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Étudiants IDE-AS-AES Pour les étudiants infirmier, aide soignant et AES

Risque de glycémie instable : diagnostic infirmier, hypoglycémie, hyperglycémie, resucrage et insuline

Risque de glycémie instable : comprendre et poser le diagnostic infirmier

En bref : le risque de glycémie instable désigne le risque de variation du taux de glucose dans le sang en dehors des valeurs normales, vers le bas (hypoglycémie) ou vers le haut (hyperglycémie). Le glucose est le carburant principal du corps et du cerveau. Il est régulé par l'insuline (qui le fait entrer dans les cellules et fait baisser la glycémie) et par le glucagon (qui le libère quand la glycémie est basse). Le diabète est la cause la plus fréquente, mais d'autres situations déséquilibrent la glycémie : infection, jeûne, vomissements, alcool, corticoïdes, dénutrition, nutrition artificielle, insuffisance rénale ou hépatique. L'hypoglycémie est une urgence qui peut provoquer des convulsions ou un coma en quelques minutes. L'hyperglycémie sévère peut conduire à l'acidocétose ou à la déshydratation extrême. Le soignant repère les personnes à risque, contrôle la glycémie, administre l'insuline en sécurité, reconnaît vite les signes, agit avec la règle du resucrage et éduque la personne.

1. Définition du diagnostic infirmier

Le diagnostic infirmier risque de glycémie instable désigne un risque de variation du taux de glucose sanguin par rapport à la valeur normale. C'est un diagnostic de risque : il se rédige sans manifestations, avec seulement des facteurs de risque (« lié à »). Si une hypoglycémie ou une hyperglycémie est déjà présente, on pose plutôt un diagnostic actuel (par exemple déficit de volume liquidien, gestion inefficace du régime thérapeutique) ou on prend en charge l'urgence.

Le glucose vient de l'alimentation (glucides : sucres, féculents, fruits, lait) et du foie, qui en stocke et en fabrique. Il passe dans le sang puis entre dans les cellules grâce à l'insuline, fabriquée par le pancréas (cellules bêta des îlots de Langerhans) quand la glycémie monte. Quand elle baisse, le pancréas sécrète du glucagon (cellules alpha), qui fait libérer le glucose stocké par le foie. D'autres hormones (cortisol, adrénaline, hormone de croissance) font monter la glycémie en situation de stress ou de maladie.

L'hyperglycémie survient quand l'insuline manque ou agit mal (diabète, infection, stress, corticoïdes, certaines nutritions artificielles). L'hypoglycémie survient le plus souvent chez une personne diabétique traitée par insuline ou par certains comprimés (sulfamides hypoglycémiants, glinides), quand la dose est trop forte par rapport aux apports ou à l'activité ; elle peut aussi survenir après un jeûne prolongé, une consommation d'alcool sans alimentation, une insuffisance des surrénales ou du foie ou des reins, une dénutrition, certains troubles du comportement alimentaire, une chirurgie de l'estomac (chirurgie bariatrique) ou, rarement, une tumeur qui sécrète de l'insuline. Maintenir un poids de santé, une alimentation équilibrée et une activité physique régulière fait partie de la prise en charge.

Hypoglycémie et hyperglycémie : les repères de la pratique

Les valeurs sont données en grammes par litre (g/L) et en millimoles par litre (mmol/L). Les cibles sont toujours fixées individuellement par le médecin ; les valeurs ci-dessous servent de repères.

SituationRepèresÀ savoir
Glycémie normale à jeunEnviron 0,70 à 1,10 g/L (3,9 à 6,1 mmol/L)Elle remonte après les repas puis revient à la normale en quelques heures
Hypoglycémie (niveau 1)Moins de 0,70 g/L (3,9 mmol/L)On traite dès cette valeur chez une personne à risque, même sans signe
Hypoglycémie (niveau 2)Moins de 0,54 g/L (3,0 mmol/L)Cliniquement significative, avec risque de signes neurologiques
Hypoglycémie sévèreQuelle que soit la valeur : la personne ne peut plus se resucrer seule (confusion, convulsions, coma)Urgence : appeler le 15, glucagon ou glucose intraveineux sur prescription ou protocole
HyperglycémieAu-dessus de 1,80 g/L (10 mmol/L) en hôpital ; au-dessus de 2,50 à 3 g/L, il faut rechercher des corps cétoniques et alerterLa gravité dépend des symptômes, du type de diabète et de l'état d'hydratation
Hémoglobine glyquée (HbA1c)Reflet de la moyenne de la glycémie sur environ 3 mois ; cible souvent autour de 7 % chez l'adulte, plus souple (par exemple entre 7 et 8 % ou davantage) chez la personne âgée fragileLa cible est individualisée selon l'âge, les maladies et le risque d'hypoglycémie

Chez la personne âgée ou fragile, on évite avant tout les hypoglycémies, plus dangereuses (chutes, confusion, infarctus, AVC) qu'une hyperglycémie modérée.

