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Fatigue : diagnostic infirmier, causes, journal de fatigue, économie d’énergie et conduite à tenir
Diagnostic infirmier Fatigue
Fatigue : comprendre et poser le diagnostic infirmier
En bref : la fatigue (ou asthénie) désigne une sensation d'épuisement durable et accablante, avec une baisse de la capacité de travail physique et mentale par rapport au niveau habituel, qui n'est pas soulagée par le repos. Presque tout le monde est fatigué de temps en temps, mais ici l'épuisement dure, s'installe et gêne la vie quotidienne. C'est une plainte subjective, fréquente et souvent difficile à décrire : on dit « je suis vidé », « je n'ai plus d'énergie », « je suis à plat ». Elle accompagne de nombreuses maladies aiguës et chroniques, des traitements, des troubles du sommeil, de la dépression, du stress. Le soignant écoute, caractérise, cherche les causes avec le médecin, apprend à économiser l'énergie, adapte l'activité et le repos, soutient le moral et repère les signes qui doivent inquiéter.
1. Définition du diagnostic infirmier
Le diagnostic infirmier fatigue décrit une sensation d'épuisement durable et accablante et une diminution de la capacité de travail physique et mental au niveau habituel. Quand les facteurs de risque sont là mais que la fatigue n'est pas encore installée, on peut poser le risque de fatigue.
La fatigue est une plainte subjective, liée à des maladies aiguës comme chroniques. Les patients utilisent des mots variés (« épuisé », « léthargique », « à plat », « vidé ») pour décrire un symptôme difficile à exprimer. Elle est reconnue par la personne comme un état durable, qui n'est pas soulagé par le repos, et qui limite ses activités.
Dans une maladie aiguë, la fatigue joue un rôle de protection : elle oblige à se reposer et évite de s'épuiser dans une situation instable. Dans une maladie chronique, elle devient souvent un symptôme permanent qui empêche de travailler à temps plein, de tenir ses responsabilités et de garder sa vie sociale, avec un retentissement familial, professionnel et social.
Fatigue, lassitude, somnolence, faiblesse, intolérance à l'activité : ne pas confondre
| Terme | Ce que c'est | Ce qui aide |
|---|---|---|
| Fatigue passagère (normale) | Épuisement après un effort ou une mauvaise nuit, temporaire, soulagé par le repos ou le sommeil | Le repos |
| Fatigue (diagnostic infirmier) | Épuisement durable, accablant, non soulagé par le repos, avec baisse des capacités | Rechercher les causes, économiser l'énergie, adapter, soutenir |
| Intolérance à l'activité | Réponse anormale à un effort (essoufflement, pouls, tension) avec énergie insuffisante pour les activités | Réentraînement progressif, mesure de la réponse à l'effort |
| Somnolence | Envie irrésistible de dormir dans la journée | Rechercher un trouble du sommeil (apnée, manque de sommeil), médicaments |
| Faiblesse musculaire | Perte de force mesurable d'un muscle ou d'un membre | Bilan médical, rééducation |
| Lassitude, ennui, démotivation | Manque d'envie, d'intérêt, souvent lié au moral | Soutien, activités, recherche d'une dépression |
Pour la fatigue, l'objectif est d'aider la personne à s'adapter et à retrouver le plus d'énergie possible, plutôt que d'augmenter son endurance à tout prix. Voir aussi la page sur l'intolérance à l'activité.
Quelles maladies et situations s'accompagnent de fatigue ?
