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Deuil : diagnostic infirmier, accompagnement du deuil, annonce d’un décès et signes d’un deuil complexe

Deuil : comprendre et poser le diagnostic infirmier

En bref : le deuil est un processus complexe et normal, fait de réactions affectives, physiques, spirituelles, sociales et intellectuelles, par lequel une personne, une famille ou un groupe intègre dans sa vie quotidienne une perte réelle, anticipée ou perçue. On pense d'abord à la mort d'un proche, mais on peut aussi être en deuil d'un corps qui change, d'une santé, d'un emploi, d'un logement, d'un couple, d'un projet, de son autonomie. Chacun vit son deuil à sa manière, avec son âge, sa culture, ses croyances et ses forces, et il n'existe pas de « bonne façon » ni de durée fixe. Les soignants rencontrent le deuil tous les jours : à l'hôpital, à domicile, en soins palliatifs, en institution. Ils accueillent, écoutent, respectent les rites, soutiennent les proches, repèrent les signes d'un deuil qui se complique et orientent vers l'aide adaptée.

1. Définition du diagnostic infirmier

Le diagnostic infirmier deuil décrit un processus complexe et normal comprenant des réponses et des comportements affectifs, physiques, spirituels, sociaux et intellectuels, par lesquels des individus, des familles et des communautés intègrent une perte réelle, anticipée ou perçue dans leur vie quotidienne. Il peut s'écrire aussi deuil anticipé (avant la perte, par exemple devant une maladie grave) et, quand le processus se bloque ou s'intensifie, deuil complexe ou risque de deuil complexe.

Le deuil est la réaction normale à une perte. Les pertes sont extérieures à la personne (décès d'un proche, d'un enfant, d'un conjoint, d'un ami ; rupture, séparation ; perte d'un emploi, d'un domicile, de ses économies, de biens personnels) ou intérieures (perte d'une partie du corps ou d'une fonction, de l'image de soi, de la santé, de ses capacités, de l'autonomie, de ses projets). Le deuil survient aussi à l'annonce d'une maladie grave ou terminale, d'un handicap, d'un divorce, d'un licenciement.

Toute perte a un impact, mais la façon dont une personne ou une famille y réagit varie beaucoup selon l'âge, le sexe, la culture, la spiritualité, l'histoire et les ressources. Les soignants rencontrent chaque jour des personnes en souffrance, désespérées, qui dorment mal, ont mal, sont en colère, se détachent, se sentent coupables, et aussi des personnes qui grandissent à travers l'épreuve. Avec de bonnes connaissances sur la peine, la perte et le processus de deuil, ils peuvent répondre aux besoins des personnes touchées par un deuil normal comme par un deuil compliqué non résolu.

Deuil, peine, deuil social : les mots à connaître
Terme Ce que c'est
Perte Le fait de ne plus avoir quelqu'un ou quelque chose d'important : réelle, anticipée (à venir) ou perçue (ressentie, même si elle n'est pas visible des autres)
Peine, chagrin La réaction intérieure à la perte : tristesse, colère, manque, culpabilité, solitude, peur. C'est une réponse naturelle à la perte d'un proche, mais aussi de relations, de capacités physiques, d'opportunités, d'espoirs et de rêves
Deuil (état) La période qui suit une perte, pendant laquelle la personne vit la peine et s'adapte à une vie changée
Rites, deuil social L'expression extérieure de la peine : funérailles, veillées, cérémonies, prières, hommages, vêtements, objets. Elle est très influencée par les croyances et les pratiques religieuses, spirituelles et culturelles
Deuil anticipé Le deuil qui commence avant la perte, devant une maladie grave, une fin de vie, une démence, une séparation annoncée
Deuil complexe ou prolongé Un deuil qui ne s'atténue pas avec le temps, avec une détresse intense qui empêche de fonctionner (voir plus bas)
Deuil non reconnu Un deuil que l'entourage ou la société ne reconnaît pas : ex-conjoint, amant, collègue, fausse couche, animal de compagnie, perte non visible
Les modèles du deuil : étapes, tâches, va-et-vient
Modèle Idée principale Limites ou précautions
Les cinq étapes d'Élisabeth Kübler-Ross : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation Réactions fréquentes devant une perte : le déni protège d'un choc trop brutal ; la colère exprime la douleur et la frustration, parfois dirigée contre les soignants, un proche, le destin ou le défunt ; le marchandage (« si seulement... ») cherche à réparer ; la tristesse s'installe quand la réalité s'impose ; l'acceptation consiste à admettre la perte, sans forcément l'approuver Ces étapes ne se suivent pas dans l'ordre, ne sont pas toutes vécues, et on peut y revenir : elles décrivent des réactions, pas un parcours obligatoire. Ne jamais évaluer quelqu'un par rapport à ce schéma
Les quatre tâches de William Worden Accepter la réalité de la perte ; traverser la douleur ; s'adapter à un monde sans la personne ou la chose perdue ; trouver un lien durable avec ce qui a été perdu tout en continuant à vivre Une personne s'active à sa manière et à son rythme
Le processus dual (Stroebe et Schut) Le deuil est un va-et-vient entre deux orientations : vers la perte (pleurer, penser au défunt, regarder des photos) et vers la restauration (s'occuper des démarches, de la vie quotidienne, de nouvelles activités, se distraire) Les deux mouvements sont nécessaires, et alterner est sain