Les médicaments qui jouent sur la glycémie
EffetMédicaments (exemples)
Risque d'hypoglycémieInsulines (surtout en cas de dose excessive, de repas sauté, d'effort inhabituel) ; sulfamides hypoglycémiants (glibenclamide, gliclazide, glimépiride) et glinides ; certains antibiotiques (fluoroquinolones), quinine, salicylés à forte dose ; alcool ; beaucoup de médicaments en insuffisance rénale (l'insuline et les sulfamides s'accumulent)
Masquent les signes d'hypoglycémieBêtabloquants (les palpitations et les tremblements disparaissent, il reste les sueurs et les signes neurologiques) ; neuropathie diabétique autonome
Risque d'hyperglycémieCorticoïdes (surtout après les repas), diurétiques thiazidiques, bêtabloquants, antipsychotiques de seconde génération (olanzapine, clozapine), certains immunosuppresseurs et chimiothérapies, immunothérapies, œstrogènes à fortes doses, lithium, phénytoïne, isoniazide
Médicaments du diabète sans hypoglycémie isoléeMetformine (à arrêter en cas d'insuffisance rénale sévère, de déshydratation, avant un examen avec produit de contraste ou une chirurgie, sur avis médical) ; agonistes du récepteur du GLP-1 (nausées, perte d'appétit, déshydratation possibles) ; inhibiteurs du SGLT2 (risque d'acidocétose même avec une glycémie peu élevée en cas de jeûne, de maladie aiguë, de chirurgie : leur arrêt est décidé par le médecin) ; inhibiteurs de la DPP-4

Les noms et les cibles sont donnés à titre d'exemples : le soignant applique toujours la prescription et les protocoles de son établissement.

2. Facteurs de risque

Facteurs liés à la maladie, aux traitements et aux apports
  • diabète de type 1 ou de type 2, diabète gestationnel, diabète secondaire (pancréatite, corticoïdes, cancer du pancréas, traitements)
  • carence ou excès d'insuline : dose inadaptée, oubli, erreur de produit ou de calcul, injection au mauvais moment, site d'injection en lipodystrophie, insuline abîmée par la chaleur ou le froid
  • effets secondaires des médicaments (voir le tableau plus haut), interactions, polymédication
  • apports alimentaires irréguliers : repas sauté ou à demi mangé, jeûne avant un examen ou une opération, nausées, vomissements, diarrhée, perte d'appétit, troubles de la déglutition, dénutrition
  • nutrition artificielle : nutrition entérale ou parentérale (hyperglycémie à la mise en route, hypoglycémie en cas d'arrêt brusque)
  • maladies aiguës : infection, fièvre, chirurgie, traumatisme, accident vasculaire, infarctus, brûlures (stress qui fait monter la glycémie)
  • insuffisance rénale, hépatique ou surrénale, troubles hormonaux, tumeur sécrétant de l'insuline
  • alcool en excès, surtout sans alimentation (le foie ne libère plus de glucose)
  • chirurgie de l'estomac ou de l'obésité, consommation excessive de sucres rapides (hypoglycémie après les repas)
  • déséquilibre entre activité physique, alimentation et traitement (effort inhabituel, sédentarité)
Facteurs liés à la personne et à l'organisation des soins
  • connaissances insuffisantes sur la gestion du diabète, manque d'acceptation du diagnostic, difficultés d'adhésion au traitement
  • surveillance de la glycémie insuffisante ou mal faite, matériel inadapté, lecteur non étalonné, capteur mal posé
  • niveau de développement (enfant, adolescent), âge avancé, troubles cognitifs, dépendance, déficit visuel ou de la dextérité
  • stress, troubles psychologiques, dépression, troubles du comportement alimentaire
  • précarité, difficultés d'accès aux repas, aux médicaments et au matériel
  • transitions de soins (admission, transfert, sortie) et erreurs de prescription ou de transmission
  • manque d'information sur l'hypoglycémie, absence de resucrage disponible

