SITUATION DE STAGE
Vous effectuez le change de Mme A., 88 ans, hospitalisée pour une fracture du col du fémur. En la tournant, vous apercevez une zone rouge au niveau du sacrum. Vous appuyez dessus avec votre doigt : la rougeur ne blanchit pas.
Question concrète : Est-ce une simple irritation ou le début d'une nécrose profonde ? Devez-vous immédiatement changer son matelas ? La survie des tissus de Mme A. dépend de votre réponse.
Objectifs de ce module :
- Définir l'escarre et comprendre son origine ischémique.
- Identifier les 4 stades de gravité.
- Savoir utiliser les échelles de Norton et Waterlow pour évaluer le risque.
Après avoir vu l'hygiène et le confort, nous abordons la complication redoutée de l'alitement : l'escarre. C'est une lésion cutanée d'origine ischémique (arrêt de la circulation sanguine) liée à une compression des tissus entre un plan dur (lit, fauteuil) et les saillies osseuses.
1. Les 4 Stades de l'Escarre : Savoir Identifier
L'escarre se développe comme un "cône" : la partie visible n'est souvent que la face émergée d'une lésion bien plus profonde.
Stade 1 : Érythème persistant
Rougeur qui ne blanchit pas à la pression. Peau intacte. Douleur ou échauffement possible.
Réversibilité : Oui, si la pression est levée immédiatement.
Stade 2 : Désépidermisation / Phlyctène
Apparition de cloques (ouvertes ou fermées) ou perte de peau superficielle (abrasion). Le derme est exposé.
Stade 3 : Nécrose hypodermique
Perte de toute l'épaisseur de la peau. On voit de la graisse, mais pas encore les muscles ou les os. Apparition de tissus noirs (nécrose) ou jaunes (fibrine).
Stade 4 : Atteinte profonde
Perte tissulaire totale. Les muscles, les tendons ou les os sont visibles ou directement palpables. Risque majeur d'infection osseuse (ostéite).
Question d'examen possible
"Qu'est-ce que le test de la vitropression (ou pression digitale) au stade 1 ?"
Réponse : On appuie sur la rougeur. Si elle blanchit, ce n'est pas une escarre. Si elle reste rouge, c'est une escarre de stade 1 (ischémie installée).
2. Évaluation des risques : Les Échelles
Il ne faut pas attendre l'escarre pour agir. On évalue le risque dès l'admission du patient.
L'Échelle de NORTON (Spécialisée Gériatrie)
| Points |
État Physique |
État Mental |
Activité |
Mobilité |
Incontinence |
| 4 |
Très bon |
Alerte |
Ambulant |
Complète |
Non |
| 1 |
Très mauvais |
Léthargique |
Alité |
Immobile |
Double |
INTERPRÉTATION NORTON :
- Score < 14 : Risque important.
- Score < 10 : Risque très élevé.
Plus le score est BAS, plus le risque est HAUT.
L'Échelle de WATERLOW (Européenne / Chirurgie)
Elle est plus complète et prend en compte : l'IMC (poids/taille), le sexe, l'âge, l'aspect de la peau, l'appétit et les risques particuliers (diabète, chirurgie de plus de 2h, corticostéroïdes).
En stage, l'infirmier doit...
- Réévaluer le score à chaque changement d'état (ex: si le patient devient fébrile ou cesse de manger).
- Noter le score dans le dossier de soins pour justifier la mise en place d'un matelas à air.
3. Facteurs Majorants et Prévention
L'escarre est multifactorielle. La dénutrition est le premier facteur interne de risque.
À retenir - Les ennemis de la peau :
- L'humidité : Macération due à l'incontinence.
- Le cisaillement : Patient qui glisse dans son lit.
- L'hypotension : Moins de perfusion sanguine des tissus.
- Les dispositifs médicaux : Sondes, masques à oxygène (escarres de nez/oreilles).
SYNTHÈSE OPÉRATIONNELLE :
1. Observer les points d'appui (talons, sacrum, ischions) à chaque change.
2. Massages/Effleurages : INTERDITS sur une rougeur (aggrave les lésions).
3. Changement de position : Toutes les 2 à 3 heures minimum.
Ce qui peut tomber au partiel
"Citez 3 facteurs de risque extrinsèques et 3 facteurs intrinsèques de l'escarre."
Réponse : Extrinsèques (Pression, friction, cisaillement). Intrinsèques (Âge, dénutrition, déshydratation, perte de mobilité).
Micro-victoire ! À la fin de ce cours, tu sais maintenant :
- Différencier une rougeur banale d'un stade 1.
- Calculer un score de Norton pour orienter ta prévention.
- Identifier les patients prioritaires (dénutris, immobiles, incontinents).
Prochain chapitre : Maintenant que nous savons prévenir les plaies, voyons comment aider le patient à maintenir son autonomie lors d'un soin fondamental : L'aide à la mobilisation et les transferts.