Le patient peut avoir besoin de plusieurs mois pour s'adapter à la perte et retrouver un fonctionnement normal, et revient souvent plusieurs fois sur les mêmes réactions. Les personnes âgées peuvent mettre plus de temps pour réintégrer la perte.

Ce qui est normal, ce qui doit alerter
Réactions habituelles dans un deuil Signes qui doivent faire demander un avis
Pleurs, tristesse, vagues d'émotions imprévisibles, colère, culpabilité, soulagement, peur Désespoir persistant, idées de mort ou de suicide, sentiment de n'avoir plus aucune raison de vivre
Sidération, incrédulité, difficulté à concentrer, oublis, pensées envahissantes du défunt Incapacité de fonctionner (ne se lève plus, ne se lave plus, ne mange plus) au-delà des premières semaines
Sommeil perturbé, baisse ou hausse de l'appétit, fatigue, douleurs, oppression, baisse des défenses Perte de poids importante, épuisement, aggravation d'une maladie chronique, négligence de ses traitements
Sensation de la présence du défunt, rêves, parfois entendre sa voix ou le voir brièvement dans les premiers temps Hallucinations durables, idées délirantes, confusion, comportements dangereux
Recherche de solitude, retrait temporaire, besoin de parler du défunt, rituels personnels Isolement complet, refus de tout contact, consommation croissante d'alcool, de médicaments ou de substances
Questionnement spirituel : colère contre Dieu, quête de sens, foi ébranlée ou renforcée Honte ou culpabilité écrasantes, auto-accusations massives, impression d'avoir mérité la perte
Intensité qui diminue peu à peu, avec des moments de répit et des rechutes autour des dates anniversaires Détresse intense qui ne s'atténue pas après plusieurs mois (une année chez l'adulte selon certains repères), avec envie irrépressible de retrouver le défunt, impossibilité d'accepter la mort, perte de sens, engourdissement émotionnel

Un deuil qui dure et qui paralyse la vie peut correspondre à un trouble du deuil prolongé, reconnu dans les classifications internationales. Il se traite avec une aide spécialisée.

2. Facteurs favorisants

Pertes qui peuvent déclencher un deuil
  • perte d'un être cher : conjoint, enfant (y compris perte avant ou autour de la naissance), parent, frère ou sœur, ami, collègue, patient pour un soignant
  • perte anticipée d'un proche : maladie grave, fin de vie, démence qui éloigne la personne
  • perte de quelque chose d'important : domicile, biens, statut, emploi, économies, pays, projets d'avenir
  • perte anticipée de quelque chose d'important : retraite, déménagement, entrée en institution
  • perte d'une partie du corps ou d'une fonction : amputation, chirurgie, stomie, perte de la vue, de l'audition, de la mobilité, de la fertilité ; perte de l'image de soi (voir la page image corporelle perturbée)
  • annonce d'un diagnostic de maladie grave ou terminale, d'un handicap
  • séparation, divorce, rupture d'amitié, conflit familial, perte du lien avec un enfant
Facteurs qui rendent le deuil plus difficile (risque de deuil complexe)
  • mort brutale, violente, traumatique, suicide, accident, mort d'un enfant, absence du corps, disparition
  • pertes multiples ou rapprochées, deuils antérieurs non résolus
  • relation très dépendante, ou au contraire conflictuelle, ambivalente, avec des choses non dites
  • manque de soutien social, isolement, perte du principal soutien de la personne
  • problèmes familiaux non résolus, conflits autour des funérailles, de l'héritage
  • antécédents de dépression, d'anxiété, de traumatismes, de dépendances
  • pertes liées à la violence ou à une injustice
  • difficultés pratiques : ressources financières, logement, démarches administratives
  • deuil non reconnu par l'entourage, impossibilité d'assister aux rites, de dire au revoir