- maladies chroniques : insuffisance cardiaque, rénale, hépatique ou respiratoire, diabète, hypothyroïdie ou hyperthyroïdie, anémie, maladies auto-immunes (polyarthrite rhumatoïde, lupus, sclérose en plaques), maladie de Parkinson, myasthénie, fibromyalgie, hépatite, infection par le VIH
- cancer et ses traitements : la fatigue est le symptôme le plus fréquent, pendant et après la chimiothérapie, la radiothérapie, la chirurgie
- maladies aiguës : infections (grippe, mononucléose, Covid-19), déshydratation, acidocétose diabétique, postopératoire
- troubles psychiques : dépression, anxiété, deuil, stress prolongé, épuisement professionnel
- troubles du sommeil : insomnie, apnée du sommeil, syndrome des jambes sans repos, travail posté ou de nuit
- fatigue post-infectieuse et syndrome de fatigue chronique (encéphalomyélite myalgique), reconnu comme une maladie neurologique par l'Organisation mondiale de la santé, mais dont les mécanismes sont encore mal compris : fatigue prolongée et invalidante, troubles de la concentration, douleurs diffuses, troubles digestifs, symptômes pseudo-grippaux et malaise après l'effort (voir précaution plus bas)
2. Facteurs favorisants
Facteurs physiologiques
- anémie, carence en fer, en vitamine B12, en vitamine D
- malnutrition, dénutrition, déshydratation, jeûne, apports insuffisants en énergie ou en protéines
- chimiothérapie, radiothérapie, immunothérapie, chirurgie
- états pathologiques : maladies cardiaques, respiratoires, rénales, endocriniennes, inflammatoires, infectieuses
- douleur chronique, effort physique excessif ou, à l'inverse, mauvais état physique et déconditionnement
- manque ou mauvaise qualité du sommeil, apnée du sommeil
- grossesse et post-partum, ménopause
- médicaments : bêta-bloquants, inhibiteurs calciques, tranquillisants, somnifères, antihistaminiques, myorelaxants, opioïdes, certains antiépileptiques et antidépresseurs ; alcool
Facteurs psychologiques, environnementaux et situationnels
- anxiété, dépression, stress, deuil, mode de vie monotone ou, au contraire, surcharge d'obligations
- événements de vie difficiles : perte d'emploi, séparation, maladie d'un proche, rôle d'aidant
- environnement : bruit, lumière, humidité, chaleur ou froid, interruptions fréquentes du repos (notamment à l'hôpital)
- profession : horaires décalés, travail posté, travail de nuit, charge de travail, longs trajets
- exigences à la maison ou au travail qui dépassent les capacités
3. Que surveiller ? Signes, retentissement et alertes
- fatigue accompagnée de fièvre prolongée, sueurs nocturnes, perte de poids inexpliquée, ganglions, saignements ou ecchymoses faciles
- essoufflement, douleur thoracique, palpitations, œdèmes des jambes : possible atteinte du cœur ou des poumons
- pâleur, vertiges, malaises, selles noires : possible anémie ou saignement
- soif intense, urines abondantes : possible diabète
- début brutal, déficit de la force ou de la parole, confusion : urgence neurologique, appeler le 15
- somnolence qui met en danger (au volant, au travail) ou pauses respiratoires pendant le sommeil
- tristesse profonde, perte d'intérêt, idées noires : dépression possible ; en cas d'idées suicidaires, ne pas laisser la personne seule, prévenir le médecin, numéro national de prévention du suicide 3114 (24 h sur 24)
- fatigue intense apparue après un effort et qui s'aggrave plusieurs heures ou jours plus tard (malaise post-effort)
- plainte de manque d'énergie, d'épuisement, besoin de repos accru, incapacité à maintenir les routines habituelles
- incapacité à retrouver de l'énergie, même après le sommeil
- baisse de la concentration, de la mémoire, des performances, lenteur
- sentiments de culpabilité de ne pas assumer ses responsabilités, irritabilité, découragement
- besoin d'un surcroît d'énergie pour les tâches de routine
- augmentation des plaintes physiques (douleurs, maux de tête, troubles digestifs)
- propension aux accidents, aux erreurs, aux chutes
- apathie, retrait des activités sociales, diminution de la participation à la vie familiale et sociale
- aspect léthargique, bâillements, traits tirés, ralentissement moteur
4. Du diagnostic infirmier aux soins : le raisonnement complet
Il suit quatre temps, après le recueil de données : problème, objectifs, interventions, évaluation. Une histoire complète et minutieuse est la clé pour trouver la cause. Les objectifs de prise en charge sont la conservation de l'énergie, l'activité physique adaptée, une alimentation adéquate et un meilleur sommeil.
Étape 1 : Le problème (diagnostic infirmier)
On l'écrit selon le modèle « problème + lié à + facteurs + manifestations » :
On peut y associer : intolérance à l'activité, perturbation du sommeil (insomnie), déséquilibre nutritionnel par apports insuffisants, anxiété, douleur chronique, isolement social, tension dans l'exercice du rôle d'aidant, déficit d'autosoins, risque de chute.
