1. Introduction
Je suis en stage dans un EHPAD. Mme H., 82 ans, est entrée en institution deux semaines après le décès de son mari, sur décision de son fils. Elle présente des bouffées délirantes aiguës : idées délirantes, troubles de l'humeur et du sommeil. J'ai choisi cette situation car elle m'a confrontée à un épisode délirant et m'a appris à ne pas me limiter à la gestion immédiate de la crise, mais à chercher ce qui se cache derrière.
2. Description de la situation
Lors du repas, Mme H. vient vers moi très agitée et me demande d'ouvrir la porte car ses deux chiens l'attendent chez elle. Elle ouvre son sac à main pour me montrer leur repas - le sien.
Pour la calmer, je lui dis qu'il fait déjà nuit et que son fils s'occupe certainement des chiens. Je lui propose de laisser le repas au réfrigérateur pour le lendemain. Elle s'arrête. Son regard est lourd de tristesse.
Je la raccompagne dans sa chambre. Elle m'avoue alors :
"J'ai du mal à accepter de vivre ici, dans cette unité fermée."
Je me sens désemparée et impuissante. Je sais que ma réponse sur les chiens était une fuite. En réunion d'équipe, j'exprime ce que j'ai ressenti et propose que le fils amène les chiens dans l'établissement pour rassurer Mme H. L'équipe accepte exceptionnellement. Je propose aussi des sorties accompagnées au village et des visites de ses amis et voisins. L'équipe fait confiance à ces propositions.
3. Analyse et conclusion
Ce que voulait Mme H., c'était avant tout renouer avec son milieu familial et amical. L'institutionnalisation était vécue comme une rupture brutale. Ma proposition de maintenir le lien social a permis à l'équipe de construire une prise en charge plus adaptée. Cette situation m'a appris qu'un épisode délirant est souvent l'expression d'une détresse sous-jacente - et que mon rôle d'élève AS est aussi de proposer des solutions en équipe.