3. Que surveiller ? Signes, retentissement et alertes

Urgences à signaler immédiatement (15 si besoin) :
  • hypoglycémie avec perte de contact, confusion importante, convulsions ou perte de connaissance : ne rien donner par la bouche, mettre en position latérale de sécurité, appeler le 15, préparer le glucagon ou le glucose intraveineux sur prescription ou protocole
  • hypoglycémie qui ne remonte pas après deux resucrages, ou qui récidive
  • hyperglycémie avec nausées, vomissements, douleurs du ventre, respiration profonde et rapide, haleine à odeur de pomme ou de dissolvant, soif intense, somnolence ou confusion : acidocétose (surtout diabète de type 1 ou sous inhibiteur du SGLT2)
  • glycémie très élevée (au-dessus de 3 g/L) avec grande déshydratation, confusion ou somnolence, surtout chez la personne âgée : état hyperosmolaire
  • glycémie élevée avec corps cétoniques positifs dans le sang ou les urines
  • malaise inexpliqué, chute, comportement inhabituel, somnolence, sueurs profuses chez une personne qui prend de l'insuline ou un sulfamide : contrôler la glycémie avant tout
  • personne diabétique qui vomit, ne mange plus ou a de la fièvre : prévenir le médecin avant d'adapter le traitement
Reconnaître l'hypoglycémie et l'hyperglycémie
SignesHypoglycémieHyperglycémie
DébutBrutal, en minutesProgressif, en heures ou en jours
Signes de l'adrénalineSueurs, tremblements, palpitations, pâleur, faim, anxiété, picotements autour de la boucheRares
Signes du cerveauDifficulté de concentration, fatigue brutale, maux de tête, vertiges, troubles de la vue (vision double), troubles de la parole, irritabilité, comportement inhabituel ou agressif, confusion, somnolence, convulsions, comaFatigue, somnolence, maux de tête, vision floue ; en cas de forme grave, confusion et coma
Signes classiques du diabèteAbsentsSoif intense (polydipsie), urines abondantes (polyurie), faim (polyphagie), perte de poids, bouche sèche, peau sèche, infections répétées, plaies qui cicatrisent mal
Signes digestifsNausées parfoisNausées, vomissements, douleurs abdominales (acidocétose)
Respiration et haleineNormalesRespiration ample et rapide, haleine acétonique (acidocétose)
Chez la personne âgéeConfusion, chute, malaise, somnolence, comportement inhabituel ; signes souvent discrets ; hypoglycémies nocturnes possiblesDéshydratation, confusion, incontinence nouvelle, fatigue, infections

Les signes d'hypoglycémie varient d'une personne à l'autre, mais ils se ressemblent d'un épisode à l'autre chez la même personne : on les note dans le dossier. Certaines personnes ne sentent plus les hypoglycémies (hypoglycémies inaperçues) : elles sont particulièrement à risque.

4. Du diagnostic infirmier aux soins : le raisonnement complet

Il suit quatre temps, après le recueil de données : problème, objectifs, interventions, évaluation. Le diagnostic de risque est rédigé sans manifestations.

Étape 1 : Le problème (diagnostic infirmier)
Exemple : risque de glycémie instable lié à un traitement par insuline et sulfamide hypoglycémiant, à une baisse des apports alimentaires, à une infection en cours et à un âge avancé avec insuffisance rénale.

On peut y associer : déficit de connaissances, gestion inefficace du régime thérapeutique, déséquilibre nutritionnel, risque de chute, risque d'atteinte à l'intégrité de la peau (pieds), risque de déficit de volume liquidien, risque de déséquilibre électrolytique, anxiété, fatigue, risque d'infection.

Étape 2 : Les objectifs de soins

Un bon objectif décrit ce que le patient va atteindre, avec un critère mesurable et un délai. Les valeurs cibles sont fixées par le médecin pour chaque personne.

ObjectifCritère de réussite
La glycémie reste dans les cibles individuellesAucune glycémie inférieure à 0,70 g/L ni supérieure à 2,50 g/L ; glycémies avant repas et au coucher dans la fourchette fixée (par exemple entre 1,00 et 1,80 g/L en hôpital) ; hémoglobine glyquée dans la cible individuelle (par exemple inférieure à 7 %)
Aucune hypoglycémie sévère ni acidocétoseAucun épisode nécessitant une aide, un resucrage intraveineux ou l'appel du 15, pendant toute la prise en charge
La personne reconnaît les signes d'hypoglycémie et d'hyperglycémieElle cite au moins quatre signes de chaque et sait quand appeler
Elle sait se resucrer correctementElle décrit et applique la règle des 15 g et du recontrôle à 15 minutes
Elle contrôle sa glycémie correctementElle réalise une glycémie capillaire fiable, ou un capteur, aux heures prévues, note les résultats et les comprend
Elle prend son traitement et suit son plan de repasInsuline et comprimés aux bonnes doses et heures, repas réguliers, collations si prescrites
Elle équilibre activité physique, alimentation et traitementElle explique comment adapter ses apports avant et après un effort, et pratique une activité régulière adaptée
Elle prévient les complicationsPieds examinés chaque jour, tension contrôlée, suivi des yeux et des reins organisé
Elle porte une identification de son diabèteCarte ou bracelet de diabétique avec son traitement
Étape 3 : L'évaluation et les interventions

