Introduction
Dans le cadre de la compétence 6 « Établir une communication adaptée pour informer et accompagner la personne et son entourage », je présente une situation vécue lors de mon deuxième stage, réalisé en unité spécialisée Alzheimer.
Cette situation m’a particulièrement marquée car elle met en évidence les enjeux de la communication avec une personne atteinte de troubles cognitifs sévères, ainsi que la question de la juste distance professionnelle face à un attachement affectif.
Présentation de la personne accompagnée
Madame M., âgée de 88 ans, est atteinte de la maladie d’Alzheimer à un stade avancé.
Elle présente :
- un GIR 3 (perte d’autonomie partielle nécessitant une aide quotidienne)
- un MMS à 5/30 (altération sévère des fonctions cognitives)
- Elle présente également une agnosie, ce qui signifie qu’elle a des difficultés à reconnaître les personnes, les objets et les situations.
- Elle nécessite une stimulation constante et un accompagnement rapproché dans les actes de la vie quotidienne.
Contexte de la situation
La situation se déroule après deux semaines de stage, lors de ma prise de poste à 8h30.
En arrivant dans le service, je découvre Madame M. en pleurs dans le couloir, manifestement en état d’angoisse importante.
Description de la situation
Je m’approche d’elle et lui demande ce qui ne va pas.
Immédiatement, elle se rapproche physiquement de moi, me serre contre elle et exprime une peur intense en répétant :
« J’ai peur, doudou, je peux rester avec toi ? »
Cette demande est répétée avec insistance, accompagnée de pleurs.
Je ressens une forte émotion face à cette détresse.
Je tente de la rassurer verbalement en lui expliquant qu’elle est en sécurité et que l’équipe est présente.
Je lui propose ensuite de venir prendre son petit déjeuner, en lui précisant que je peux rester avec elle, ce qu’elle accepte.
Malgré ma présence, elle reste très angoissée et continue de pleurer.
Ma collègue intervient et administre son traitement anxiolytique. Elle m’indique que ces crises sont fréquentes et me conseille de la laisser seule le temps que le traitement agisse.
Je décide d’appliquer cette consigne et informe Madame M. que je vais m’absenter pour préparer le matériel de soin.
Sa réaction est immédiate : elle s’arrête de manger et recommence à pleurer intensément, me suppliant de rester.
Je m’adapte en laissant la porte ouverte et en lui expliquant que je suis à proximité.
Lors du soin d’hygiène, elle se montre coopérante, participe activement et semble apaisée par ma présence.
Après le soin, elle manifeste des signes d’attachement :
- gestes affectifs (embrassades, bisous)
- regards soutenus
- sourires répétés
L’après-midi, lors de la visite de sa fille, Madame M. exprime le souhait que je reste avec elle, y compris dans sa chambre.
Face à cette demande, je me retrouve en difficulté entre :
- le respect de l’intimité familiale
- la réponse au besoin de sécurité de la résidente
Suite à cet événement, ma tutrice m’explique que la résidente a développé un attachement et que je dois ajuster ma posture professionnelle.
Analyse de la situation
1. Compréhension du comportement de la patiente
Le comportement de Madame M. peut s’expliquer par :
- une désorientation majeure liée à la maladie d’Alzheimer
- une anxiété de séparation
- une perte de repères spatio-temporels
- un besoin de sécurité affective
L’utilisation du terme « doudou » suggère une régression psychique, fréquente dans les stades avancés de la maladie.
2. Communication mise en œuvre
Les éléments positifs :
- posture rassurante
- proximité physique contenante
- ton calme et sécurisant
- adaptation aux émotions de la patiente
Les limites :
- difficulté à poser un cadre clair
- risque de renforcement de la dépendance affective
- gestion émotionnelle personnelle impactée
3. Tension entre consignes et besoins du patient
La consigne donnée (« laisser la patiente seule ») entre en contradiction avec :
- le besoin immédiat de sécurité de la patiente
- la relation de confiance en construction
Cela met en évidence l’importance de :
- l’analyse clinique de la situation
- l’individualisation de la prise en charge
4. Notion de distance professionnelle
La situation illustre un attachement affectif progressif.
Maintenir une distance professionnelle permet :
- de préserver la qualité de la relation de soin
- d’éviter une dépendance affective du patient
- de protéger le soignant d’une surcharge émotionnelle
- de garantir une équité dans la prise en charge des autres patients
Une proximité excessive peut entraîner :
- une confusion des rôles
- des attentes irréalistes de la part du patient ou de la famille
- un épuisement émotionnel du soignant
5. Positionnement professionnel
Face à cette situation, j’ai dû trouver un équilibre entre :
- présence rassurante
- respect du cadre professionnel
- gestion de mes émotions
L’intervention de ma tutrice a été essentielle pour :
- prendre du recul
- comprendre les enjeux relationnels
- ajuster ma posture
Réajustement de ma pratique
Suite à cette expérience, j’ai identifié plusieurs axes d’amélioration :
- Maintenir une communication rassurante sans créer de dépendance
- Poser un cadre clair tout en restant bienveillante
- Verbaliser les séparations (« je reviens », « je suis à côté »)
- Travailler en cohérence avec l’équipe
- Prendre du recul face à mes émotions
Conclusion
Cette situation a été particulièrement formatrice car elle m’a confrontée à la complexité de la relation de soin avec une personne atteinte de troubles cognitifs sévères.
Elle m’a permis de comprendre que la communication ne se limite pas aux mots, mais inclut :
- la présence
- l’attitude
- la gestion émotionnelle
Elle m’a également sensibilisée à l’importance de la distance professionnelle, essentielle pour garantir une prise en charge de qualité et préserver l’équilibre du soignant.