 si cela ne cède pas vite au repos)
- pouls qui chute, devient irrégulier ou très rapide, ou tension qui baisse au lieu de monter
- saturation en oxygène qui s'effondre, sous la valeur cible fixée par le médecin (par exemple sous 90 %, ou 88 % pour certaines maladies pulmonaires chroniques)
Signes de l'intolérance :
- fatigue ou faiblesse généralisée, besoin de s'arrêter fréquemment, de s'asseoir, de reprendre son souffle
- essoufflement à l'effort (dyspnée d'effort), respiration rapide ou irrégulière, variations excessives de la fréquence respiratoire
- pouls rapide ou irrégulier à l'effort, retour au repos lent
- réponse anormale de la tension à l'activité : elle chute, ou n'augmente pas
- pâleur, sueurs, vertiges, tremblements, palpitations, douleur
- évitement ou arrêt des activités, dépendance croissante pour la toilette, l'habillage, les déplacements
- sédentarité, repos au lit prolongé, sommeil insuffisant, tristesse, manque de motivation
- aggravation après un effort (fatigue majeure qui apparaît 12 à 48 heures plus tard) : à signaler au médecin, voir la précaution plus bas
4. Du diagnostic infirmier aux soins : le raisonnement complet
Il suit quatre temps, après le recueil de données : problème, objectifs, interventions, évaluation.
Étape 1 : Le problème (diagnostic infirmier)
On l'écrit selon le modèle « problème + lié à + facteurs + manifestations » :
On peut y associer : fatigue, mobilité physique réduite, diminution du débit cardiaque, mode respiratoire inefficace, déficit d'autosoins, perturbation du sommeil, anxiété, déséquilibre nutritionnel, risque de chute, isolement social.
Étape 2 : Les objectifs de soins
Un bon objectif décrit ce que le patient va atteindre, avec un critère mesurable et un délai. Les objectifs sont de réduire les effets de l'inactivité, de promouvoir une activité physique optimale et de maintenir une qualité de vie satisfaisante.
| Objectif | Critère de réussite |
|---|---|
| La personne tolère l'activité avec une réponse physiologique normale | À l'effort, fréquence cardiaque inférieure à une augmentation de 20 à 30 battements par minute pour les activités courantes (à adapter selon le traitement), retour près de la valeur de repos en moins de 3 à 5 minutes, saturation maintenue au-dessus de la cible, tension qui évolue normalement |
| La personne ressent un effort modéré | Cotation de 11 à 13 sur l'échelle de Borg (6 à 20) pour les activités courantes, essoufflement permettant de parler |
| La personne réalise les activités de la vie quotidienne nécessaires | Toilette, habillage, repas, transferts réalisés avec une aide minimale et sans épuisement, dans un délai de 2 semaines |
| La personne identifie les facteurs qui aggravent son intolérance | Elle cite au moins trois situations qui la fatiguent (effort après le repas, chaleur, manque de sommeil, activités enchaînées) |
| La personne utilise des techniques d'économie d'énergie | Elle explique et applique le fractionnement, les pauses, la position assise, l'organisation des tâches |
| L'endurance augmente | Distance ou durée de marche en hausse (par exemple de 2 à 10 minutes) ou test de marche de 6 minutes amélioré à 4 à 6 semaines |
| La tension et le pouls reviennent à la normale après l'activité | Valeurs revenues dans les limites habituelles 3 minutes après l'effort |
| La personne garde sa confiance et sa motivation | Elle exprime moins de crainte, reprend des activités qu'elle valorise |
Étape 3 : L'évaluation et les interventions
A. Évaluer pour bien comprendre
| Évaluation | Pourquoi ? |
|---|---|
| Évaluer le niveau d'activité et la mobilité habituels : ce que la personne faisait avant, ce qu'elle fait maintenant, ce qui est devenu impossible | Poser des objectifs réalistes et mesurer la perte |
| Mesurer au repos le pouls (rythme, régularité, force), la tension, la fréquence respiratoire et la saturation en oxygène | Disposer d'une valeur de départ |
| Si les valeurs sont stables, observer la personne pendant une activité précise (toilette, marche), la faire arrêter au premier signe d'alerte, puis mesurer immédiatement après l'activité, et 3 minutes après | Mesurer la réponse à l'effort et la vitesse de récupération |
| Chercher les signes d'arrêt : douleur thoracique, vertige, chute du pouls ou de la tension, désaturation, pâleur | Garantir la sécurité de la personne |
| Réduire la durée ou l'intensité de l'activité si le pouls met plus de 3 à 5 minutes à revenir près de la valeur de repos, si l'augmentation de la fréquence respiratoire est excessive ou si la personne est trop essoufflée pour parler | Le retour au repos est un bon indicateur de la tolérance |
| Évaluer l'effort ressenti avec l'échelle de Borg et l'essoufflement avec une échelle de dyspnée (par exemple mMRC) | Compléter les mesures objectives par le vécu de la personne |