Étape 2 : Les objectifs de soins
Un bon objectif décrit ce que le patient va atteindre, avec un critère mesurable et un délai.
| Objectif | Critère de réussite |
|---|---|
| La personne exprime ce qu'elle ressent et l'effet de la fatigue sur sa vie | Elle décrit sa fatigue et son retentissement avec ses mots, sans se sentir jugée, dès les premiers entretiens |
| Elle identifie ce qui aggrave ou soulage sa fatigue | Elle cite au moins trois facteurs aggravants et deux facteurs qui la soulagent, grâce à son journal |
| Elle démontre des techniques d'économie d'énergie | Elle explique et applique au moins quatre techniques, à 1 semaine |
| Elle explique son plan de conservation de l'énergie | Elle décrit comment elle répartit ses activités et ses repos dans la journée |
| Elle hiérarchise ses tâches pendant les périodes de fatigue | Elle dit quelles tâches sont prioritaires et lesquelles peuvent être reportées ou déléguées |
| La fatigue diminue | Cotation de la fatigue réduite d'au moins 2 points sur 10, ou à 4 sur 10 ou moins, à 4 à 6 semaines |
| Le sommeil s'améliore | Au moins 6 à 7 heures de sommeil, endormissement en moins de 30 minutes, réveil plus reposant |
| La personne reprend progressivement des activités | Activités quotidiennes et sociales choisies par elle, réalisées avec moins d'épuisement |
| La cause est repérée et prise en charge | Bilan réalisé et traitements adaptés mis en place par le médecin |
Étape 3 : L'évaluation et les interventions
A. Évaluer pour bien comprendre
| Évaluation | Pourquoi ? |
|---|---|
| Faire décrire la fatigue : depuis quand, comment elle a commencé, gravité, évolution dans le temps, moment de la journée où elle est la plus forte, ce qui l'aggrave ou la soulage, effet du repos et du sommeil | La fatigue est une plainte subjective : bien la caractériser évite de passer à côté d'une cause |
| Quantifier la fatigue avec une échelle simple (de 0 à 10) ou un questionnaire validé (par exemple l'échelle de fatigue de Pichot, ou des outils utilisés en cancérologie), à chaque contact | Une cotation permet de suivre l'évolution et de voir si la fatigue est constante ou variable |
| Rechercher les causes possibles : maladie récente, douleur, stress émotionnel, dépression, médicaments, anémie, troubles du sommeil, alimentation, responsabilités à la maison ou au travail | Identifier les facteurs permet d'élaborer un plan de soins en collaboration avec le médecin |
| Chercher les signes associés : fièvre, perte de poids, sueurs nocturnes, essoufflement, palpitations, douleurs, troubles digestifs, saignements | Repérer les signes d'alerte d'une maladie sous-jacente |
| Évaluer la capacité à réaliser les activités de la vie quotidienne et les activités instrumentales (courses, repas, ménage, gestion du budget, transports), ainsi que le travail | La fatigue limite la prise en charge de soi, les responsabilités familiales et professionnelles |
| Évaluer l'alimentation et l'état nutritionnel : poids, appétit, apports, hydratation | La fatigue peut être le symptôme d'une dénutrition ou de carences |
| Examiner les résultats des examens prescrits : hémoglobine, ferritine, bilan thyroïdien, glycémie, bilan inflammatoire, fonction rénale et hépatique, vitamines, saturation en oxygène au repos et à l'effort | Rapprocher les données pour identifier les sources de fatigue |
| Observer la réaction à l'activité : tension, fréquence respiratoire et cardiaque, essoufflement, pâleur | La tolérance varie selon la phase de la maladie, la nutrition et l'état d'hydratation |
| Évaluer le niveau habituel d'exercice et de mouvement | Trop d'effort ou trop peu d'activité aggravent la fatigue |
| Évaluer le sommeil : qualité, durée, temps d'endormissement, réveils, ronflements et pauses respiratoires, sensation au réveil, siestes, somnolence diurne (par exemple avec l'échelle d'Epworth) | Le manque de sommeil, l'apnée et les troubles du sommeil sont des causes fréquentes |
| Passer en revue les médicaments prescrits et en vente libre, l'alcool, la caféine, les compléments et les plantes | La fatigue peut être un effet indésirable ou le signe d'une interaction |