3. Que surveiller ? Signes, retentissement et alertes

À signaler rapidement au médecin ou à l'infirmier :
  • idées suicidaires, désir de rejoindre le défunt, propos de mort, désespoir : ne pas laisser la personne seule, prévenir immédiatement le médecin ; numéro national de prévention du suicide 3114 (24 h sur 24) ; en danger immédiat, appeler le 15
  • dépression marquée : tristesse envahissante, perte de tout intérêt, ralentissement, arrêt de l'alimentation, du sommeil, de l'hygiène
  • consommation d'alcool, de calmants ou de substances qui augmente
  • personne âgée très isolée après la perte de son conjoint : risque accru de maladie, de dénutrition, de chute et de dépression dans les mois qui suivent
  • deuil après un suicide, une mort violente, la perte d'un enfant, ou lorsque la personne ne peut plus fonctionner : proposer d'emblée un soutien renforcé
  • hallucinations durables, idées délirantes, confusion
  • enfant ou adolescent endeuillé qui change brusquement de comportement (retrait, échec, agressivité, régression, idées sombres)
  • émotions : colère, tristesse, détresse émotionnelle, souffrance, culpabilité, peur, soulagement, détachement
  • comportements : pleurs, vocalisations bruyantes, agitation, changement du niveau d'activité, retrait, désorganisation, recherche du défunt, évitement des rappels, ou au contraire besoin de les garder
  • physiques : perturbation du sommeil, fatigue, changement d'appétit et de poids, douleurs, oppression, modification de la fonction neuroendocrine et immunitaire
  • cognitifs : sidération, déni, pensées envahissantes, difficulté à décider et à se concentrer, recherche de sens de la perte
  • sociaux et spirituels : changement de rôle, isolement, conflits dans la famille, remise en question des croyances, besoin de rites
  • détresse psychologique, désespoir

4. Du diagnostic infirmier aux soins : le raisonnement complet

Il suit quatre temps, après le recueil de données : problème, objectifs, interventions, évaluation. Le deuil n'est pas une maladie : on l'accompagne, on ne cherche pas à le faire cesser. Le but est que la personne exprime ses sentiments, garde des soutiens et retrouve peu à peu le chemin de sa vie.

Étape 1 : Le problème (diagnostic infirmier)

On l'écrit selon le modèle « problème + lié à + facteurs + manifestations » :

Exemple : deuil lié au décès de son époux survenu il y a trois semaines après 42 ans de mariage, se manifestant par des pleurs quotidiens, un sommeil de 3 à 4 heures par nuit, une perte d'appétit avec 3 kg perdus, une difficulté à organiser ses journées, la sensation de la présence de son mari et la phrase « je n'arrive plus à rien ».

On peut y associer : insomnie, fatigue, anxiété, isolement social, déséquilibre nutritionnel par apports insuffisants, impuissance, faible estime de soi situationnelle, désespoir, risque de suicide, tension dans l'exercice du rôle d'aidant (si le deuil survient après un long accompagnement).

Étape 2 : Les objectifs de soins

Un bon objectif décrit ce que le patient va atteindre, avec un critère mesurable et un délai.

Objectif Critère de réussite
La personne (ou la famille) exprime ses sentiments Elle parle de la perte et de ce qu'elle ressent avec un soignant ou un proche, à chaque entretien
Elle établit et maintient des soutiens fonctionnels Elle cite au moins deux personnes ou ressources sur lesquelles compter (famille, amis, groupe, équipe, aumônier) et les sollicite
Elle donne un sens à la perte, à son rythme Elle évoque des souvenirs, la place du défunt dans sa vie, ce qu'elle garde de lui
Elle prend soin d'elle (sommeil, alimentation, santé) Elle mange 3 repas par jour, dort 5 à 6 heures, consulte son médecin si besoin, à 4 semaines
Elle participe aux rites et aux étapes qui ont du sens pour elle Elle a pu dire au revoir, participer aux rites choisis, réaliser les démarches nécessaires avec aide
Elle reprend progressivement des activités et des liens Au moins une activité ou un contact social par semaine, à 4 à 8 semaines
Elle comprend que ses réactions sont normales Elle cite ce qui est habituel dans un deuil et ce qui doit conduire à demander de l'aide
Les proches s'expriment et se soutiennent Les membres de la famille respectent le rythme de chacun et dialoguent
Aucun risque suicidaire, aucune complication Dépistage négatif à chaque contact, pas de signe de deuil complexe à 3 à 6 mois
Étape 3 : L'évaluation et les interventions

