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Étudiants IDE-AS-AES Pour les étudiants infirmier, aide soignant et AES

Gestion inefficace du régime thérapeutique : diagnostic infirmier, adhésion au traitement, entretien motivationnel et éducation thérapeutique

Gestion inefficace du régime thérapeutique : comprendre et poser le diagnostic infirmier

En bref : la gestion inefficace du régime thérapeutique (aussi appelée gestion inefficace de sa santé, ou, dans le langage courant, mauvaise adhésion au traitement) désigne la difficulté à intégrer dans sa vie quotidienne un traitement ou un programme de soins, de façon à atteindre les objectifs de santé fixés. La personne oublie ses médicaments, les arrête, ne suit pas son régime, manque ses rendez-vous, ou ne sait pas comment s'y prendre. Ce n'est ni un caprice ni un manque de volonté : les causes sont multiples (complexité du traitement, effets indésirables, croyances, coût, fatigue, dépression, troubles de la mémoire, isolement). Le soignant cherche ce qui bloque, simplifie, éduque, motive, associe l'entourage et coordonne les professionnels, sans jamais culpabiliser.

1. Définition du diagnostic infirmier

Le diagnostic infirmier gestion inefficace du régime thérapeutique décrit un mode de régulation et d'intégration dans la vie quotidienne d'un programme de traitement de la maladie et de ses séquelles, qui ne permet pas d'atteindre des objectifs de santé précis. Dans les classifications récentes, il est proche du diagnostic « gestion inefficace de sa santé » : utilisez le libellé en vigueur dans votre structure.

Les traitements sont de plus en plus nombreux et complexes, à l'hôpital comme à domicile : médicaments, injections, régime, activité physique, surveillance, rendez-vous. La personne doit en assumer une grande partie elle-même, souvent sans pouvoir joindre facilement un professionnel. L'adhésion thérapeutique, c'est-à-dire la façon dont la personne suit son traitement, détermine l'efficacité des soins, l'évolution de la maladie et le nombre d'hospitalisations évitables.

Beaucoup de patients souhaitent être acteurs de leurs soins, mais certains n'en ont pas les moyens : troubles sensoriels ou cognitifs, pauvreté, isolement, dépression, crise de vie, perte d'emploi, addictions, barrière de langue ou difficulté à comprendre l'information de santé. Les personnes âgées, qui cumulent souvent plusieurs maladies et plusieurs traitements, sont particulièrement exposées.

Deux sortes de non-adhésion : involontaire et volontaire
Type Ce que cela signifie Exemples
Non intentionnelle (involontaire) La personne veut bien faire mais n'y arrive pas Oublis, ne pas comprendre l'ordonnance, difficulté à ouvrir un flacon, mauvaise vue, troubles de la mémoire, pilulier mal rempli, rupture de stock
Intentionnelle (volontaire) La personne décide, en connaissance de cause ou non, de ne pas suivre le traitement Peur des effets secondaires, croyance que le médicament est inutile ou dangereux, sentiment d'être guéri, refus de la maladie, coût, méfiance envers les soignants

Les deux types peuvent s'associer. Il est essentiel de comprendre laquelle domine pour choisir la bonne aide : un pilulier aide l'oubli, mais pas la méfiance.

Les modèles qui expliquent les comportements de santé
  • Modèle des croyances de santé : la personne agit si elle se sent concernée (« je peux tomber malade »), si elle pense que la maladie est grave, si elle croit que le traitement est utile et que les obstacles (coût, effets secondaires, contraintes) ne sont pas trop lourds
  • Auto-efficacité : la conviction de pouvoir réussir un comportement favorise la réussite ; une personne qui doute de sa capacité abandonne plus vite
  • Stades du changement : on ne propose pas la même aide à quelqu'un qui n'y pense pas, qui hésite, qui se prépare ou qui est déjà passé à l'action
  • Déterminants sociaux : ressources, logement, entourage, culture, langue et accès au système de soins jouent un rôle aussi grand que la motivation

