il nous semble parfois anodin à nous soignant d'appeler les résidents dont on a la charge "ma belle, mamie, ma chérie, mon beau, mon chéri".
En utilisant ce type de communication condescendant/infantilisant, les membres du personnel peuvent, sans réellement en prendre conscience, renforcer la dépendance et favoriser l’isolement, ainsi que la dépression, une réduction de l'estime de soi au retrait social chez les résidents, ce qui contribue à une spirale de déclin physique, cognitif et fonctionnel.
Ce parler se caractérise par un rythme plus lent, une intonation exagérée, un ton de voix de hauteur élevée, un volume plus fort, de nombreuses répétitions, un vocabulaire et une grammaire simplifiés, l’utilisation de diminutifs ("mémé", "papy"…), la présence de petites questions ajoutées à la fin d'une phrase ("…, on y va ?"), l’utilisation de pronoms collectifs ( "on va manger") ou encore l’adoption du tutoiement.
Il existe pourtant des résidents ou résidentes qui souhaitent être appelés par leur prénom, une simple transcription sur le projet de vie permet de respecter le choix du résident.
1 Comprendre les effets d'un langage inadéquat
La maltraitance verbale, même involontaire, peut avoir des conséquences graves sur la santé mentale et émotionnelle des personnes âgées.
Le langage infantilisant, condescendant ou paternaliste peut renforcer la dépendance, l'isolement et la dépression.
Exemple :
Scénario 1: Langage infantilisant et perte de dignité
Lieu: Salle à manger d'une maison de retraite
Personnages:
Léa, aide-soignante
M. GEORGE , 83 ans, résident
Situation:
Léa arrive dans la salle à manger pour aider les résidents à prendre leur repas. Elle s'approche de M. GEORGE, assis à sa table, et lui dit d'un ton infantilisant:
"Allez, mon chéri, il est temps de manger! On a préparé un bon petit plat pour toi aujourd'hui. Qu'est-ce que tu vas manger? Tu veux de la soupe, des carottes ou du poisson?"
M. GEORGE, visiblement agacé par le ton et les paroles de Léa, répond sèchement:
"Je peux me servir moi-même, merci. Et j'ai déjà choisi ce que je voulais manger."
Léa, surprise par la réaction de M. GEORGE, s'excuse maladroitement:
"Oh, pardon, je ne voulais pas vous vexer. Je voulais juste vous aider."
M. George reste silencieux, continuant son repas avec un air sombre.
Analyse:
Dans cette situation, Léa utilise un langage infantilisant ("mon chéri", "on", "bon petit plat") qui diminue M. GEORGE et lui retire toute dignité. Elle le traite comme un enfant incapable de se débrouiller seul, ce qui le blesse et le frustre.
Effets du langage inadéquat:
M. George se sent humilié et diminué.
Il perd confiance en lui et en ses capacités.
Il peut se replier sur lui-même et s'isoler des autres résidents.
Son état de santé mentale et émotionnelle peut se dégrader.
Conseils pour une communication respectueuse:
- S'adresser aux personnes âgées par leur nom et leur titre (Monsieur, Madame).
- Utiliser un langage simple et clair, en évitant le jargon médical ou technique.
- Reformuler les consignes si nécessaire, en veillant à la compréhension mutuelle.
- Valoriser l'autonomie et la participation des résidents.
- Adopter une attitude bienveillante et empathique.
Scénario 2: Langage condescendant et sentiment d'impuissance
Lieu: Chambre d'un résident en maison de retraite
Personnages:
Pierre, aide-soignant
Mme Dubois, 92 ans, résidente
Situation:
Pierre entre dans la chambre de Mme Dubois pour l'aider à se préparer pour le coucher. Mme Dubois est en train de se changer, mais elle a du mal à enfiler son pyjama. Pierre, impatient, lui prend le pyjama des mains et l'aide à le mettre, en lui disant d'un ton condescendant:
"Là, c'est bon, tu es prête. Tu vois, ce n'était pas si difficile. Il faut juste un peu d'aide parfois, hein?"
Mme Dubois, désemparée et frustrée, lui répond:
"Je sais bien que j'ai besoin d'aide, mais j'aimerais pouvoir faire certaines choses par moi-même. C'est important pour moi de garder ma dignité."
Pierre, indifférent à ses paroles, lui dit sèchement:
"Bon, on y va, il est temps d'aller au lit."
Analyse:
Dans cette situation, Pierre utilise un langage condescendant ("tu vois, ce n'était pas si difficile") qui minimise les difficultés de Mme Dubois et lui donne l'impression d'être inutile. Il lui prend son autonomie en l'aidant sans lui demander son consentement, ce qui la frustre et la blesse.
Effets du langage inadéquat:
Mme Dubois se sent impuissante et dépendante.
Elle perd confiance en ses capacités et estime de soi.
Elle peut se sentir isolée et abandonnée.
Son état de santé mentale et émotionnelle peut se dégrader.
Conseils pour une communication respectueuse:
- Demander l'autorisation avant d'aider un résident.
- Expliquer clairement ce que vous allez faire et pourquoi.
- Laisser le résident faire le plus possible par lui-même, même si c'est lentement ou difficilement.
- Encourager et valoriser les efforts du résident.
- Adopter une attitude patiente et compréhensive.
Conclusion
Le langage que nous utilisons avec les personnes âgées a un impact important sur leur bien-être mental et émotionnel. En adoptant une communication respectueuse, bienveillante et adaptée, nous pouvons contribuer à leur offrir un séjour digne et épanouissant en