A. Évaluer pour bien comprendre

Évaluation Pourquoi ?
Repérer les comportements qui révèlent le processus de deuil : pleurs, vocalisations, gestes amples, retrait, agitation, silence, ou au contraire calme apparent L'expression du deuil est très influencée par l'âge, le sexe, la culture et la religion ; il n'y a pas de « bonne » façon de réagir
Identifier la nature de la perte (décès, perte de santé, d'une partie du corps, d'un emploi, d'un domicile), son contexte (brutal, attendu, violent, après une longue maladie) et la relation avec la personne perdue Le sens de la perte détermine l'intensité et la forme du deuil
Évaluer l'étape ou la phase vécue par la personne et ses proches, sans les enfermer dans un schéma La personne peut avoir besoin de plusieurs mois pour s'adapter ; elle revient souvent plusieurs fois sur les mêmes réactions
Évaluer si les réactions de la personne et celles de ses proches diffèrent Des différences et des conflits peuvent apparaître dans la famille ; certains s'impatientent si d'autres ne vont pas aussi vite ; les personnes âgées peuvent mettre plus de temps
Rechercher les facteurs de risque de deuil complexe : mort traumatique, pertes multiples, relation conflictuelle ou très dépendante, deuils antérieurs non résolus, manque de soutien, antécédents de dépression, deuil non reconnu Repérer tôt les personnes à accompagner de façon renforcée
Évaluer le moral, le sommeil, l'appétit, l'énergie, la concentration, les idées noires, et poser franchement la question du suicide Le deuil augmente le risque de dépression et de suicide ; poser la question ne donne pas l'idée
Utiliser si besoin un outil de repérage du deuil prolongé (par exemple l'Inventory of Complicated Grief) et un questionnaire de dépression, par un professionnel formé Aider à décider d'une orientation spécialisée
Évaluer la capacité à prendre des décisions et à résoudre des problèmes Le chagrin peut limiter les capacités cognitives nécessaires à la décision
Évaluer l'état de santé physique, les maladies, les traitements, la consommation d'alcool ou de calmants Le deuil peut aggraver une maladie ou favoriser un excès de consommation
Connaître les soutiens disponibles ; si le principal soutien est la personne perdue, aider à en trouver d'autres Quand la personne perdue était le soutien principal, le vide est double
Évaluer les croyances, la spiritualité, la religion, les rites souhaités et les pratiques culturelles autour de la mort Les rites et le sens donné à la mort varient beaucoup, et leur respect aide à traverser l'épreuve
Évaluer les besoins pratiques : démarches après un décès, ressources financières, logement, aide à domicile, question juridiques, enfants à charge Intervenir tôt, avant la perte quand elle est anticipée, évite des difficultés supplémentaires
Évaluer la place des enfants et des adolescents de la famille : ce qu'ils savent, ce qu'ils vivent Ils sont souvent oubliés, alors qu'ils ont besoin d'informations adaptées