2. Facteurs favorisants

Facteurs liés au traitement et à la maladie
  • complexité du schéma thérapeutique : nombre de médicaments (polymédication), nombre de prises par jour, horaires, injections, régime, surveillance
  • effets indésirables gênants ou craints, effets perçus comme pires que la maladie
  • maladie sans symptômes (hypertension, diabète, cholestérol) : « je me sens bien, donc je n'en ai pas besoin »
  • maladie chronique de longue durée, lassitude, évolution imprévisible
  • gravité de la maladie perçue, sensibilité perçue, obstacles perçus, sentiment d'impuissance
  • complexité de l'organisation des soins : multiples intervenants, rendez-vous éclatés, consignes contradictoires
Facteurs liés à la personne, à son entourage et à son environnement
  • déficit de connaissances sur la maladie et le traitement, difficulté à lire et à comprendre l'information de santé (littératie en santé faible), barrière de langue
  • troubles de la mémoire, de l'attention, déficits sensoriels (vue, audition), perte de dextérité ou de force
  • dépression, anxiété, déni, crises de vie (deuil, séparation, perte d'emploi), addictions, autres problèmes émotionnels et sociaux
  • méfiance envers les professionnels ou le système de soins, mauvaises expériences passées, conflit décisionnel
  • croyances culturelles, religieuses, familiales sur la maladie et les soins ; habitudes de santé de la famille
  • difficultés économiques : reste à charge, avance de frais, transport, perte de journées de travail
  • exigences excessives pesant sur la personne ou la famille, conflits familiaux, soutien social insuffisant, isolement
  • difficultés d'accès : éloignement des soins, délais de rendez-vous, absence de médecin traitant, horaires incompatibles avec le travail
  • signaux d'action inadaptés : rappels, rendez-vous, indications trop nombreuses, trop rares ou peu clairs

3. Que surveiller ? Signes, retentissement et alertes

Alertes à signaler rapidement au médecin ou à l'infirmier :
  • arrêt d'un traitement vital ou dangereux à arrêter brusquement : anticoagulant, antiépileptique, insuline, corticoïde, traitement du cœur, traitement antirejet, antibiotique en cours
  • aggravation nette des symptômes : essoufflement, douleur, glycémie très haute ou très basse, tension très élevée, crises, rechute
  • surdosage, confusion entre plusieurs médicaments, doublons, prise de médicaments périmés, automédication ou plantes sans avis
  • propos de désespoir, idées suicidaires, refus total de soins : prévenir immédiatement le médecin ; numéro national de prévention du suicide 3114 (24 h sur 24)
  • hospitalisations répétées pour la même cause, passages aux urgences, accidents liés au traitement
  • personne qui ne peut plus gérer seule son traitement et qui n'a personne pour l'aider
  • choix de vie quotidiens inefficaces pour atteindre l'objectif du traitement ou du programme : alimentation, activité, tabac, alcool, sommeil
  • augmentation des symptômes de la maladie, résultats biologiques ou mesures qui s'écartent des objectifs (tension, glycémie, poids, INR)
  • personne qui dit ne pas avoir suivi le traitement prescrit, ou qui exprime des difficultés avec le schéma
  • désir exprimé de gérer le traitement et de prévenir les complications, sans savoir comment
  • rendez-vous manqués, ordonnances non renouvelées, boîtes de médicaments pleines, pilulier intact, retard de renouvellement en pharmacie
  • questions répétées, confusion sur les doses ou les horaires, peur du traitement
  • découragement, culpabilité, honte, évitement des soignants

4. Du diagnostic infirmier aux soins : le raisonnement complet

Il suit quatre temps, après le recueil de données : problème, objectifs, interventions, évaluation. Le soignant travaille avec la personne, jamais à sa place.