A. Évaluer pour bien comprendre

ÉvaluationPourquoi ?
Recueillir les antécédents : type de diabète et ancienneté, hypoglycémies et hyperglycémies passées (fréquence, circonstances, hypoglycémies inaperçues), complications (yeux, reins, nerfs, cœur, pieds), autres maladies, alcool, chirurgie de l'estomac, troubles du comportement alimentaireRepérer les facteurs de risque et la gravité potentielle
Passer en revue tous les traitements : insulines (type, dose, horaires, sites), comprimés, injectables non insuliniques, corticoïdes, bêtabloquants, antibiotiques, plantes ; vérifier les doses, les horaires, l'observance, les erreurs possiblesDe nombreux médicaments font monter ou baisser la glycémie (voir le tableau plus haut)
Surveiller la glycémie : à jeun, avant les repas, 2 heures après si prescrit, au coucher, la nuit si besoin, à chaque malaise ou signe suspect, et plus souvent en cas de maladie, de changement de traitement, de nutrition artificielle ou de corticoïdes ; ou les données d'un capteur de glucose en continu (tendances, alarmes)La surveillance détecte les variations avant les complications ; un capteur donne des tendances, mais une glycémie capillaire contrôle un résultat discordant avec les symptômes
Examiner les résultats biologiques prescrits : hémoglobine glyquée, glycémie veineuse, créatinine et fonction rénale, ionogramme, cétonémie ou cétonurie, bilan hépatique, lipidesL'hémoglobine glyquée reflète l'équilibre sur trois mois ; les reins éliminent l'insuline et certains médicaments
Rechercher les signes d'hypoglycémie et d'hyperglycémie à chaque contact (voir le tableau plus haut) et les noter ; évaluer l'état de conscience, l'anxiété, les tremblements, les troubles de la paroleReconnaître vite l'urgence ; les signes sont propres à chaque personne
Évaluer l'alimentation : repas réguliers, quantité prise (proportion du plateau), appétit, nausées, difficultés de déglutition, repas sautés, collations, boissons sucrées, alcool, régime prescritLe non-respect du plan alimentaire provoque des fluctuations de la glycémie
Évaluer les connaissances de la personne et de son entourage sur la maladie, le traitement, le régime, les signes d'alerte et la conduite à tenirUn régime individualisé et une bonne éducation sont à la base de la stabilité
Évaluer l'activité physique habituelle (type, fréquence, horaires) et ses effets sur la glycémieL'exercice fait baisser la glycémie et réduit les complications cardiovasculaires, mais expose à l'hypoglycémie s'il n'est pas anticipé
Évaluer l'alcool et le tabacL'alcool pris sans repas bloque la libération du glucose par le foie et provoque des hypoglycémies parfois retardées
Examiner les pieds (température, couleur, pouls, sensibilité, plaies, ongles, déformations), la peau, les sites d'injection (lipodystrophies, hématomes)Dépister la neuropathie, l'artérite et les plaies du pied diabétique ; les mauvais sites d'injection perturbent l'absorption de l'insuline
Mesurer la tension artérielle, le poids, le périmètre abdominalL'hypertension est fréquente chez le diabétique et accélère les complications
Évaluer la vue, la dextérité, la capacité à lire le lecteur, à préparer et à injecter l'insuline, la mémoire, l'autonomieAdapter le matériel et l'aide nécessaires
Évaluer le contexte psychosocial : acceptation de la maladie, anxiété, dépression, stress, ressources, entourage, accès au matériel et aux repasIls influencent l'adhésion au traitement