| Évaluer l'humeur, l'anxiété, le stress, les événements de vie, les relations (par exemple avec des échelles de dépistage de la dépression) | L'anxiété et la dépression sont à la fois causes et conséquences de la fatigue, et créent un cercle vicieux |
| Évaluer l'environnement de vie et de repos : bruit, lumière, température, interruptions de soins la nuit | Un environnement perturbant limite la récupération |
| Évaluer le soutien familial et social et la volonté de la personne de participer aux stratégies pour réduire la fatigue | Le soutien est essentiel pour mettre en pratique les changements |
| Chercher un malaise post-effort (aggravation de la fatigue 12 à 48 heures après un effort) | Il impose d'adapter la prise en charge et d'avertir le médecin |
B. Les interventions de soins
| Intervention | Pourquoi ? |
|---|---|
| Écouter la personne, reconnaître que sa fatigue est réelle et qu'elle n'est ni de la paresse ni de la faiblesse de caractère, encourager l'expression de ce qu'elle ressent | Vivre avec la fatigue est un défi physique et émotionnel ; être entendu aide à y faire face |
| Faire rechercher et traiter les causes par le médecin : anémie, carences, dénutrition, déshydratation, trouble thyroïdien, diabète, infection, dépression, apnée du sommeil, médicaments | Traiter la cause est la mesure la plus efficace |
| Proposer de tenir un journal de la fatigue et des activités sur 24 heures pendant au moins une semaine (voir détail plus bas) | Repérer les activités qui épuisent, les moments d'énergie, le lien avec le sommeil, les repas, les émotions |
| Aider la personne à construire un emploi du temps qui alterne activité et repos, avec des pauses fréquentes avant d'être épuisée | Un équilibre entre activité et repos permet de réaliser ce qui compte sans aggraver la fatigue |
| Enseigner les techniques d'économie d'énergie : s'asseoir pour les tâches, fractionner, prioriser, déléguer, regrouper les soins, garder les objets à portée de main, éviter les efforts après les repas, utiliser des aides (voir la page sur l'intolérance à l'activité) | Utiliser l'énergie disponible pour ce qui est important |
| Aider à hiérarchiser les activités préférées et les responsabilités de la personne : essentiel, important, reportable, déléguable | La hiérarchisation est une méthode d'économie d'énergie qui préserve le moral |
| Proposer des aides techniques pour les gestes quotidiens : éponge ou pince à long manche, chausse-pied long, enfile-bas, siège de douche, chariot à roulettes ; faire appel à l'ergothérapeute | Réduire la dépense d'énergie et prévenir les blessures |
| Proposer une activité physique adaptée et progressive, régulière (marche, vélo, renforcement musculaire doux, gymnastique douce), avec le kinésithérapeute ou l'enseignant en activité physique adaptée, sauf contre-indication et sauf malaise post-effort (voir précaution plus bas) | L'exercice régulier diminue la fatigue liée au déconditionnement, améliore le sommeil, l'humeur et l'endurance, y compris en cancérologie |
| Veiller à l'alimentation et à l'hydratation : repas réguliers et fractionnés, apports suffisants en protéines, en fer et en vitamines selon les besoins, boissons suffisantes (environ 1,5 L par jour sauf contre-indication) ; avis du diététicien ; limiter l'alcool et la caféine en fin de journée | La personne a besoin d'un apport équilibré en nutriments pour produire de l'énergie |
| Favoriser un sommeil réparateur : horaires réguliers, rituel du coucher, chambre calme, sombre et fraîche, limiter les écrans le soir, traiter la douleur et les bouffées de chaleur, regrouper les soins la nuit pour ne pas interrompre le sommeil (voir détail plus bas) | Un sommeil de qualité sur plusieurs heures ininterrompues contribue à restaurer l'énergie |
| Limiter les stimulations de l'environnement pendant les temps de repos : lumière tamisée, bruit réduit, visites espacées, ordre dans la chambre | L'éclairage vif, le bruit, les visiteurs et les distractions empêchent la détente et le repos |
| Proposer des activités de détente : respiration, cohérence cardiaque, relaxation, méditation, yoga doux, musique, lecture, promenade au calme | Utiliser positivement l'énergie nerveuse et diminuer l'anxiété |