Étape 1 : Le problème (diagnostic infirmier)

On l'écrit selon le modèle « problème + lié à + facteurs + manifestations » :

Exemple : gestion inefficace du régime thérapeutique liée à la complexité du schéma (cinq médicaments, deux à trois prises par jour), à des connaissances insuffisantes sur sa maladie, à la crainte de l'insuline et à des difficultés financières, se manifestant par des oublis fréquents du traitement antidiabétique et antihypertenseur, trois rendez-vous manqués, une hémoglobine glyquée à 9,2 % et une tension à 168/96 mmHg.

On peut y associer : déficit de connaissances, conflit décisionnel, anxiété, impuissance, déni, isolement social, risque d'instabilité de la glycémie, risque d'infection, tension dans l'exercice du rôle d'aidant, risque de blessure. Quand la personne est prête à progresser, on peut poser « disposition à améliorer la gestion de sa santé ».

Étape 2 : Les objectifs de soins

Un bon objectif décrit ce que le patient va atteindre, avec un critère mesurable et un délai.

Objectif Critère de réussite
La personne exprime le but de son traitement Elle explique à sa façon pourquoi elle prend chaque médicament et ce qu'il fait
Elle montre qu'elle sait faire ce qui est demandé Elle prépare son pilulier ou réalise son geste (injection, mesure, pansement) correctement devant le soignant
Elle connaît les ressources disponibles Elle sait qui contacter (médecin, infirmier, pharmacien, association, numéro d'aide) en cas de problème
Elle suit son traitement avec régularité Au moins 80 % des prises effectuées (contrôle du pilulier, du carnet ou du questionnaire d'observance) à 1 mois
Les objectifs de santé se rapprochent Tension, glycémie ou autres mesures rapprochées des cibles fixées par le médecin à 3 mois
Elle décide du plan avec les soignants Elle a participé au choix des objectifs et des moyens, et formule ses préférences
Elle gère ses effets indésirables et ses oublis Elle sait quoi faire en cas d'oubli ou d'effet gênant et appelle avant d'arrêter
Elle se sent soutenue Elle a au moins un soutien (proche, soignant référent, groupe) identifié
Elle maintient son adhésion dans la durée Le suivi reste régulier à 6 mois et rendez-vous honorés
Étape 3 : L'évaluation et les interventions

A. Évaluer pour bien comprendre

Évaluation Pourquoi ?
Rechercher les circonstances qui gênent le suivi du programme : argent, transport, santé, horaires, effets secondaires, entourage, croyances Connaître les causes permet de choisir la bonne intervention
Recueillir avec bienveillance ce que la personne prend réellement : demander à voir les boîtes, l'ordonnance, le pilulier, les médicaments en vente libre, les plantes, les compléments Ce que la personne prend est souvent différent de l'ordonnance
Interroger l'observance sans jugement (« Il arrive à tout le monde d'oublier, cela vous arrive-t-il ? »), avec un outil simple si besoin (par exemple le questionnaire de Girerd, voir plus bas) Une question ouverte et non culpabilisante obtient des réponses plus honnêtes
Évaluer les tentatives antérieures de suivre un traitement ou un régime : ce qui a marché, ce qui a échoué, pourquoi Excellent point de départ pour comprendre la complexité du plan et éviter de répéter les échecs
Évaluer la conviction de la personne dans sa capacité à adopter le comportement souhaité, sur une échelle de 0 à 10 L'auto-efficacité prédit la réussite ; une note basse oriente vers des objectifs plus petits
Évaluer ses pensées, ses croyances et ses peurs sur la maladie et le traitement : gravité perçue, utilité perçue, peur des effets secondaires ou de la dépendance, influence de la culture et de la famille Les croyances de santé influencent fortement l'adhésion
Évaluer la compréhension : demander de reformuler avec ses mots ce qu'elle doit faire (méthode de reformulation) Vérifier que l'information a été comprise, et non seulement entendue
Évaluer la capacité de réaliser l'activité demandée : ouvrir un flacon, lire une étiquette, fractionner un comprimé, s'injecter, mesurer sa glycémie, se rendre à un rendez-vous La capacité physique détermine le type d'éducation et les aides techniques
Évaluer la mémoire, l'attention, la vue, l'audition, la littératie en santé, la langue lue et parlée Les déficits doivent être reconnus pour concevoir un plan alternatif adapté
Évaluer l'humeur, l'anxiété, la motivation, le déni, les addictions La dépression et les addictions sont des causes fréquentes de non-adhésion
Évaluer la situation sociale : ressources, couverture santé, logement, entourage, aidant, emploi Les obstacles matériels et le manque de soutien sont des causes majeures
Évaluer l'accès aux soins : médecin traitant, pharmacie, délais, transports, coordination entre professionnels Repérer les obstacles liés à l'organisation
Évaluer l'état de la maladie : signes, mesures (tension, glycémie, poids), résultats biologiques, hospitalisations récentes Mesurer le retentissement et la gravité
Repérer l'étape du changement : la personne y pense-t-elle, hésite-t-elle, se prépare-t-elle, a-t-elle déjà commencé ? Adapter la façon de motiver