| Utiliser un oxymètre de pouls portable pendant l'activité | Repérer une désaturation à l'effort et déterminer le besoin d'oxygène prescrit pour l'activité |
| Évaluer l'état cardiorespiratoire de base avant de commencer : fréquence cardiaque, tension couchée puis debout (hypotension orthostatique), poids, œdèmes | La tension peut baisser au changement de position, surtout chez la personne âgée |
| Si la maladie le justifie, obtenir un bilan fonctionnel : test de marche de 6 minutes, test de lever de chaise, classification de la gêne (par exemple classes NYHA pour l'insuffisance cardiaque), réalisés par le médecin, le kinésithérapeute ou l'infirmier formé | Objectiver la capacité d'effort et son évolution |
| Demander à la personne ce qui, selon elle, cause son intolérance | Les causes sont temporaires ou permanentes, physiques ou psychologiques ; les connaître guide les soins |
| Évaluer l'état nutritionnel, l'hydratation, le poids et l'anémie (selon les examens prescrits) | Des réserves d'énergie suffisantes sont nécessaires pendant l'activité |
| Évaluer le sommeil : durée, qualité, réveils, orthopnée, apnée, siestes, cette nuit et ces derniers jours | Le manque de sommeil limite l'activité et doit être corrigé avant toute progression |
| Passer en revue la routine quotidienne et tous les médicaments, y compris ceux en vente libre et l'alcool : bêta-bloquants, inhibiteurs calciques, tranquillisants, antihistaminiques, myorelaxants, sédatifs | La fatigue ou le ralentissement du pouls peuvent être des effets secondaires |
| Évaluer le besoin d'aides à la marche et d'aides techniques pour les activités quotidiennes | Elles améliorent la mobilité et réduisent la dépense d'énergie |
| Évaluer la douleur, l'humeur, l'anxiété, la peur de l'effort | La dépression et la frustration liées à l'incapacité peuvent aggraver l'intolérance |
| Chercher une aggravation retardée après un effort (24 à 48 heures) | Elle impose d'adapter la progression et d'en parler au médecin |
| Évaluer l'environnement de vie : étages, distances, ascenseur, aides à domicile, entourage | Repérer ce qui consomme inutilement de l'énergie |
B. Les interventions de soins
| Intervention | Pourquoi ? |
|---|---|
| Fixer avec la personne et ses proches des objectifs d'activité réalistes et des repères précis (durée, fréquence, signes d'arrêt) | La motivation et la coopération augmentent quand la personne participe |
| Organiser la journée en alternant activité et repos : fractionner les tâches, prévoir des pauses avant d'être épuisé, prioriser les activités importantes pour la personne, supprimer les activités ou actes non essentiels (voir le détail sur le rythme plus bas) | Éviter l'épuisement et utiliser l'énergie là où elle compte |
| Planifier les activités aux moments où la personne a le plus d'énergie, éviter l'effort juste après un repas copieux, après une mauvaise nuit ou en cas de forte chaleur | L'énergie varie dans la journée ; si l'objectif est trop haut, négocier |
| Demander de réaliser l'activité plus lentement, plus longtemps, avec des temps de repos ou avec de l'aide | Cela aide à augmenter la tolérance |
| Progresser en augmentant d'abord la durée et la fréquence, puis seulement l'intensité | Une montée prudente évite le surmenage |
| Si la personne est alitée, commencer au lit : mobilisation active des articulations, exercices respiratoires, puis assise au bord du lit, au fauteuil, debout, marche (voir détail sur la progression plus bas) | Un alitement prolongé fait perdre du muscle et de l'endurance |
| S'asseoir quelques minutes au bord du lit avant de se lever : pieds au sol, deux à trois minutes, plus longtemps si la personne a tendance à avoir des vertiges | Prévenir l'hypotension orthostatique |
| Aider aux activités de la vie quotidienne tout en évitant la dépendance : faire avec, pas à la place de ; adapter la dose d'aide à l'état du jour | Économiser l'énergie tout en gardant l'autonomie et l'estime de soi |
| Proposer, quand c'est utile, un siège de toilette adapté, une chaise de douche, une chaise percée au chevet, des aides à la marche | Aller aux toilettes en chaise percée demande moins d'énergie qu'un déplacement long ou un bassin |
| Proposer l'activité physique la plus adaptée à l'énergie du jour : marche courte répétée, vélo d'appartement, exercices debout ou assis | Encourager l'autonomie tout en restant réaliste |
| Enseigner la respiration à lèvres pincées et la respiration abdominale (diaphragmatique) pendant les efforts et en cas d'essoufflement (voir détail plus bas) | Réduire l'essoufflement et le coût respiratoire de l'effort |