| Proposer des moments de confort : toucher bienveillant, massage de bien-être, bain ou douche tièdes, selon les goûts et les contre-indications | Favoriser la relaxation et diminuer la tension |
| Aider à gérer les émotions : éviter d'aborder des sujets irritants quand la personne est à bout, proposer des moyens d'y réagir ; orienter vers un psychologue ou une thérapie (par exemple une thérapie cognitivo-comportementale pour l'insomnie ou la fatigue) | La fatigue augmente l'irritabilité et la sensibilité émotionnelle |
| Fixer avec la personne des objectifs d'activité concrets et réalistes, valoriser chaque progrès | Redonne un sentiment de contrôle et d'accomplissement |
| Aider à la mobilisation et aux soins d'hygiène quand la faiblesse rend les gestes difficiles, tout en gardant l'autonomie : rester auprès de la personne pour éviter les chutes | La présence protège et économise l'énergie |
| Éduquer la personne et sa famille à l'organisation des tâches et à la gestion du temps, et aux signes de surmenage (essoufflement, pouls, vertiges, aggravation retardée) | Éviter les excès et reconnaître les limites |
| Faire demander une revue des médicaments au médecin et au pharmacien ; déconseiller l'automédication par stimulants, compléments ou « boosters » sans avis | Certains traitements fatiguent ; les produits en vente libre peuvent être inutiles ou dangereux |
| Orienter vers l'assistante sociale, le médecin du travail ou l'employeur pour des aménagements du poste, des horaires ou un arrêt de travail adapté, selon la situation | La fatigue chronique peut empêcher de maintenir un emploi à temps plein |
| Associer l'entourage : expliquer que la fatigue est réelle, demander une aide pratique, partager les tâches | Un soutien familial et social favorise le changement |
| Réévaluer régulièrement la fatigue, le sommeil, l'humeur et l'activité, et ajuster le plan avec la personne | La fatigue évolue avec la maladie et la vie |
Rôle de l'équipe soignante : l'infirmier évalue, cote la fatigue, coordonne les examens et le plan de soins avec le médecin, éduque. L'aide-soignant observe la fatigue, le sommeil, l'appétit, l'humeur, l'état de la peau et le moral, adapte le rythme des soins d'hygiène et des déplacements à l'énergie de la personne, organise les temps de repos, limite le bruit et les interruptions, encourage l'activité prescrite, aide à manger, et transmet. Le médecin cherche les causes et prescrit. L'ergothérapeute, le kinésithérapeute, le diététicien, le psychologue et l'assistante sociale interviennent selon les besoins.
Zoom : tenir un journal de fatigue
Pendant au moins une semaine, noter à chaque grande période de la journée (matin, midi, après-midi, soir) :
- le niveau de fatigue de 0 à 10
- ce que l'on a fait (activités, repas, soins, déplacements, travail, visites)
- l'heure du coucher, de l'endormissement, des réveils nocturnes, de l'heure du lever, les siestes
- les médicaments pris, l'alcool, la caféine
- l'humeur, le stress, la douleur
- ce qui a soulagé ou aggravé
À la fin de la semaine, repérer avec le soignant les heures où l'énergie est la meilleure, les activités qui épuisent le plus et les liens avec le sommeil ou les repas. Cela permet de placer les tâches importantes aux moments de forme et de choisir ce que l'on peut déléguer.
Zoom : mieux dormir, dix conseils de base
- se coucher et se lever à heures régulières, y compris le week-end
- limiter la sieste à 20 à 30 minutes en début d'après-midi
- s'exposer à la lumière du jour le matin et bouger dans la journée
- éviter la caféine (café, thé, colas) en fin d'après-midi et le soir
- éviter l'alcool le soir : il fragmente le sommeil
- dîner léger, au moins deux heures avant le coucher
- garder une chambre calme, sombre et fraîche (environ 18 °C)
- couper les écrans une heure avant le coucher, créer un rituel (lecture, respiration, musique douce)
- ne pas rester au lit à ruminer : se lever quelques minutes si on ne dort pas, et revenir quand le sommeil arrive
- en cas de ronflements, de pauses respiratoires, de jambes qui bougent ou de réveils fréquents, en parler au médecin : il peut s'agir d'un trouble à traiter
Zoom : fatigue post-infectieuse et syndrome de fatigue chronique, quelle prudence ?