B. Les interventions de soins

Intervention Pourquoi ?
Accueillir la personne avec respect, sans reproche, reconnaître la difficulté de vivre avec un traitement et valoriser chaque effort Le jugement éloigne les patients ; une relation de confiance favorise l'honnêteté
Faire de la personne le partenaire de ses soins : l'associer à la planification du traitement, rechercher ses priorités, parler de décision partagée Les patients qui participent à leurs soins ont de meilleurs résultats
Utiliser l'entretien motivationnel : écouter, poser des questions ouvertes, explorer l'ambivalence, renforcer ce qui va dans le sens du changement, laisser la personne choisir (voir plus bas) La motivation vient de la personne ; l'imposer provoque la résistance
Expliquer simplement la maladie, le but de chaque médicament, ce qui se passe si on l'arrête, les bénéfices attendus et les délais Une personne qui comprend l'utilité du traitement s'y engage davantage
Expliquer le traitement de façon claire, adaptée au niveau de compréhension, avec des mots simples, un support écrit lisible et des images, et vérifier par reformulation L'information orale seule est vite oubliée
Demander au médecin et au pharmacien de simplifier le schéma : regrouper les prises, privilégier une prise par jour ou des formes à libération prolongée quand c'est pertinent, supprimer les médicaments inutiles (revue de médication, déprescription) Plus il y a de prises et de médicaments, plus le risque d'oubli et d'effets indésirables augmente
Adapter le traitement au mode de vie : horaires de travail, repas, sommeil, lieux de vie, habitudes, jours de la semaine Un plan « taille unique » est généralement inefficace
Proposer des aides à la prise : pilulier hebdomadaire (rempli avec l'infirmier, le pharmacien ou un proche), préparation des doses par la pharmacie, plan de prise écrit ou en pictogrammes, alarme ou rappel sur téléphone, associer la prise à une habitude quotidienne (brossage des dents, repas) Réduire la charge mentale et les oublis
Proposer des aides techniques : ouvre-flacon, dispositif pour fractionner, stylo injecteur adapté, lecteur de glycémie à gros affichage, loupe, tensiomètre automatique, carnet de suivi, objets connectés si la personne le souhaite Faciliter les gestes pour les personnes qui ont une difficulté physique ou visuelle
Expliquer les effets indésirables et la conduite à tenir : ce qui est fréquent et sans gravité, ce qui doit faire appeler, ne jamais arrêter seul un traitement important sans avis Beaucoup d'arrêts viennent d'un effet secondaire qui peut être pris en charge ou d'un traitement qui peut être ajusté
Recueillir les effets indésirables et les transmettre au médecin pour réévaluer le traitement Ajuster plutôt que laisser abandonner
Se concentrer d'abord sur le comportement qui aura le plus d'effet thérapeutique, et fixer un petit objectif à la fois Le changement de comportement est difficile ; viser tout en même temps décourage
Proposer à la personne de suivre elle-même ses progrès : carnet, tableau, courbe, application (poids, tension, glycémie, symptômes, prises) L'autosurveillance est un élément clé du changement durable
Définir avec la personne un système de renforcement positif : reconnaissance verbale, félicitations, point de suivi plus court, appel de soutien, petits plaisirs sans lien avec l'argent ou la nourriture Valoriser les réussites entretient la motivation
Réduire les contraintes d'organisation : regrouper les rendez-vous, proposer la téléconsultation ou les soins à domicile, choisir des horaires compatibles, faciliter les transports, expliquer pourquoi chaque rendez-vous est utile Distance, coûts, pertes de journées de travail, longues attentes ou sentiment de ne pas être compris font abandonner le suivi
