La parentalité

Avec l'évolution de la place de l'enfant dans nos sociétés, l'importance démontrée de l'influence de l'environnement dans le développement de l'humain et notamment de sa famille, on s'est intéressé particulièrement aux relations parents/enfants.
Dans le langage commun, les parents sont le père et la mère de l'enfant, biologiques ou adoptifs.
Ce sont ceux qui, au regard de la loi, inscrivent leur enfant dans une filiation et exercent son autorité sur lui.
On les appelle parfois « les éducateurs premiers ».
Ils ont ainsi des droits, des obligations à l'égard de l'enfant, en sont civilement responsables, gèrent ses biens et prennent toute décision le concernant.
Ce qu'on désigne actuellement par autorité parentale .
Cette notion a évolué à partir de transformations de la société et est définie juridiquement. (La « puissance paternelle » est devenue « autorité parentale conjointe »)..
Dans nos sociétés, ce qui constitue le système de parenté  est en rapport avec le lignage (ligne des descendances) et les alliances (mariage institué), on trouve donc :   *Une famille nucléaire (ou monogame)   
  • Le réseau des familles qui lui sont apparentées   
  • La parentèle (l'ensemble des parents dont « on hérite » à la naissance, côtés paternel et maternel)
 
On désigne donc par parenté ce qui unit par des liens familiaux (filiation ou alliance) des personnes entre elles.
L'enfant va être élevé dans ce cadre de parenté, lui-même inscrit dans un environnement précis et particulier.
La famille a donc le devoir de protéger et faire grandir l'enfant dans les meilleures conditions, de sorte qu'il prenne sa place dans la société.
A ce titre, « ce que la famille peut faire et ne pas faire se trouve toujours moralement, idéologiquement, politiquement, juridiquement encadré »p.19/ »
Mythe de la parentalité » Saül Karsz
 
C'est du fait de nombreux changements de société que la notion de parentalité est  apparue et est devenue l'objet de nombreuses recherches :     
  • accès à la contraception, concept de l'égalité entre hommes et femmes,     
  • importance accrue des notions de choix, de sentiments, de désirs personnels,     
  • conception idéalisée de l'enfant « désiré      
  • recul de l'union traditionnelle (mariage) et nouvelles configurations familiales(union libre, familles monoparentales, homoparentales, pluriparentales, recomposées..)...
 
Le terme de « parentalité » (néologisme) est utilisé à partir des années 50, surtout par des psychologues, psychanalystes puis des sociologues..
C'est dans les années 1980 qu'il devient courant et l'INSEE, en 1981 désigne par ce terme une situation familiale, de façon neutre, sans connotation normative.
Cela indique que la parentalité est désormais dissociée de la conjugalité.
De façon générale, on va la situer comme un mouvement, un processus : faire son « travail » de parent.
Il apparaît compliqué d'en donner une définition claire, d'autant qu'on est parti d'abord des dysfonctionnements observés (carences affectives, éducatives notamment..) pour en tracer les contours, qui sont assez flous..
 
Cette tentative de définition amène des débats vifs et sensibles dans l'opinion publique :
  • contestation d'un modèle « normatif     
  • quelles seraient les « règles comportementales minimales  ?   
  • comment faire co-exister l'intérêt de l'enfant et l'intérêt de la famille, (voire celui de chaque parent individuellement) ?   
  • ce processus de parentalité serait-il « instinctif », concernerait-il plutôt la femme, l'homme, de quelle façon ?   
*peut-on déterminer un « modèle » ?   
*certaines configurations familiales entravent-elles le processus de parentalité ?
 
Les parents sont globalement désignés comme responsables des problèmes comportementaux de leur(s) enfant(s) puisqu'une de leurs « missions » consiste à inculquer limites et interdits et une autre à permettre à l'enfant de construire ses relations sociales.
Donc la parentalité est un enjeu de notre société.
L'état de parent ne suffit pas à transmettre correctement les bases de sécurité et les outils d'apprentissages à un enfant.
De plus, cette parentalité se doit d'être adaptée à l'évolution de l'enfant et à ses besoins.
La notion de processus est ainsi soulignée.
 
En novembre 2011, le  Comité National de Soutien à la Parentalité propose la définition suivante, qui deviendra consensuelle :
« La parentalité désigne l’ensemble des façons d’être et de vivre le fait d’être parent.
 
