Les 8 marqueurs du langage infantilisant
Le langage infantilisant ne se résume pas à utiliser des mots comme
« mamie », « papy » ou
« ma chérie ».
Il peut également se repérer dans la façon de parler, dans les mots utilisés
et dans la manière de s'adresser à la personne âgée.
Voici 8 marqueurs qui doivent attirer l'attention des professionnels.
1. Utiliser des termes affectueux ou des surnoms
« Ma belle », « ma chérie », « mon petit monsieur », « mamie », « papy »,
« mon grand »...
Ces expressions peuvent sembler affectueuses, mais elles ne correspondent
pas forcément au souhait de la personne accompagnée.
À privilégier : utiliser le nom ou le prénom choisi par la
personne, selon ses habitudes et son projet personnalisé.
Exemple :
À éviter :
« Alors mamie, on va faire la toilette ? »
À privilégier :
« Madame Martin, souhaitez-vous que je vous accompagne pour votre toilette ? »
2. Utiliser un vocabulaire enfantin
Certains mots sont normalement utilisés avec les enfants :
« dodo », « popo », « bobo », « faire pipi », « les petits pieds »...
Chez une personne adulte, ce vocabulaire peut donner l'impression
qu'elle est considérée comme un enfant.
À privilégier : utiliser un vocabulaire simple,
mais adulte et respectueux.
Exemple :
À éviter :
« On va faire dodo maintenant. »
À privilégier :
« Il est temps d'aller vous coucher. »
3. Employer le « on » à la place du « vous »
Le professionnel peut utiliser le « on » pour parler d'une action que
la personne doit réaliser :
« On va prendre la douche », « On va manger », « On va mettre le pyjama ».
Ce « on » peut effacer la personne en tant qu'adulte capable d'agir
et de décider.
À privilégier : utiliser « vous » lorsque l'action
concerne directement le résident.
Exemple :
À éviter :
« On va prendre les médicaments. »
À privilégier :
« Vous allez prendre vos médicaments. »
4. Poser des questions qui suggèrent déjà la réponse
Il s'agit de petites questions ajoutées à la fin d'une phrase :
« On va manger maintenant, d'accord ? »,
« Vous allez vous lever, hein ? »,
« Vous êtes prêt, n'est-ce pas ? ».
La question peut donner l'impression que la décision est déjà prise.
À privilégier : poser une véritable question et
laisser le temps à la personne de répondre.
Exemple :
À éviter :
« Vous allez prendre votre douche maintenant, d'accord ? »
À privilégier :
« Souhaitez-vous prendre votre douche maintenant ou un peu plus tard ? »
5. Parler avec une voix exagérée
Le professionnel peut modifier involontairement sa voix :
parler très fort, utiliser une voix plus aiguë, exagérer l'intonation
ou articuler de manière excessive.
Il est important de distinguer cette situation d'une adaptation nécessaire
aux difficultés auditives de la personne.
À privilégier : parler clairement, à un volume adapté,
sans prendre une voix infantile.
6. Utiliser des phrases trop simplifiées
Pour faciliter la compréhension, le professionnel peut avoir tendance
à réduire excessivement son vocabulaire ou à utiliser des phrases très
courtes comme s'il s'adressait à un enfant.
À éviter :
« Allez. Debout. On se lève. Allez, venez. »
À privilégier :
« Madame Martin, souhaitez-vous vous lever maintenant ?
Je peux vous aider si vous en avez besoin. »
La communication adaptée ne signifie pas parler comme à un enfant.
Elle consiste à ajuster son langage aux capacités et aux besoins réels
de la personne.
7. Répéter excessivement ou parler très lentement
Répéter une information peut être nécessaire lorsque la personne présente
des troubles de la mémoire, de l'audition ou de la compréhension.
Mais une répétition systématique ou un débit volontairement très lent peut
devenir infantilisant lorsqu'elle n'est pas justifiée par les besoins
de la personne.
À privilégier : observer la réaction de la personne et
adapter son rythme de communication à ses capacités réelles.
8. Utiliser des paroles qui prennent le contrôle de la personne
Certaines formulations donnent au professionnel le contrôle de l'action
et réduisent la possibilité pour la personne de choisir.
Exemples :
« Allez, on va faire ça pour moi »,
« Soyez sage »,
« Donnez-moi votre bras »,
« Faites-moi plaisir »,
« On va être gentil et prendre le traitement ».
À privilégier : expliquer, proposer et rechercher
l'accord de la personne.
Exemple :
À éviter :
« Allez, soyez gentil, donnez-moi votre bras. »
À privilégier :
« Je vais vous aider à enfiler votre vêtement.
Pouvez-vous me présenter votre bras, s'il vous plaît ? »
Attention : adapter sa communication ne signifie pas infantiliser
Une personne âgée peut présenter une baisse de l'audition, des troubles
cognitifs ou des difficultés de compréhension. Le professionnel doit alors
adapter sa communication.
Il peut parler plus clairement, utiliser des phrases courtes, donner
une information à la fois, faire des pauses et vérifier la compréhension.
Adapter sa communication :
« Je vais vous expliquer étape par étape ce que nous allons faire. »
Infantiliser :
« Allez mamie, on va faire notre petite toilette. »
La différence essentielle est donc la suivante :
adapter son langage aux besoins de la personne sans diminuer
sa place d'adulte.
Pourquoi faut-il éviter le langage infantilisant ?
La manière dont un professionnel s'adresse à une personne âgée participe
directement à la qualité de la relation de soins.
Un langage infantilisant peut transmettre, même involontairement,
l'idée que la personne est incapable, dépendante ou incapable de décider
par elle-même.
La communication professionnelle doit donc préserver :
- la dignité de la personne ;
- son autonomie ;
- ses choix ;
- son identité ;
- sa place d'adulte.
Le bon réflexe pour le professionnel
Avant de parler à une personne âgée, le professionnel peut se poser
3 questions simples :
1. Est-ce que je parlerais de la même manière
à un adulte de mon âge ?
2. Est-ce que cette façon de parler répond à un besoin
réel de la personne ?
3. Est-ce que je laisse suffisamment de place à la personne
pour comprendre, répondre et choisir ?
La bientraitance passe aussi par les mots.
Respecter une personne âgée, c'est prendre soin de son corps, mais également
de son identité, de son autonomie, de ses choix et de sa dignité.
À retenir
En EHPAD, le résident reste avant tout un adulte.
Son âge, sa dépendance ou ses troubles cognitifs ne justifient pas
de lui parler comme à un enfant.
Gisèle Cabre
Formatrice IFSI IFAS