Faire intervenir un interprète professionnel ou des supports dans la langue de la personne en cas de barrière de langue Une information non comprise ne peut pas être appliquée
Orienter vers l'assistante sociale pour les droits et les aides financières (complémentaire santé solidaire, prise en charge à 100 % de la maladie chronique, aides à domicile, transports) Lever les obstacles économiques
Orienter vers un programme d'éducation thérapeutique du patient (ETP) : diagnostic éducatif, objectifs partagés, séances individuelles ou collectives, évaluation L'ETP améliore les compétences d'auto-soin et la qualité de vie des personnes atteintes de maladie chronique
Proposer un groupe de soutien, une association de patients, ou un patient-pair (patient expert) si la personne manque de soutien Le partage d'expérience renforce la confiance et les connaissances
Impliquer les proches et l'aidant, avec l'accord de la personne, dans les explications et l'enseignement, et encourager leur soutien Leur participation renforce les comportements adaptés et les changements de mode de vie
Traiter les causes associées : dépression, anxiété, addictions, troubles de la mémoire, douleur ; demander un avis (médecin, psychologue, addictologue, gériatre) Tant que ces causes persistent, l'adhésion reste difficile
Coordonner les professionnels : médecin traitant, spécialistes, pharmacien, infirmier à domicile, kinésithérapeute, assistante sociale ; transmettre des informations claires à la sortie d'hospitalisation Des messages cohérents évitent la confusion et les ruptures de traitement
Proposer un bilan partagé de médication en pharmacie ou une conciliation médicamenteuse après un changement de lieu de soins Repérer doublons, interactions et incompréhensions
Planifier un suivi régulier (visite, appel, consultation infirmière) et un plan en cas de difficulté, surtout dans les premières semaines La majorité des abandons surviennent tôt, quand la personne est seule
Si la personne refuse un traitement en toute connaissance de cause, respecter son choix, en l'informant des risques, en traçant sa décision et en prévenant le médecin Le patient a le droit de refuser un soin ; le rôle du soignant est d'informer et de rester disponible
Réévaluer à intervalles réguliers les objectifs et les moyens, ajuster le plan avec la personne Les besoins changent avec la maladie et la vie

C. Les freins les plus fréquents et les réponses possibles

Frein Réponses possibles
« J'oublie » Pilulier, alarme, association à une habitude, aide d'un proche ou d'un infirmier, simplification du schéma
« Je me sens bien, je n'en ai pas besoin » Expliquer la maladie sans symptôme, montrer les mesures (tension, glycémie), parler des complications, entretien motivationnel
« Ça me fait du mal » Écouter, noter l'effet, avertir le médecin pour ajuster ou changer de traitement, ne pas arrêter seul
« J'ai peur de devenir dépendant, de m'habituer » Informer avec exactitude, écouter les expériences passées, explorer les croyances
« C'est trop cher, je ne peux pas » Assistante sociale, droits, génériques, étalement, pharmacien
« Je ne comprends pas » Reformuler simplement, supports visuels, interprète, éducation thérapeutique, reformulation par la personne
« Je n'ai plus la force, je n'y arrive plus » Rechercher une dépression, un épuisement, soutien, aides à domicile, objectifs plus petits
« Je ne fais pas confiance » Prendre le temps, écouter, un interlocuteur stable, transparence
« Je ne sais pas comment faire (injection, mesure, régime) » Démonstration et répétition, supports, suivi infirmier