B. Les interventions de soins

InterventionPourquoi ?
Contrôler la glycémie aux heures prescrites et à chaque signe suspect, avec une technique fiable (voir plus bas) ; tracer les résultats avec l'heure, le repas et l'insuline, et alerter dès qu'une valeur sort des seuilsLa surveillance précoce évite les hypoglycémies et hyperglycémies graves
Administrer l'insuline et les antidiabétiques prescrits avec une extrême rigueur (voir plus bas) : bon produit, bonne dose, bonne heure, bonne voie, bon patient, en lien avec le repas et la glycémie du momentL'insuline est un médicament à haut risque : une erreur peut être mortelle ; l'adhésion au schéma limite les complications
Ne pas administrer l'insuline rapide sans vérifier que le repas est servi ; si la personne ne mange pas, prévenir le médecin avant de décider de la dose ; ne jamais arrêter l'insuline basale d'un diabétique de type 1 sans avis (risque d'acidocétose)Éviter l'hypoglycémie liée à un repas non pris
Faire respecter le plan de repas : horaires réguliers, glucides répartis dans la journée, collations prescrites, repas adaptés (textures, goûts), aide aux repas, notation des quantités consommées ; informer l'équipe si la personne mange moinsUn apport régulier stabilise la glycémie
Faire intervenir le diététicien pour un plan alimentaire individualisé : tenir compte des goûts, de la culture, du poids, du traitement, de l'activité et de la situation (éviter les régimes stricts chez la personne âgée ou dénutrie)Un plan personnalisé améliore l'adhésion et évite la dénutrition
Traiter l'hypoglycémie immédiatement selon le protocole (voir plus bas) : resucrage oral de 15 g de glucides si la personne est consciente et peut avaler, recontrôle à 15 minutes, répéter si besoin, puis collation ; glucagon ou glucose intraveineux sur prescription si la personne ne peut pas avaler ; prévenir le médecinRapide et simple, la règle des 15 évite les complications
Prévenir les hypoglycémies : repérer les situations à risque (repas non pris, effort, alcool, insuffisance rénale, infection), anticiper avec le médecin une adaptation de dose ; garder des sucres à portée (à la chambre, dans la poche, la voiture) ; surveiller la nuit si besoinBeaucoup d'hypoglycémies sont évitables
Prévenir et repérer l'hyperglycémie : contrôler la glycémie plus souvent en cas de fièvre, d'infection, de corticoïdes, de nutrition artificielle ; rechercher les corps cétoniques au-dessus du seuil fixé ; hydrater (environ 1,5 litre par jour sauf contre-indication), prévenir le médecin en cas de glycémie élevée persistanteÉviter l'acidocétose et la déshydratation
Éduquer la personne, avec la démarche d'éducation thérapeutique (voir plus bas) : comprendre la maladie, les signes d'alerte, la règle de resucrage, le contrôle de la glycémie, les repas, l'activité physique, les médicaments, les jours de maladie, les soins des piedsLa personne est l'acteur principal de son traitement
Apprendre à réaliser la glycémie capillaire et à noter les résultats dans un carnet ou une application, ou à utiliser un capteur de glucose et à interpréter les flèches de tendance ; vérifier le matériel et les dates de péremptionUne mesure immédiate permet d'agir à temps
Apprendre ou vérifier la technique d'injection de l'insuline : sites en alternance (abdomen, cuisses, fesses, bras), aiguille courte et neuve à chaque injection, temps de maintien de l'aiguille, stockage, dates d'ouverture, éviter les zones de lipodystrophieUne mauvaise technique ou un mauvais site rend l'effet imprévisible
Apprendre à équilibrer l'exercice et l'alimentation : mesurer avant l'effort, prendre des glucides si besoin, avoir des sucres sur soi, surveiller après, activité régulière adaptée ; orienter vers un enseignant en activité physique adaptée, un kinésithérapeute ou une équipe de réadaptation cardiaqueL'exercice aide à réguler la glycémie, mais peut déclencher une hypoglycémie
Surveiller et signaler une tension élevée, les douleurs thoraciques, les troubles visuels, les plaies des pieds ; administrer les traitements prescritsL'hypertension et le diabète s'associent et favorisent les maladies du cœur, l'AVC, les atteintes des yeux et des reins
Soigner les pieds : inspection quotidienne, lavage et séchage soigneux, crème hydratante (pas entre les orteils), chaussures adaptées, ne jamais marcher pieds nus, ne pas couper les cors soi-même, consulter un podologuePrévenir les plaies et l'amputation
Conseiller de porter une carte, un bracelet ou une information d'alerte médicale indiquant le diabète et le traitementPermet aux secours d'agir vite
Rassurer, soutenir, aider à accepter la maladie, repérer l'épuisement (« fatigue du diabète »), orienter vers le psychologue, un groupe de patients, une association (par exemple la Fédération française des diabétiques)Le soutien améliore l'adhésion et diminue l'anxiété
Associer la famille ou l'aidant : leur apprendre à reconnaître l'hypoglycémie, à resucrer, à utiliser le glucagon, à appeler le 15Ils peuvent sauver la personne en cas de malaise
Revoir à chaque rencontre les progrès vers les objectifs et ajuster le plan avec la personneLa participation de la personne améliore l'adhésion
Organiser le suivi : médecin traitant, diabétologue, infirmier, pharmacien, diététicien, podologue, ophtalmologue, néphrologue ; bilans réguliers (hémoglobine glyquée, reins, yeux, pieds, cœur)Prévenir et dépister les complications