B. Les interventions de soins

Intervention Pourquoi ?
S'attendre à des réactions affectives augmentées ou exagérées (colère, pleurs, irritabilité, régression, obsessions de la mort), et ne pas les prendre pour soi ; une colère déplacée contre les soignants est possible Pendant cette période, tout comportement affectif peut paraître augmenté ; une colère ou un ressentiment peuvent surgir quand la perte ne se passe pas comme prévu
Être présent, écouter, accepter les silences et les pleurs, sans chercher à consoler trop vite ni à réparer ; rester disponible La présence soutient plus que les mots ; la douleur n'a pas à être supprimée
Communiquer de façon thérapeutique avec la personne et sa famille : questions ouvertes, reformulation, validation (« c'est normal de ressentir cela »), laisser verbaliser les sentiments Partager ses sentiments avec un soignant aide à donner un sens à l'expérience de la perte
Éviter les phrases toutes faites (« il est mieux là où il est », « le temps arrange tout », « je sais ce que vous ressentez », « il faut être fort ») Elles minimisent la peine et ferment la parole
Normaliser les réactions : expliquer ce qui est habituel (pleurs, oublis, sommeil perturbé, sensation de présence), que chacun avance à son rythme, qu'il n'y a pas d'étapes obligatoires ni de durée imposée Rassurer et diminuer la peur d'être « anormal »
Respecter le déni et la négociation comme faisant partie du processus, sans les contredire brutalement ni les entretenir Le déni est un mécanisme de défense temporaire qui laisse à la personne le temps de rassembler ses forces pour la suite
Permettre à la personne de revenir sur l'expérience de la perte : raconter les derniers jours, les circonstances, les regrets, ce qui n'a pas pu être dit Le patient et les proches intègrent l'événement dans leur histoire
Reconnaître et valoriser les forces de la personne et les progrès réalisés, rappeler comment elle a traversé d'autres épreuves Cela donne une perspective sur l'ensemble du processus
Soutenir le patient et les proches pour partager leurs peurs, préoccupations, projets et espoirs, sans secret entre eux ; favoriser le dialogue familial Garder des secrets n'aide pas ; ces moments éprouvants peuvent devenir une occasion de croissance et de rapprochement dans la famille
Respecter et faciliter les rites et les pratiques culturelles, religieuses et spirituelles : veillée, prière, présence d'un représentant du culte, toilette mortuaire selon les usages, temps auprès du corps, objets de la personne, hommage Les rites aident à dire au revoir et à marquer la réalité de la perte
Soigner l'annonce du décès (voir plus bas) et l'accueil des proches juste après : lieu calme, présence, boisson, temps, information claire sur les démarches Les premiers moments marquent durablement les familles
Accompagner le deuil anticipé : encourager à dire ce qui compte, à dire au revoir, à faire des projets réalisables, à rester auprès de la personne malade, à organiser les démarches avec l'assistante sociale Préparer la perte réduit le risque de regrets et de complications
Encourager les proches à prendre soin d'eux : repos, sommeil, repas, activités de loisirs, temps à distance du malade, consultation médicale si besoin Le stress du deuil expose à la maladie ; la reconstruction émotionnelle ne doit pas être compliquée par un problème de santé
Renforcer les efforts pour poursuivre la vie et la routine : repas, sorties, activités simples, rôles ; permettre à la personne et à sa famille de sentir qu'elles en sont capables Alterner moments de deuil et moments de vie est sain
Rechercher les ressources de soutien spirituel ou religieux selon les croyances de la personne ; proposer un entretien avec un représentant du culte, un aumônier, un accompagnant spirituel Beaucoup de personnes trouvent du réconfort dans la dimension spirituelle
Orienter vers les services sociaux, des conseils juridiques, des groupes de soutien, le plus tôt possible : démarches après un décès, ressources, aides, droits (par exemple pension de réversion, assurances, notaire), selon la situation Anticiper les difficultés financières et pratiques avant la perte quand elle est attendue
Orienter vers des groupes de parole et des associations d'accompagnement du deuil (par exemple l'association Jusqu'à la mort accompagner la vie, Vivre son deuil, des consultations de deuil dans les hôpitaux ou les équipes de soins palliatifs) ; proposer de partager avec d'autres personnes qui vivent la même expérience Les groupes aident à faire face et à ne plus se sentir seul ; le soutien prend de nombreuses formes
Orienter vers un psychologue ou un psychiatre en cas de signes d'alerte, de deuil complexe ou prolongé : thérapies spécialisées du deuil, thérapies cognitivo-comportementales Le deuil compliqué répond bien à un accompagnement spécialisé
Rester prudent avec les médicaments : les calmants et somnifères ne résolvent pas le deuil, et peuvent le retarder ; ils sont réservés à des situations précises, brèves, décidées par le médecin ; traiter une dépression avérée Éviter la dépendance et les effets indésirables, notamment chez les personnes âgées
Informer et accompagner les enfants et adolescents (voir plus bas), en lien avec les parents Ils ont besoin de vérité et de repères adaptés
Assurer un suivi à distance : appel ou courrier de condoléances de l'équipe, proposition de rencontre, rappel des ressources, vigilance aux dates anniversaires et aux fêtes Le moment le plus difficile vient souvent après l'entourage mobilisé autour des funérailles
Soutenir les soignants confrontés à des décès répétés (voir plus bas) Les soignants aussi vivent le deuil de leurs patients