C’est un processus qui conjugue les différentes dimensions de la fonction parentale, matérielle, psychologique, morale, culturelle, sociale.
Elle qualifie le lien entre un adulte et un enfant, quelle que soit la structure familiale dans laquelle il s’inscrit, dans le but d’assurer le soin, le développement et l’éducation de l’enfant.
Cette relation adulte/enfant suppose un ensemble de fonctions, de droits et d’obligations (morales, matérielles, juridiques, éducatives, culturelles) exercés dans l’intérêt supérieur de l’enfant en vertu d’un lien prévu par le droit (autorité parentale).
Elle s’inscrit dans l’environnement social et éducatif où vivent la famille et l’enfant. »
Cette parentalité, qui relève à la fois du privé et du public, se vit donc au quotidien, naît et se nourrit de l'interaction parent/enfant.
La parentalité serait acquise, culturelle.
Elle implique des pratiques de soins et éducatives et mobilise chez l'adulte concerné des mécanismes psychiques et affectifs pour répondre au mieux aux besoins de l'enfant. La parentalité désigne  plutôt la dimension psycho-affective de la relation et la nécessité pour l'adulte d'incarner une « autorité » structurante et continue.
Par principe, le « travail » de parent est voué à s'effacer avec l'autonomisation et l'indépendance de l'enfant devenu jeune adulte (ce qui n'exclut pas le maintien des liens affectifs).
 
D.Houzel propose 3 axes de la parentalité :
  • l'exercice/qui correspond au niveau symbolique, c'est l'exercice de l'autorité parentale (droits et devoirs attachés aux fonctions parentales)
  • l'expérience/qui correspond à l'expérience affective et imaginaire, subjective de ceux qui sont chargés des fonctions parentales (confrontation entre l'enfant imaginaire et l'enfant réel..)
  • la pratique/ce sont toutes les tâches effectives, observables qui incombent à chacun des parents.
Elles peuvent être déléguées à d'autres adultes.
 
Ces différents axes sont diversement vécus par les adultes impliqués dans un « processus de parentalité ».
A un niveau individuel tout d'abord, en fonction de son sexe : on peut supposer que « par nature » ce serait plus évident pour la femme.
Si, effectivement, la grossesse favorise la construction d'un lien avec l'enfant à venir, de même que la possibilité d'allaiter, pour autant, cela ne préjuge pas de la « qualité » ni de la stabilité de la figure d'attachement que la mère va incarner.
L'homme s'engage différemment dans ce processus de parentalité, par le biais de l'attachement à sa compagne et en reconnaissant l'enfant né ou à naître.
L'influence culturelle est ici essentielle, car elle désigne des rôles et des places comme « allant de soi », voire « naturels », ce qui n'est pas fondé dans la plupart des cas.
 
L'évolution de nos sociétés a ainsi bouleversé et remis en question ces rôles établis et déterminés :
  • l'exercice de l'autorité parentale, longtemps et/ou traditionnellement dévolu au seul père (le « chef de famille »), est tout autant l'affaire de la mère, et relève également de ses capacités.
  • la pratique est  encore largement dévolue à la mère, au moins les premières années de vie de l'enfant, et souvent au delà (organisation et prise en charge de la vie domestique).
 
L'idée que ces tâches reviennent « normalement » à la mère est encore dominante, même si on observe des changements (ou des tentatives) pour une meilleure distribution de ce qui relève de l'entretien de la maison et de l'encadrement des enfants.
 
La parentalité se décline aussi par rapport à des « modèles » intériorisés (histoire personnelle) et imposés par les normes culturelles de nos groupes d'appartenance.
Cela reste compliqué puisqu'en outre, il y aura toujours un écart entre ce qui est projeté, rêvé et la réalité.
Donc, à défaut d'être « un bon parent », la plupart font ce qu'ils peuvent, du mieux possible, pour soutenir leur enfant dans son développement..
 
Quelques films qui traitent de la thématique :
  • Le kid» de Charlie Chaplin/1921 
  • Trois hommes et un couffin de Coline Serreau/1985 
  • Le lait de la tendresse humaine  de Dominique Cabrera/2001 
  • Little Miss Sunshine  de Jonathan Dayton et Valérie Faris/2006 
  • Versailles  de Pierre Schoeller/2008
 
Quelques ouvrages/articles :
  • C.Sellenet « La parentalité décryptée. 
  • L'Harmattan/2007 *D.Houzel 
  • Les enjeux de la parentalité » Erès/2008
  • Sciences Humaines n°232/nov.2011  « Comment être parent aujourd'hui ? » 

José Dasilva

Éducateur spécialisé

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Date de dernière mise à jour : 26/06/2019