Rôle de l'équipe soignante : l'infirmier évalue le risque, surveille la glycémie, administre l'insuline et les traitements, applique le protocole d'hypoglycémie, éduque, coordonne avec le médecin, le diététicien, le pharmacien et le podologue. L'aide-soignant, très présent aux repas et dans le quotidien, observe les signes d'hypoglycémie et d'hyperglycémie (sueurs, tremblements, pâleur, confusion, somnolence, soif, urines abondantes), alerte immédiatement l'infirmier, ne laisse pas la personne seule en cas de malaise, note la quantité de repas pris et les boissons, aide aux repas, installe en sécurité, et, selon le protocole et la délégation de l'infirmier, réalise une glycémie capillaire ou donne le resucrage oral si la personne est consciente. Il ne prend aucune décision sur les doses d'insuline. Le médecin prescrit et ajuste les traitements. Le diététicien, le pharmacien, le podologue et le psychologue complètent la prise en charge.

Zoom : l'hypoglycémie, la conduite à tenir (règle des 15)
SituationConduite à tenir
Personne consciente, qui peut avaler (hypoglycémie légère à modérée)
  1. contrôler la glycémie capillaire si possible, sans retarder le resucrage devant des signes évidents
  2. donner 15 g de glucides à absorption rapide : 3 morceaux de sucre, ou 150 mL (un petit verre) de jus de fruits ou de soda sucré, ou une cuillère à soupe de miel ou de sirop, ou du glucose en gel
  3. faire asseoir ou allonger la personne, rester auprès d'elle
  4. recontrôler la glycémie après 15 minutes ; si elle est toujours inférieure à 0,70 g/L, redonner 15 g de glucides et recontrôler
  5. quand la glycémie est remontée, donner une collation (féculent) si le prochain repas est à plus d'une heure ; ne pas donner d'excès de sucre
  6. prévenir l'infirmier et le médecin, chercher la cause, noter dans le dossier
Personne inconsciente, convulsive ou ne pouvant pas avaler (hypoglycémie sévère)
  1. ne rien donner par la bouche (risque de fausse route)
  2. appeler le 15 et l'infirmier, noter l'heure
  3. mettre en position latérale de sécurité, protéger la tête, dégager les voies aériennes
  4. sur prescription ou protocole : injecter le glucagon (voie sous-cutanée ou intramusculaire) ou administrer du glucose par voie intraveineuse (par exemple solution à 30 %) selon le protocole
  5. surveiller la conscience, la respiration, le pouls ; recontrôler la glycémie après 10 à 15 minutes
  6. quand la personne se réveille et peut avaler : resucrage oral puis collation ; hospitalisation ou avis médical
Après l'épisodeRechercher la cause (dose, repas manquant, effort, alcool, insuffisance rénale, interaction) ; revoir le traitement avec le médecin ; surveiller une récidive dans les heures suivantes (surtout avec un sulfamide ou une insuline lente) ; refaire de l'éducation

On évite de « sur-corriger » : trop de sucre provoque une hyperglycémie rebond. Chez la personne sous sulfamide hypoglycémiant ou insuline lente, l'hypoglycémie peut récidiver pendant plusieurs heures.

Zoom : l'hyperglycémie sévère, l'acidocétose et l'état hyperosmolaire
Acidocétose diabétiqueÉtat hyperosmolaire
Qui ?Surtout diabète de type 1 ; aussi diabète de type 2 sous inhibiteur du SGLT2, ou lors d'une maladie graveSurtout personnes âgées avec un diabète de type 2, déshydratées
CauseManque d'insuline : oubli, arrêt, infection, maladie aiguë, pompe défaillanteInfection, déshydratation, corticoïdes, manque d'accès aux boissons
SignesSoif, urines abondantes, nausées, vomissements, douleurs abdominales, respiration ample et rapide, haleine acétonique, somnolenceSoif parfois absente, déshydratation majeure, confusion, somnolence, coma ; glycémie très élevée
ExamensGlycémie élevée, corps cétoniques positifs, acidose sur les gaz du sangGlycémie très élevée, sodium élevé, forte osmolarité
Conduite à tenirUrgence vitale : prévenir immédiatement le médecin, appeler le 15, installer en sécurité, surveiller la conscience, la respiration, le pouls ; préparer la réhydratation, l'insuline intraveineuse et les perfusions d'électrolytes sur prescription ; hospitalisation en soins intensifs ou en service adapté
Zoom : réaliser une glycémie capillaire fiable
  1. se laver les mains à l'eau et au savon, les sécher soigneusement (pas de désinfectant alcoolisé sur le doigt, qui peut fausser le résultat)
  2. préparer le lecteur, une bandelette dans sa date de péremption, bien conservée, adaptée au lecteur, et une lancette à usage unique
  3. piquer sur le côté du bout du doigt (pas la pulpe), en alternant les doigts ; ne pas presser excessivement
  4. éliminer la première goutte si la procédure du lecteur le prévoit, appliquer la goutte sur la bandelette, lire le résultat
  5. jeter la lancette et la bandelette dans le collecteur de déchets piquants, selon la filière des déchets d'activités de soins
  6. noter le résultat, l'heure, le contexte (avant ou après repas, effort, symptômes) ; interpréter selon les seuils, alerter si besoin
  7. en cas de doute (résultat incohérent avec l'état clinique, mains sucrées, froides, lecteur défaillant), refaire la mesure ou demander une glycémie veineuse
  8. entretenir le lecteur, le contrôler selon les consignes (solution de contrôle) et ne jamais partager un stylo ou un lecteur sans nettoyage (risque d'infection)