| Installer en position de soulagement en cas d'essoufflement : assis penché en avant, coudes sur les genoux ou sur une table | Facilite la respiration |
| Apprendre les techniques d'économie d'énergie (voir tableau C) | Elles réduisent la consommation d'oxygène et permettent une activité plus longue |
| Proposer des aides techniques : chaise de douche, barre d'appui, enfile-bas, pince de préhension, chariot à roulettes, rollator avec siège, fauteuil pour les longues distances | Réduire l'énergie dépensée pour les activités essentielles |
| Faire intervenir le kinésithérapeute, l'enseignant en activité physique adaptée et l'ergothérapeute ; proposer un programme de réadaptation à l'effort (cardiaque, respiratoire) quand il est indiqué | Le réentraînement progressif est le traitement de référence du déconditionnement |
| Faire pratiquer des exercices de renforcement musculaire adaptés, plusieurs fois par semaine | Le renforcement des muscles améliore l'endurance pour de nombreuses activités de la vie quotidienne |
| Administrer l'oxygène prescrit pendant l'effort si le médecin l'a décidé, en contrôlant la saturation | Compenser l'augmentation des besoins en oxygène |
| Veiller à la nutrition et à l'hydratation : repas fractionnés et enrichis, protéines suffisantes ; signaler une anémie ou une dénutrition | Les réserves d'énergie conditionnent l'effort |
| Favoriser le sommeil : horaires réguliers, environnement calme, traitement de la douleur, de l'orthopnée ou du besoin de se lever la nuit | Le repos de qualité permet de récupérer |
| Demander une revue des médicaments au médecin et au pharmacien | Certains traitements ralentissent le cœur, abaissent la tension ou fatiguent |
| Soulager la douleur avant l'activité, selon la prescription | La douleur limite fortement l'effort |
| Encourager l'expression des sentiments sur les limitations, rassurer, valoriser chaque progrès | Vivre avec l'intolérance à l'activité est difficile, physiquement et émotionnellement |
| Accompagner les premiers efforts, surtout chez la personne qui craint pour son cœur, et expliquer pourquoi bouger est utile et sûr dans les limites fixées | La peur du surmenage limite l'activité ; une supervision adaptée donne confiance |
| Apprendre à la personne et à ses proches à reconnaître les signes de surmenage et à les rapporter : essoufflement excessif, palpitations, douleur, fatigue qui dure, vertige | La connaissance permet d'éviter les complications |
| Évaluer avec la personne le besoin d'aide à domicile : aide au ménage, aide à la toilette, courses, portage de repas, kinésithérapie à domicile | Des efforts coordonnés conservent l'énergie de la personne pour ce qui compte |
| Traiter ou signaler les causes : anémie, dénutrition, infection, dépression, troubles du sommeil, insuffisance cardiaque ou respiratoire mal équilibrée | Corriger la cause améliore la tolérance |
C. Les techniques d'économie d'énergie
| Technique | Exemples |
|---|---|
| S'asseoir pour faire les tâches | Faire sa toilette assis, éplucher, repasser, s'habiller assis |
| Changer souvent de position | Alterner assis et debout, éviter les postures prolongées |
| Pousser plutôt que tirer, glisser plutôt que soulever | Pousser un chariot, faire glisser les objets lourds sur un plan de travail |
| Travailler à un rythme régulier, sans se presser | Éviter les à-coups, respirer régulièrement, éviter de retenir son souffle |
| Garder les objets utilisés fréquemment à portée de main | Ranger entre la taille et les épaules, éviter de se baisser ou de lever les bras |
| Se reposer après les repas avant une nouvelle activité | Environ une heure de repos avant un effort important |
| Utiliser des aides à roulettes | Chariot pour le linge, les courses, le ménage |
| Organiser une alternance travail, repos, travail | Planifier des pauses avant la fatigue extrême |
| Prioriser et déléguer | Faire en premier ce qui compte, demander de l'aide pour le reste |
| Limiter les efforts dans la chaleur, le froid ou l'humidité | Préférer le matin, aérer, éviter les heures de forte chaleur |
Rôle de l'équipe soignante : l'infirmier mesure la réponse à l'effort, adapte la progression avec le médecin et les rééducateurs, éduque et coordonne. L'aide-soignant adapte les soins d'hygiène et les déplacements à l'énergie de la personne (toilette en plusieurs temps, assise, pauses), installe, encourage la marche et la mobilisation prescrites, observe l'essoufflement, la pâleur, les sueurs, le pouls, les vertiges, la tolérance à l'effort et le sommeil, vérifie l'accessibilité des objets et des aides, rassure et transmet au moindre signe d'alerte. La prescription d'oxygène, les examens, le choix des programmes de réadaptation et la modification des traitements relèvent du médecin.