Rôle de l'équipe soignante : l'infirmier évalue, éduque, simplifie avec le médecin et le pharmacien, coordonne et suit. L'aide-soignant, dans son rôle, aide à la prise des médicaments sous la responsabilité de l'infirmier lorsque cela est prévu, observe les oublis, les refus, les difficultés (vue, mains, mémoire), les effets indésirables, l'humeur, l'appétit, l'état du pilulier, encourage et rassure, et transmet. Le médecin prescrit et ajuste, le pharmacien conseille et vérifie, le psychologue, l'assistante sociale et l'éducateur thérapeutique interviennent selon les besoins. Seul le médecin décide de modifier ou d'arrêter un traitement.

Zoom : l'entretien motivationnel en cinq gestes
  1. Poser des questions ouvertes : « Comment vivez-vous votre traitement ? » « Qu'est-ce qui est le plus difficile ? »
  2. Écouter avec empathie et reformuler : « Si je comprends bien, vous avez peur de la piqûre et vous ne voulez pas dépendre d'un traitement. »
  3. Explorer l'ambivalence : « Qu'est-ce qui vous pousserait à le prendre ? Qu'est-ce qui vous retient ? »
  4. Renforcer la confiance : « Sur une échelle de 0 à 10, quelle est l'importance pour vous de ... ? Pourquoi pas 0 ? Que faudrait-il pour monter d'un point ? »
  5. Résumer et proposer un petit pas, en laissant le choix : « Qu'aimeriez-vous essayer cette semaine ? »

On évite de convaincre, de menacer, de culpabiliser ou de donner trop de conseils d'un coup.

Zoom : vérifier que le message est compris (méthode de reformulation)
  1. expliquer en un petit nombre de points, avec des mots simples
  2. dire : « Je veux m'assurer que je me suis bien expliqué. Pouvez-vous me dire comment vous allez prendre ce médicament ? »
  3. écouter la reformulation, repérer les erreurs sans reproche
  4. réexpliquer autrement, avec une image ou une démonstration
  5. faire refaire le geste devant soi (injection, mesure, ouverture du pilulier)
  6. remettre un support écrit lisible et noter ce qui est acquis dans le dossier

Le principe : c'est au soignant de s'assurer d'avoir été clair, ce n'est pas au patient de « comprendre » à tout prix.

Zoom : repérer une mauvaise observance avec six questions (questionnaire de Girerd)

Six questions fermées (oui ou non) à poser avec bienveillance, notamment pour les traitements chroniques :

  1. Ce matin, avez-vous oublié de prendre vos médicaments ?
  2. Depuis la dernière consultation, avez-vous été en panne de médicaments ?
  3. Vous est-il arrivé de prendre votre traitement avec retard par rapport à l'heure habituelle ?
  4. Vous est-il arrivé de ne pas prendre votre traitement parce que vous vous sentiez mieux ?
  5. Vous est-il arrivé de ne pas prendre votre traitement parce que, certains jours, votre mémoire vous fait défaut ?
  6. Pensez-vous qu'il y a trop de médicaments à prendre ?

Repères : aucune réponse « oui », bonne observance ; 1 ou 2 « oui », minime problème d'observance ; 3 « oui » ou plus, problème d'observance. Il ne s'agit que d'un outil de repérage : il doit déclencher un dialogue, pas un jugement.