Les capteurs de glucose (mesure en continu ou à la demande) affichent une valeur dans le liquide sous la peau, qui suit la glycémie avec un petit retard : lors d'une variation rapide ou d'un symptôme, on vérifie par une glycémie capillaire.

Zoom : sécuriser l'insuline
  • l'insuline est un médicament à haut risque : double contrôle par deux soignants selon le protocole pour les calculs et les préparations difficiles
  • vérifier : le nom du patient, le type d'insuline (rapide, intermédiaire, lente, mélange), la concentration, la dose en unités, l'heure, la voie ; ne jamais confondre les stylos (les étiqueter au nom du patient), ne jamais utiliser le stylo d'une autre personne
  • utiliser des seringues ou des stylos adaptés à la concentration, jamais de seringue à tuberculine pour des unités mal calibrées
  • règle générale : les insulines d'action rapide s'injectent au moment du repas (analogues rapides) ou 20 à 30 minutes avant (insuline ordinaire), les insulines lentes une ou deux fois par jour à heure fixe, selon la prescription
  • conservation : réserve au réfrigérateur (jamais au congélateur), stylo ou flacon en cours d'utilisation à température ambiante pendant la durée indiquée sur la notice ; noter la date d'ouverture ; ne pas utiliser une insuline trouble (sauf insulines mélangées prévues pour l'être, à remettre en suspension), périmée ou exposée à la chaleur
  • injection sous-cutanée en alternant les sites, aiguille courte neuve à chaque fois, temps de maintien de quelques secondes, jamais dans une zone de lipodystrophie ou de plaie
  • perfusion d'insuline en intraveineux : pompe, concentration standard, double contrôle, surveillance horaire de la glycémie et du potassium, selon protocole
  • pompes à insuline et systèmes de boucle fermée : ne pas déconnecter ni modifier sans formation et accord de la personne ou de l'équipe de diabétologie ; en cas de panne, passer au traitement de secours prescrit
  • tracer l'heure, la dose, le site, la glycémie et le repas
Zoom : les jours de maladie, que faire ?
  • ne pas arrêter l'insuline, même si l'on mange moins : le besoin peut même augmenter ; adapter les doses selon l'avis du médecin ou le plan convenu
  • contrôler la glycémie toutes les 3 à 4 heures, et les corps cétoniques si la glycémie dépasse le seuil fixé ou en cas de vomissements
  • boire régulièrement (de l'eau, des boissons non sucrées ; des boissons sucrées si la glycémie est basse) ; s'alimenter par petites quantités
  • prévenir le médecin en cas de vomissements, de diarrhée, de fièvre persistante, de glycémie très élevée, de cétones positives, d'impossibilité de boire
  • avec des inhibiteurs du SGLT2, de la metformine ou des diurétiques, demander l'avis du médecin sur l'arrêt temporaire (risque de déshydratation et d'acidocétose)
  • en cas de somnolence, de confusion, de respiration rapide : appeler le 15
Zoom : lignes directrices pour la documentation
  • antécédents, type de diabète, traitements, allergies
  • glycémies avec l'heure, le contexte, les signes associés, les actions prises et les résultats ; épisodes d'hypoglycémie ou d'hyperglycémie, causes recherchées
  • insuline et antidiabétiques administrés : produit, dose, heure, site, contrôle
  • repas, quantités prises, boissons, collations, nutrition artificielle
  • éducation donnée, compréhension, capacité à contrôler la glycémie et à se resucrer
  • examen des pieds et de la peau, tension, poids
  • personnes prévenues, participation de la famille, objectifs fixés
Étape 4 : L'évaluation des résultats
Question à se poserSi ouiSi non
Les glycémies sont-elles dans les cibles, sans hypoglycémie ni hyperglycémie sévère ?Objectif atteint, poursuivre la surveillanceAlerter le médecin, chercher la cause, adapter le traitement
La personne reconnaît-elle les signes et sait-elle se resucrer et contrôler sa glycémie ?ValoriserReprendre l'éducation, simplifier, aide de l'entourage
Les repas sont-ils pris régulièrement et les apports suffisants ?PoursuivreAide aux repas, adaptation des textures, avis du diététicien
Le traitement est-il pris correctement, sans erreur ni oubli ?MaintenirRevoir les modalités, pilulier, aide à domicile, pharmacien
Les pieds, la peau et les sites d'injection sont-ils en bon état ?PoursuivreSoins adaptés, podologue, avis médical
L'hémoglobine glyquée atteint-elle la cible individuelle ?MaintenirRéévaluer le plan avec le diabétologue
Y a-t-il eu un épisode grave (hypoglycémie sévère, acidocétose, chute) ?Analyser, ajuster, éduquerPoursuivre la prévention