Zoom : mesurer la tolérance à l'effort, avec des repères simples
| Repère | Comment l'utiliser ? |
|---|---|
| Test de la parole | La personne doit pouvoir parler en faisant l'effort. Si elle ne le peut plus, l'effort est trop intense : ralentir ou s'arrêter |
| Échelle de Borg (6 à 20) | La personne cote son effort ressenti : 11 à 13 correspond à un effort « un peu difficile » conseillé pour s'entraîner, 15 et plus correspond à « difficile à très difficile » |
| Fréquence cardiaque | Repère classique : pas plus de 20 à 30 battements au-dessus de la fréquence de repos pour les activités courantes ; à adapter selon la maladie et le traitement (par exemple les bêta-bloquants limitent l'accélération du cœur) |
| Retour au calme | La fréquence cardiaque et la respiration doivent revenir près du niveau de repos en quelques minutes (3 à 5 minutes environ) ; un retour plus lent impose de réduire l'effort |
| Saturation en oxygène | Surveiller la baisse par rapport au repos et par rapport à la cible fixée par le médecin ; une baisse nette ou une valeur sous la cible impose de s'arrêter |
| Tension artérielle | Elle doit augmenter modérément à l'effort puis revenir ; une chute ou une absence d'augmentation est anormale |
| Test de marche de 6 minutes | Distance parcourue en 6 minutes : mesure de la capacité d'effort, par le professionnel formé |
Zoom : une progression d'activité en douceur (à adapter)
- au lit : mobilisation active des bras et des jambes, exercices de respiration profonde, trois fois par jour ou plus
- assis au bord du lit, puis au fauteuil : environ 30 minutes, trois fois par jour
- debout, avec appui : quelques minutes, puis marche dans la chambre, 1 à 2 minutes, trois fois par jour
- marche dans le couloir ou dans le logement, en augmentant d'abord la durée, puis la fréquence, puis la vitesse
- sorties à l'extérieur ou escaliers, en gardant de l'énergie pour le retour
- à chaque étape : mesurer le pouls, l'essoufflement et la saturation, respecter les signes d'arrêt, attendre une bonne récupération avant de passer à l'étape suivante
Précaution : chez certaines personnes (suites de maladie virale, syndrome de fatigue chronique), un effort trop fort peut aggraver les symptômes plusieurs heures ou jours après (malaise post-effort). Dans ce cas, on n'augmente pas systématiquement l'effort : on privilégie le rythme, les pauses et une progression très prudente décidée avec le médecin.
Zoom : planifier sa journée pour économiser l'énergie (rythme, priorités, pauses)
- Prioriser : lister ce qui est indispensable, ce qui fait plaisir, ce qui peut être délégué ou reporté
- Planifier : répartir les activités sur la journée et la semaine, une activité fatigante à la fois, pas deux à la suite
- Faire des pauses : se reposer avant d'être épuisé, et non après
- Prévoir : préparer le matériel avant de commencer, s'asseoir pour les gestes qui le permettent
- Observer : noter dans un carnet ce qui fatigue le plus et ce qui est bien toléré, pour ajuster
- Accepter l'aide : laisser un proche ou un professionnel prendre le relais pour les tâches les plus coûteuses
Zoom : respirer avec les lèvres pincées et par le ventre
Respiration à lèvres pincées :
- inspirer lentement par le nez, bouche fermée, pendant 2 secondes environ
- pincer les lèvres comme pour souffler une bougie ou siffler
- expirer lentement par la bouche, deux à quatre fois plus longtemps que l'inspiration (par exemple en comptant jusqu'à quatre à sept)
- utiliser cette respiration pendant les efforts (monter une marche, se pencher) et en cas d'essoufflement
Respiration abdominale (diaphragmatique) :
- s'installer assis confortablement ou allongé, genoux pliés, épaules, tête et cou détendus
- poser une main sur le haut de la poitrine et l'autre juste sous les côtes
- inspirer lentement par le nez en gonflant le ventre : la main du ventre se soulève, la main de la poitrine reste presque immobile
- expirer lentement, lèvres pincées, en rentrant le ventre doucement
- répéter plusieurs minutes, plusieurs fois par jour, en dehors des moments d'essoufflement, pour l'apprendre
Étape 4 : L'évaluation des résultats
| Question à se poser | Si oui | Si non |
