Une personne âgée réfléchissant à la Covid 19

Je suis un vieil homme maintenant, celui qui a vécu bien au-delà de son «espérance de vie». Je suis peut-être la personne la plus âgée à publier sur Internet. J'ai le sentiment que je maîtrise toujours mes facultés mentales. Malheureusement, je n'ai pas de démence. Cela me protégerait de la douloureuse conscience du présent, mais causerait encore plus de problèmes à mes enfants. Ainsi, je peux réfléchir à ma vie et juger si j'ai «jeté des parties de moi-même dans les incertitudes des temps», comme le disait saint Augustin dans ses Confessions, que je lisais il y a peu.

 

Pour les personnes âgées, nos vies ont peu changé depuis l'épidémie. Même avant ce mal, nous passions la plupart de notre temps seuls, dans nos maisons. Nous sommes depuis longtemps sur une liste d'attente, une liste sans sorties prioritaires fermes, étiquetées «destin». Ceux d'entre nous qui sont restés vivent maintenant les restes de notre vie et de notre temps. Les temps de notre génération ont commencé par une guerre mondiale et se sont terminés par un fléau mondial. Nous sommes la génération mondiale qui a vécu entre ces deux calamités. Tout de même, nous avons eu de bonnes années aussi. Maintenant, nous avons fermé nos comptes.

 

Vivant ces jours flous de source étouffante, je souhaite partager quelques réflexions sur les menaces visibles posées par cette peste. J'ai lu quelque part que les médecins italiens et espagnols travaillant dans les unités de soins intensifs donnent la priorité à ceux qui ont plus de deux ans d'espérance de vie, «en tenant compte de la valeur que chaque patient a pour la société». Je ne suis pas d'accord avec ce raisonnement qui lie la valeur de la vie de chaque patient à la société avec son âge. Comme l'a dit Kant, les êtres humains n'ont aucune valeur d'échange, ils ont une dignité intrinsèque. Pourtant, je suis tout à fait d'accord avec cette mesure et j'espère qu'elle sera appliquée aussi dans notre pays, si la situation l'exige, car elle est cohérente avec l'idée de justice. Ce serait injuste, surtout en période de menace mortelle mondiale, au lieu d'une personne plus jeune qui se rétablirait mais risquerait de mourir en n'ayant pas accès à l'USI.

 

J'ai demandé à mes enfants que, si je tombe malade, ils doivent me laisser à la maison, s'occuper de moi à distance et avec un soutien à domicile uniquement si cela est possible et en toute sécurité. Je ne veux pas être la raison pour laquelle une personne plus jeune perd la vie. J'ai déjà eu un long moment et maintenant je suis "plein de jours". C'est mon souhait. Ce n'est pas de la bravoure. Je pense que c'est simplement une décision gratuite prise par une personne âgée en ces jours tragiques pour le bien de la société. Ça y est alors. Maintenant, permettez-moi de mettre fin à ces pensées dépressives. Je reviens à la vie.

J'ai fait ma promenade de l'après-midi en marchant sur la véranda. Les rues étaient comme un désert. Sur une branche du platane qui s'étire chaque année comme pour me serrer la main, deux moineaux flirtaient avec espièglerie. Il fait maintenant nuit. La nuit incontournable approche lentement et s'introduit dans la maison qui devient sombre. Appels téléphoniques en soirée avec des enfants et un couple d'amis. Puis silence. Je n'allume pas les lumières. D'où je suis assis, je veux voir la partie du ciel nocturne que j'ai le droit de voir. Si j'ai de la chance, la lune apparaîtra pendant un court instant. La lune avec ses «silences bien-aimés» *, la lune qui me réconforte et m'apaise

 

Yannis Gabriel

http://www.yiannisgabriel.com/2020/03/an-old-person-reflecting-on-covid-19.html

 

 

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