Exemple de transmission ciblée :

  • D (données) : femme de 83 ans, diabète de type 2 sous insuline basale et sulfamide, insuffisance rénale modérée, infection urinaire en cours, ne mange que le tiers de ses repas depuis 2 jours, glycémies du jour : 0,78 g/L à jeun, 2,05 g/L en fin d'après-midi, pas de signe d'hypoglycémie, un peu somnolente, ne sait pas citer les signes d'hypoglycémie.
  • A (actions) : médecin prévenu, adaptation du traitement décidée par le médecin (réduction du sulfamide, ajustement de l'insuline), contrôle de la glycémie avant chaque repas, au coucher et à 3 heures, repas fractionnés et enrichis avec aide pour manger, quantités notées, boissons proposées, sucres disponibles à la chambre, éducation de la personne et de sa fille sur les signes d'hypoglycémie et la règle des 15, antibiotique administré selon prescription.
  • R (résultats) : à 48 heures, glycémies entre 1,05 et 1,70 g/L, aucune hypoglycémie, mange la moitié de ses repas, moins somnolente, sa fille cite quatre signes et explique le resucrage.

5. Prévention et organisation des soins

  • repérer à l'admission les personnes diabétiques, sous insuline ou sulfamides, ou à risque (corticoïdes, nutrition artificielle, insuffisance rénale), et prévoir une surveillance adaptée
  • appliquer des protocoles écrits : surveillance de la glycémie, administration de l'insuline avec double contrôle, resucrage, glucagon, hyperglycémie, acidocétose
  • garder en permanence du glucose (sucre, jus, gel) et du glucagon accessibles dans les unités de soins et à domicile
  • garantir la cohérence entre les repas, l'insuline et les actes (jeûne avant examen ou opération : adapter le traitement avec le médecin)
  • éviter les objectifs trop stricts chez la personne âgée ou fragile, et prévenir surtout les hypoglycémies
  • proposer l'éducation thérapeutique à chaque personne diabétique et à son entourage, et l'actualiser
  • organiser le suivi régulier des complications : yeux, reins, cœur, pieds, tension, lipides
  • favoriser une alimentation équilibrée, un poids de santé, une activité physique régulière, l'arrêt du tabac, la modération de l'alcool
  • soutenir psychologiquement les personnes et leurs proches, et lutter contre la stigmatisation
  • signaler les erreurs et les événements indésirables liés à l'insuline pour améliorer la sécurité
À retenir :
Le risque de glycémie instable est le risque de variation du glucose sanguin hors des valeurs normales : hypoglycémie (moins de 0,70 g/L, urgence qui peut conduire au coma) ou hyperglycémie (acidocétose, état hyperosmolaire). Le diabète, l'insuline, les sulfamides, les corticoïdes, les repas irréguliers, l'alcool, les maladies aiguës, la nutrition artificielle et l'insuffisance rénale sont les causes les plus fréquentes. On surveille la glycémie, les signes cliniques, les traitements, l'alimentation, les pieds et la tension, avec des cibles individualisées. Les soins reposent sur l'administration rigoureuse de l'insuline, le respect des repas, la règle de resucrage (15 g de glucides, recontrôle à 15 minutes, glucagon ou glucose intraveineux si la personne ne peut pas avaler), la prévention des hypoglycémies, l'éducation thérapeutique de la personne et de son entourage, le soin des pieds et le suivi pluridisciplinaire. Une hypoglycémie avec confusion ou convulsions, une glycémie très élevée avec vomissements ou confusion, ou une glycémie qui ne remonte pas sont des urgences.
Gisèle Cabre, formatrice IFSI IFAS
Gisèle Cabre
Formatrice IFSI IFAS

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