|---|---|---|
| La réponse à l'effort est-elle normale (pouls, respiration, saturation, tension, effort ressenti) ? | Objectif atteint, progresser prudemment | Réduire la durée ou l'intensité, alerter le médecin, rechercher une cause |
| Le retour au calme est-il plus rapide ? | Poursuivre le programme | Maintenir le niveau actuel plus longtemps |
| Les activités de la vie quotidienne sont-elles réalisées avec moins de fatigue et plus d'autonomie ? | Valoriser et augmenter les objectifs | Revoir l'organisation et les aides techniques |
| La personne applique-t-elle les techniques d'économie d'énergie et de respiration ? | Encourager | Reprendre la démonstration, simplifier |
| La distance ou la durée de marche progresse-t-elle ? | Poursuivre | Vérifier le sommeil, la nutrition, les médicaments, la motivation |
| Y a-t-il des signes d'alerte (douleur, malaise, désaturation, aggravation retardée) ? | Arrêter, alerter immédiatement | Poursuivre la surveillance |
| La personne garde-t-elle confiance et motivation ? | Encourager | Soutien psychologique, objectifs plus petits |
Exemple de transmission ciblée :
- D (données) : insuffisance cardiaque, retour à domicile après 10 jours d'hospitalisation, essoufflement à la toilette, fréquence cardiaque de 72 à 112 avec retour au repos en 8 minutes, Borg à 15, marche limitée à 2 minutes, sommeil de 4 heures par nuit.
- A (actions) : médecin informé, toilette réalisée assise en deux temps avec pauses, respiration à lèvres pincées enseignée, marche de 2 minutes trois fois par jour avec arrêt au Borg 13, aides techniques proposées (chaise de douche), kinésithérapeute et programme de réadaptation cardiaque demandés, oreiller supplémentaire et rythme de coucher régulier.
- R (résultats) : à 3 semaines, toilette réalisée sans arrêt, fréquence cardiaque à 94 avec retour au calme en 3 minutes, Borg à 12, marche de 8 minutes, sommeil de 6 heures, patiente plus confiante.
5. Prévention et organisation des soins
- éviter l'alitement inutile : lever précoce après une maladie ou une chirurgie, mobilisation dès que possible, prescription de repos limitée à ce qui est nécessaire
- repérer tôt les personnes à risque : maladie cardiaque ou respiratoire, anémie, dénutrition, hospitalisation prolongée, âge avancé, dépression
- maintenir une activité physique régulière adaptée, à tous les âges et dans toutes les structures de soins
- proposer, après une hospitalisation, un programme de réadaptation ou de réentraînement à l'effort
- veiller à la nutrition, à l'hydratation, au sommeil et à la douleur
- revoir régulièrement les médicaments qui fatiguent ou ralentissent
- aménager l'environnement pour réduire la dépense d'énergie : sièges, barres d'appui, objets à portée de main
- éduquer la personne et ses proches à l'économie d'énergie, au rythme et à l'écoute de ses limites
- soutenir le moral et la motivation, valoriser les progrès
- organiser la continuité entre l'hôpital, le domicile et les professionnels libéraux (infirmier, kinésithérapeute, ergothérapeute)
L'intolérance à l'activité est une énergie insuffisante pour supporter les activités quotidiennes, avec une réponse anormale de l'organisme à l'effort : essoufflement, pouls et tension anormaux, épuisement. Elle se distingue de la fatigue, dont le soulagement passe par l'adaptation plutôt que par l'augmentation de l'endurance. On mesure la réponse à l'effort avec le pouls, la respiration, la saturation, la tension, l'échelle de Borg et le temps de récupération. Les soins reposent sur l'alternance activité et repos, la progression prudente (durée et fréquence avant intensité), l'économie d'énergie, la respiration contrôlée, les aides techniques, le réentraînement avec les rééducateurs, la nutrition, le sommeil et le soutien moral. Une douleur thoracique, un malaise, une chute de tension ou de saturation ou un essoufflement majeur imposent d'arrêter et d'alerter.
Formatrice IFSI IFAS depuis plus de 10 ans, j'accompagne les étudiants aide-soignant, les candidats à l'entrée en IFAS et VAE et les professionnels engagés dans une démarche sanitaire et médico-sociale partout en France.
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