- dans certaines situations (suites de maladie virale comme la Covid-19, encéphalomyélite myalgique, syndrome de fatigue chronique), un effort physique ou mental trop fort peut aggraver nettement les symptômes plusieurs heures ou jours après : c'est le malaise post-effort
- dans ce cas, on n'augmente pas systématiquement l'activité : on applique la règle du rythme (« pacing »), qui consiste à rester en dessous de ses limites, à fractionner et à alterner activité et repos
- une progression d'exercice trop rapide peut aggraver la maladie : toute reprise d'activité est décidée avec le médecin ou une équipe spécialisée
- le diagnostic est médical ; on croit la personne, on évite de la traiter de « paresseuse » ou de « déprimée » sans évaluation, on adapte le milieu (bruit, lumière, horaires) et on soutient la vie sociale et professionnelle
- les associations de patients peuvent aider la personne et ses proches
Étape 4 : L'évaluation des résultats
| Question à se poser | Si oui | Si non |
|---|---|---|
| La cotation de la fatigue a-t-elle diminué ? | Objectif atteint, poursuivre et consolider | Réévaluer les causes, avis du médecin, adapter les mesures |
| La personne applique-t-elle ses techniques d'économie d'énergie et son plan d'activité et de repos ? | Valoriser | Reprendre l'éducation, simplifier le plan |
| Le sommeil est-il meilleur et la somnolence réduite ? | Poursuivre | Chercher un trouble du sommeil, revoir les médicaments |
| La cause (anémie, carence, dépression, douleur, maladie) a-t-elle été traitée ? | Réévaluer à distance | Poursuivre le bilan avec le médecin |
| La personne reprend-elle des activités qui comptent pour elle ? | Encourager | Aménager, déléguer, objectifs plus petits |
| Le moral et l'anxiété s'améliorent-ils ? | Poursuivre | Soutien psychologique, dépistage de dépression |
| Y a-t-il un signe d'alerte (fièvre, perte de poids, essoufflement, malaise, aggravation après l'effort, idées noires) ? | Alerter immédiatement | Poursuivre la surveillance |
Exemple de transmission ciblée :
- D (données) : patiente de 52 ans, 3 mois après une chimiothérapie, fatigue à 8 sur 10, dit « je me sens vidée, même après avoir dormi », hémoglobine à 9,5 g/dL, sommeil fragmenté par des bouffées de chaleur, anxiété, appétit réduit, n'a pas repris le travail.
- A (actions) : médecin informé, bilan et traitement de l'anémie, journal de fatigue d'une semaine, emploi du temps alternant activités et repos, quatre techniques d'économie d'énergie enseignées, marche de 15 minutes trois fois par semaine, repas fractionnés et enrichis, règles d'hygiène du sommeil, relaxation proposée, psychologue et assistante sociale sollicités pour la reprise du travail.
- R (résultats) : à 6 semaines, fatigue à 4 sur 10, sommeil de 6 heures, hémoglobine à 11,2 g/dL, marche de 30 minutes, reprise progressive du travail à temps partiel, patiente plus sereine.
5. Prévention et organisation des soins
- demander systématiquement « comment est votre énergie ? » et coter la fatigue, notamment dans les maladies chroniques et le cancer
- chercher les causes avec le médecin avant de conclure à un problème « psychologique » ou « de l'âge »
- protéger le sommeil des personnes hospitalisées : regrouper les soins, réduire le bruit et la lumière la nuit
- maintenir une activité physique adaptée régulière, dès le début d'un traitement lourd
- veiller à la nutrition, à l'hydratation, au traitement de l'anémie et des carences
- revoir les médicaments qui fatiguent
- apprendre dès le début l'organisation, la hiérarchisation des tâches et l'économie d'énergie
- repérer et traiter la dépression, l'anxiété, le stress, l'épuisement professionnel
- informer les proches et l'employeur (avec l'accord de la personne) pour obtenir des aménagements
- proposer le soutien d'associations de patients, de psychologues, de groupes de parole
La fatigue est un épuisement durable et accablant, non soulagé par le repos, avec une baisse de la capacité physique et mentale. C'est une plainte subjective liée à de nombreuses causes : maladies, traitements, anémie, dénutrition, troubles du sommeil, dépression, stress, médicaments, surcharge. On la caractérise, on la cote, on cherche les causes avec le médecin et on repère les signes d'alerte. Les soins reposent sur l'écoute, le journal de fatigue, l'alternance activité et repos, l'économie d'énergie, la hiérarchisation des tâches, l'activité physique adaptée, la nutrition, l'hygiène du sommeil, la relaxation, le soutien psychologique et social. En cas de malaise après l'effort, on privilégie le rythme et la prudence. Une fatigue avec fièvre, amaigrissement, essoufflement, début brutal ou idées noires doit conduire à alerter.
Formatrice IFSI IFAS depuis plus de 10 ans, j'accompagne les étudiants aide-soignant, les candidats à l'entrée en IFAS et VAE et les professionnels engagés dans une démarche sanitaire et médico-sociale partout en France.
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