Étape 4 : L'évaluation des résultats
Question à se poser Si oui Si non
La personne prend-elle son traitement de façon régulière (pilulier, carnet, questionnaire) ? Objectif atteint, poursuivre le suivi et valoriser Rechercher les nouvelles causes, adapter les aides, simplifier
Comprend-elle son traitement et sait-elle le dire avec ses mots ? Maintenir Reprendre l'éducation autrement
Les mesures et les résultats se rapprochent-ils des objectifs fixés (tension, glycémie, poids, symptômes) ? Poursuivre Alerter le médecin, réviser le traitement
Les effets indésirables sont-ils pris en charge ? Poursuivre Alerter le médecin pour ajuster
Les rendez-vous sont-ils honorés et les ordonnances renouvelées ? Maintenir Chercher les obstacles (transport, argent, horaire), coordonner
La personne se sent-elle soutenue et acteur de ses soins ? Encourager Renforcer les ressources et l'entretien motivationnel
Y a-t-il un arrêt dangereux, une aggravation, des idées noires ? Alerter immédiatement Poursuivre la surveillance

Exemple de transmission ciblée :

  • D (données) : patient de 58 ans, diabète de type 2 et hypertension, 5 médicaments en 2 à 3 prises, oublis fréquents, 3 rendez-vous manqués, dit « j'en ai marre de tous ces comprimés » et craint l'insuline, au chômage, hémoglobine glyquée à 9,2 %, tension à 168/96 mmHg.
  • A (actions) : entretien motivationnel, médecin et pharmacien sollicités pour simplifier à 2 prises, pilulier hebdomadaire rempli avec l'infirmière, rappel sur téléphone, démonstration et reformulation du geste, entretien avec l'assistante sociale (droits), programme d'éducation thérapeutique proposé, suivi infirmier hebdomadaire.
  • R (résultats) : à 3 mois, prises régulières à plus de 80 %, rendez-vous honorés, hémoglobine glyquée à 8,1 %, tension à 146/88 mmHg, patient plus confiant, accepte d'aborder l'insuline avec le médecin.

5. Prévention et organisation des soins

  • partir de la personne, de ses priorités et de sa vie, et rechercher dès le début ce qui risque de gêner le suivi
  • simplifier les traitements autant que possible et réaliser des revues régulières de médication
  • donner une information claire, écrite et orale, adaptée, et vérifier qu'elle est comprise
  • proposer à toute personne atteinte de maladie chronique un accès à l'éducation thérapeutique du patient
  • repérer les personnes à risque : polymédication, troubles cognitifs ou sensoriels, dépression, précarité, isolement, barrière de langue, sortie d'hospitalisation
  • organiser la continuité des soins : lettre de liaison, ordonnance de sortie claire, relais par l'infirmier à domicile et le pharmacien, appel de suivi après la sortie
  • favoriser l'accès aux soins : horaires adaptés, téléconsultation, soins à domicile, aide aux transports et aux droits sociaux
  • valoriser les progrès, normaliser les oublis et les difficultés, entretenir la confiance
  • impliquer les proches et les associations de patients
  • former les soignants à l'entretien motivationnel et à la communication non jugeante
À retenir :
La gestion inefficace du régime thérapeutique est la difficulté à intégrer un traitement ou un programme de soins dans sa vie, pour de multiples raisons : complexité, effets indésirables, croyances, coût, fatigue, dépression, troubles de la mémoire, isolement. On évalue ce que la personne prend vraiment et pourquoi elle n'y arrive pas, sans jugement. Les soins reposent sur le partenariat, l'entretien motivationnel, l'information claire vérifiée par reformulation, la simplification du schéma, les aides à la prise, l'éducation thérapeutique, la levée des obstacles pratiques et financiers, le soutien de l'entourage et la coordination des professionnels. On n'arrête jamais un traitement important sans avis médical : un arrêt dangereux, une aggravation ou des idées noires sont des alertes.
Gisèle Cabre, formatrice IFSI IFAS
Gisèle Cabre
Formatrice IFSI IFAS
 

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