Rôle de l'équipe soignante : l'infirmier évalue le deuil et le risque de complications, mène les entretiens de soutien, coordonne avec le médecin, l'assistante sociale, le psychologue et les équipes de soins palliatifs, accompagne l'annonce du décès et les rites. L'aide-soignant, très présent auprès de la personne malade et de sa famille, est souvent le premier à recevoir la parole : il écoute, accueille les proches, prend soin du défunt avec respect (toilette, habillage, présentation), respecte les rites, observe le sommeil, l'appétit, l'humeur, l'isolement des proches ou des résidents endeuillés, et transmet. Le médecin annonce le décès, recherche la dépression et prescrit si nécessaire. Le psychologue, l'aumônier, l'assistante sociale et les associations complètent l'accompagnement.

Zoom : annoncer un décès à une famille
  1. se préparer : connaître les faits, savoir à qui l'on parle, qui est la personne à prévenir, choisir un moment et un lieu
  2. annoncer de préférence en face à face, dans un endroit calme et à l'abri des regards, par un médecin accompagné d'un infirmier, en s'asseyant, sans téléphone ni précipitation ; si l'annonce doit se faire par téléphone, demander d'abord si la personne est assise et s'il y a quelqu'un avec elle
  3. dire clairement ce qui s'est passé, avec des mots simples : « Votre mari est décédé », sans euphémismes ni jargon, après une courte phrase d'avertissement
  4. laisser le temps de la réaction : silence, pleurs, colère, sidération, questions ; accepter toutes les réactions
  5. exprimer sa compassion avec sincérité et rester auprès de la famille
  6. répondre aux questions avec honnêteté, sans promettre ce que l'on ne sait pas
  7. proposer de voir le défunt, d'appeler un proche, un représentant du culte, de rester le temps nécessaire
  8. expliquer simplement ce qui va se passer ensuite (démarches, contact, objets personnels), remettre des informations écrites et un numéro à appeler
  9. noter dans le dossier et transmettre à l'équipe
Zoom : accompagner un enfant ou un adolescent endeuillé
  • dire la vérité avec des mots simples et adaptés à l'âge : « il est mort, son corps ne fonctionne plus, il ne reviendra pas » ; éviter « il est parti en voyage », « il dort »
  • répondre aux questions, même répétées, et accepter l'absence de réponse quand on ne sait pas
  • laisser l'enfant exprimer ses émotions à sa façon : jeu, dessin, silence, colère ; ne pas lui demander d'être « fort »
  • proposer de participer aux rites s'il le souhaite (cérémonie, dessin, objet déposé), en l'accompagnant
  • garder des repères stables : école, activités, horaires ; informer l'école
  • le rassurer : ce n'est pas de sa faute, ceux qui restent s'occupent de lui
  • être attentif aux signes de détresse prolongée (retrait, échec scolaire, cauchemars, agressivité, idées sombres) et orienter vers un psychologue
Zoom : que dire, que ne pas dire à une personne en deuil
À dire À éviter
« Je suis désolé(e) pour votre perte. » « Il faut passer à autre chose. »
« Voulez-vous me parler de lui / d'elle ? » « Il (elle) est mieux là où il (elle) est. »
« Vous avez le droit de pleurer, de ne pas pleurer, de vous mettre en colère. » « Soyez fort(e), ne pleurez pas devant vos enfants. »
« Je ne sais pas quoi dire, mais je suis là. » « Je sais ce que vous ressentez. »
« Qu'est-ce qui vous aiderait en ce moment ? » « Au moins, il (elle) ne souffre plus. » ou « Vous êtes encore jeune, vous en referez un autre. »
« Il n'y a pas de bonne façon de vivre cela, chacun avance à son rythme. » « Le temps arrange tout, vous verrez. »
Zoom : le deuil des soignants
  • les soignants vivent le deuil de leurs patients, surtout après un long accompagnement, un décès brutal, un enfant, un patient proche de leur âge ou de leur histoire
  • signes : tristesse, culpabilité, fatigue, colère, détachement, cauchemars, envie de fuir le service
  • ce qui aide : en parler en équipe (réunion, temps de parole, débriefing après un décès difficile), rites de départ (un temps de recueillement, un mot dans un registre, une bougie), supervision ou soutien psychologique, respect des temps de repos
  • reconnaître que soigner, c'est aussi s'attacher, et que ce deuil est légitime ; demander de l'aide quand il s'accumule
  • les établissements peuvent organiser un temps d'hommage pour les patients ou résidents décédés, informer les autres patients avec délicatesse et prendre soin des proches
Étape 4 : L'évaluation des résultats
Question à se poser Si oui Si non
La personne exprime-t-elle ses sentiments et parle-t-elle de la perte ? Poursuivre l'écoute à son rythme Proposer un autre cadre (groupe de parole, psychologue), respecter le silence
Dispose-t-elle de soutiens fonctionnels et les utilise-t-elle ? Valoriser Chercher des ressources, associations, aides
Dort-elle, mange-t-elle, prend-elle soin de sa santé ? Poursuivre Avis médical, aide pratique
A-t-elle pu vivre les rites et dire au revoir comme elle le souhaitait ? Apaisement attendu Proposer un rituel adapté, même différé
Reprend-elle progressivement des activités et des liens ? Encourager Chercher les freins, objectifs plus petits
La détresse s'atténue-t-elle avec le temps, avec des hauts et des bas ? Évolution habituelle Au-delà de plusieurs mois sans amélioration : évaluer un deuil complexe, orienter vers une aide spécialisée
Y a-t-il des idées noires, une dépression ou une consommation excessive ? Alerter immédiatement Poursuivre la surveillance

