Une charge de travail trop importante, répartie sur une matinée, souffrance, épuisement, stress des soignants : des maux que résume un seul mot, le burn-out, notion que connaissent bien les soignants depuis 20 ans.
Le burn-out gangrène la profession soignante sans qu'aucune initiative de grande envergure ne soit proposée. On se contente de groupes de parole et de modalités de soulagement pour extérioriser le mal-être des soignants.
La majorité des soignants en EHPAD dit se sentir stressée, fatiguée, frustrée dans sa situation de soins.
Répondez à ces 10 questions en pensant à vos dernières semaines de travail. Ce test est un outil de sensibilisation et ne remplace en aucun cas un diagnostic médical : seul un professionnel de santé (médecin traitant, médecin du travail, psychologue) peut poser un diagnostic de burn-out.
1. Je me sens vidé(e) émotionnellement par mon travail.
2. Je me sens fatigué(e) dès le matin à l'idée d'aller travailler.
3. J'ai le sentiment de ne plus avoir le temps de bien faire mon travail.
4. Je deviens plus irritable ou impatient(e) avec les résidents, les familles ou mes collègues.
5. J'ai du mal à dormir ou mon sommeil n'est plus réparateur.
6. J'ai l'impression de ne plus être aussi utile ou efficace qu'avant.
7. Je prends de la distance ou me sens détaché(e) des personnes que j'accompagne.
8. Je ressens des symptômes physiques (maux de tête, troubles digestifs, tensions) que j'associe à mon travail.
9. J'ai du mal à me concentrer ou à me souvenir des choses au travail.
10. Je me sens découragé(e) ou j'envisage de quitter mon métier.
Merci de répondre à toutes les questions avant de calculer votre résultat.
Les causes du burn-out en EHPAD
Une prise en charge de certains résidents trop grabataires et mal répartie sur les listes
Une chronologie des soins et un rythme soutenu toute la journée
Une traçabilité harassante et envahissante
Une fiche de tâches aux contours mal définis, un rôle mal compris
Des impératifs de service
Un phénomène de dépréciation du métier de soignant
La mise en place de la VAE aide-soignant, et oui, j'ose le dire
Des postes d'aides-soignants remplacés par des non diplômés
La non reconnaissance de la direction du travail du soignant
Une communication peu adaptée aux situations
Agressivité / exigence des résidents et/ou des familles
Des prises en charge spécifiques sans aucune formation des soignants, ou très sommaire
Un nouveau profil de résident accueilli, type Alzheimer
Les asymptotes du burn-out
Le syndrome de la souffrance du soignant, désigné par le terme de « burn-out », comporte plusieurs niveaux d'intensité et progresse dans le temps, souvent en s'aggravant.
Parmi les nombreuses descriptions des symptômes du burn-out, celle d'Edelwich et Brodsky a le mérite d'être simple. La voici. Le professionnel de santé passe par quatre phases successives :
1. L'enthousiasme
Il est d'abord porté par un enthousiasme débordant qui lui fait tout voir en rose et lui donne le sentiment qu'il va faire de grandes choses. Il se dépense sans compter pour les patients et s'en trouve profondément gratifié.
2. La stagnation
Quelques obstacles commencent à freiner cet enthousiasme. Le soignant est déçu par certains patients et fatigué de devoir se battre face à l'administration. Il compense ce déficit de plaisir par un surinvestissement qui s'avère contre-productif : sa santé s'altère, il dort mal, crée des tensions au sein de sa famille, néglige sa vie intime.
3. La désillusion, la frustration
Le soignant commence à douter du sens de son travail, de ses jugements et de ses compétences. Les patients lui apparaissent ingrats et pénibles, les collègues irrespectueux ou indifférents. Il se sent déconsidéré et devient irritable pour ses proches. Sa santé se dégrade. Il a recours à des médicaments qu'il s'auto-administre et/ou se met à abuser de l'alcool, ce qui ne fait qu'accélérer le processus d'aliénation.
4. L'apathie, la démoralisation
Le soignant est dans l'impasse, il n'a plus aucune considération ni pour lui-même, ni pour les patients qui l'indiffèrent ou qu'il méprise. Son travail n'est plus qu'alimentaire et il s'y soumet avec un cynisme qui se retourne contre lui. La détresse est grave et l'issue passe par des soins spécialisés.
Progression des symptômes
Tout débute par une visée grandiose de perfection ; tôt ou tard, l'élan enthousiaste se voit confronté à une frustration ou à un sentiment d'échec.
Plutôt que de renoncer au projet grandiose ou de le relativiser dans des proportions plus réalistes, le sujet n'assume pas sa déception mais la projette et s'entête à vouloir réussir. Le voilà donc cynique, amer, mais encore zélé : c'est la stagnation.
Le mal de vivre s'installe et l'évitement, qui procure un soulagement, commande une démotivation temporaire.
La rage et la dépersonnalisation persistent ; le mal de vivre s'estompe et refait surface la visée narcissique de perfection.
La course reprend, mais l'énergie se perd.
La frustration, la désillusion quant au projet grandiose sont à nouveau ressenties, et le sujet fait à nouveau le choix de ne pas renoncer à son plan, mais il éprouve de la rage.
L'énergie s'épuise, le sujet n'a plus la force de s'actualiser, il se désengage par l'évitement.
Le projet grandiose est en veilleuse, mais comme l'épuisement émotionnel se fait complet, il ne reste plus d'énergie pour le reprendre et la frustration devient maximale.
Au fil de la progression de l'épuisement, l'apathie et la démoralisation, les symptômes deviennent de plus en plus sévères. Cet état affecte la santé physique, l'humeur, les cognitions et le comportement.
Les symptômes du burn-out
Au plan physique
Les perturbations du sommeil apparaissent comme étant un premier signe. La fatigue chronique s'installe et les problèmes psychosomatiques se manifestent en s'accentuant.
Au début, il peut s'agir de tensions ressenties (céphalée, dorsalgie), mais ceci évolue vers l'atteinte de systèmes gastro-intestinaux, pulmonaires, cardio-vasculaires, immunitaires, etc. Plus l'épuisement se fait ressentir, plus l'atteinte est sévère (Pines, Aronson et Kafry, 1981).
Les troubles de comportement se manifestent par l'absentéisme accru, l'isolement, l'instabilité et la toxicomanie.
Les troubles émotionnels incluent le doute de soi, la négation de ce qui fait mal, la projection de la souffrance sur l'environnement, la méfiance, la rigidité, le sentiment d'être abandonné. Les relations interpersonnelles se détériorent, un désintérêt s'installe et des idées suicidaires peuvent survenir.
Au plan intellectuel
On retrouve une diminution de l'attention, de la concentration et de la mémoire.
En bout de ligne, on rencontre un sujet pouvant être désespéré, paranoïde, toxicomane, agoraphobe, émotif ou alexithymique, déprimé, suicidaire, psychotique ou atteint d'une maladie psychosomatique très grave.
Vous êtes soignant et vous vous sentez en difficulté ?
Ces symptômes ne sont pas une fatalité et des ressources existent pour en parler, à tout moment.
SPS, l'institut pour la santé des soignants : 0 805 23 23 36, écoute gratuite, anonyme et confidentielle par des psychologues, 24h/24 et 7j/7, dédiée aux professionnels de santé.
Le 3114, numéro national de prévention du suicide : gratuit, accessible 24h/24 et 7j/7, pour toute personne en détresse, son entourage ou un professionnel.
En cas d'urgence vitale, contactez le 15 (SAMU) ou le 112.
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