Exemple de transmission ciblée :

  • D (données) : femme de 68 ans, veuve depuis 3 semaines, pleurs quotidiens, sommeil de 3 à 4 heures, perte de 3 kg, dit « je n'arrive plus à rien », sent parfois la présence de son mari, enfants vivant à l'étranger, dépistage des idées suicidaires négatif.
  • A (actions) : entretien d'écoute dans un cadre calme, explication de ce qui est habituel dans un deuil, repas fractionnés proposés, règles simples pour le sommeil, médecin traitant informé, assistante sociale pour les démarches, appel hebdomadaire de l'infirmière, groupe de parole et association de soutien proposés, ses enfants invités à appeler régulièrement.
  • R (résultats) : à 6 semaines, dort 5 heures, a repris 2 kg, parle de son mari avec des souvenirs, participe à un groupe de parole, a fait ses démarches avec de l'aide, sort deux fois par semaine, pas d'idées noires.

5. Prévention et organisation des soins

  • repérer les personnes qui vivent ou vont vivre une perte importante : fin de vie, annonce grave, handicap, séparation, deuil récent, entrée en institution
  • accompagner le deuil dès l'annonce de la maladie grave (deuil anticipé), avec les soins palliatifs et les soins de support
  • soigner l'annonce du décès, l'accueil des proches, la présentation du défunt et le respect des rites
  • proposer systématiquement une information écrite sur les démarches et les ressources de soutien (groupes de parole, associations, psychologues, ligne d'écoute)
  • prévoir un suivi à distance des proches endeuillés, notamment des personnes âgées isolées et des familles ayant perdu un enfant
  • repérer tôt les signes d'un deuil complexe ou d'une dépression, et orienter
  • associer les enfants et les adolescents, avec des mots justes
  • former les équipes à l'écoute, à l'annonce et à l'accompagnement du deuil, et soutenir les soignants
  • respecter la diversité culturelle et religieuse des rites
  • dans les établissements, prévoir un temps d'hommage aux personnes décédées et un accompagnement des autres personnes accueillies
À retenir :
Le deuil est la réponse normale et complexe à une perte réelle, anticipée ou perçue (décès, maladie, handicap, perte d'un emploi, d'un domicile, d'une partie du corps). Il se vit à son rythme, avec des réactions émotionnelles, physiques, cognitives, sociales et spirituelles. Les modèles (étapes, tâches, va-et-vient) décrivent des réactions fréquentes, pas un parcours obligatoire. On évalue la perte, les réactions, les risques de deuil complexe, le moral, le risque suicidaire, les soutiens, les croyances et les besoins pratiques. Les soins reposent sur la présence, l'écoute, la normalisation, le respect du déni et des rites, l'annonce soignée du décès, le soutien aux proches (dont les enfants), l'aide aux démarches, les groupes de parole et associations, l'orientation vers un psychologue en cas de deuil prolongé et la prudence avec les calmants. Des idées noires, une dépression, une consommation excessive ou une détresse qui ne s'atténue pas sont des alertes.
Gisèle Cabre, formatrice IFSI IFAS
Gisèle Cabre
Formatrice IFSI IFAS
 

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