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UE B2 Ethnologie et anthropologie S2 IFSI

Domaine B - Pratiques cliniques infirmières, qualité et gestion des risques

UE B.2 « Sciences humaines et sociales »

Ethnologie et anthropologie - Semestre 2 - Bloc 3/5
6 ECTS dont 2 ECTS cadre de consolidation - Arrêté du 20 février 2026
A
Cours
Ethnologie, anthropologie et interculturalité dans les soins
1

Ethnologie : groupes humains, migrations et métissages

L'ethnologie étudie les caractéristiques des groupes humains dans leur dimension historique, comportementale et culturelle. Elle éclaire les origines des pratiques de santé, des représentations du corps et des attitudes face à la maladie.

Migrations et santé
  • Effet du « migrant en bonne santé » : sélection initiale favorable
  • Dégradation progressive après installation (précarité, stress d'acculturation)
  • Traumatismes migratoires : exil, violence, perte des repères
  • Barrières linguistiques et culturelles à l'accès aux soins
  • Médecines traditionnelles maintenues en parallèle de la biomédecine
Métissages culturels

Les identités culturelles sont dynamiques, non figées. Un patient issu de la migration ne représente pas entièrement sa culture d'origine. Le métissage culturel produit des configurations originales : pratiques hybrides mêlant biomédecine et médecines traditionnelles, valeurs reconstruites après migration.

Eviter l'essentialisme - L'infirmier ne doit pas réduire une personne à sa culture d'origine. Demander « quelle est votre culture ? » est plus pertinent que de supposer des pratiques à partir de la nationalité ou de l'apparence.
2

Religions, croyances et rites

Les croyances religieuses et spirituelles influencent le rapport à la maladie, à la mort, aux soins du corps et à la douleur. L'infirmier ne juge pas, mais intègre cette dimension pour adapter les soins.

Pratique religieuse Impact potentiel sur les soins Adaptation possible
Jeûne (Ramadan, Yom Kippour) Posologie médicaments, glycémies, hydratation Adapter les horaires de prise sur prescription médicale
Refus de transfusion (Témoins de Jéhovah) Refus d'acte médical vital Respecter la volonté adulte. Altérnatives si disponibles. Signaler au médecin.
Rites funéraires (toilette mortuaire) Préparation du corps selon les rites Respecter les demandes de la famille, solliciter l'aumônier
Pudeur corporelle Refus d'examen ou de soins intimes Soignant de même genre si possible, explication préalable, respect de l'intimité
Laïcité et soins - En France, la laïcité s'impose aux agents du service public (neutres dans leurs expressions), mais pas aux patients. Le patient a le droit d'exprimer ses croyances et d'en demander la prise en compte, dans la mesure où cela ne compromet pas la sécurité des soins.
3

Place et approche du corps

Le corps est une construction à la fois biologique et culturelle. Les représentations du corps diffèrent selon les cultures : corps sacré, corps instrument, corps souffrant. Ces représentations influencent l'acceptation des soins corporels et des examens cliniques.

Corps et pudeur

La pudeur est culturellement construite. Ce qui est normal dans une culture (examens mixtes, soins sans rideau) peut être vécu comme une violation dans une autre. L'infirmier demande systématiquement les préférences avant les soins intimes.

Corps et douleur

L'expression de la douleur est culturellement modulée. Certaines cultures valorisent la retenue ; d'autres autorisent l'expression sonore. L'infirmier ne déduit pas le niveau de douleur de l'intensité de l'expression : il mesure systématiquement avec l'EVA.

Corps et mort

Les représentations de la mort varient : corps sacré à préserver, corps à préparer rituellement, présence de la famille au moment de l'agonie. L'infirmier anticipe et facilite ces rites dans la mesure du possible.

4

Anthropologie culturelle de la santé

L'anthropologie de la santé étudie la diversité des manières dont les sociétés humaines comprennent, expliquent et traitent la maladie. Elle distingue notamment le « disease » (dimension biomédicale), le « illness » (vécu subjectif) et le « sickness » (dimension sociale).

Trois dimensions de la maladie (Arthur Kleinman)
DISEASE
Anomalie biologique objectivable. Le diagnostic médical. Ce que mesure la biomédecine.
ILLNESS
Vécu subjectif de la maladie. Ce que ressent et signifie la maladie pour la personne. Sa narration.
SICKNESS
Dimension sociale : comment le malade est perçu et traité par son entourage et sa société.
Application clinique - Un patient diabétique (disease) peut ne pas se sentir malade (illness) si son glycémie ne provoque pas de symptômes. Comprendre ce décalage est fondamental pour l'adhésion thérapeutique et l'éducation du patient.
5

Perceptions culturelles de la maladie

Les causes attribuées à la maladie varient selon les systèmes de croyances : cause surnaturelle, punition divine, mauvais oeil, déséquilibre énergétique, ou cause biologique. Ces représentations influencent le recours aux soins et l'adhésion au traitement.

Type d'explication Exemple Impact sur le soin
Surnaturelle Punition divine, mauvais oeil, malédiction Recours au gurisseur en parallèle du traitement
Energétique Déséquilibre yin/yang, chakras bloqués Pratiques alternatives (acupuncture, plantes)
Sociale Rupture d'un tabou, conflit familial non résolu Importance des rites de réconciliation
Biomédicale Infection, trouble métabolique, génétique Adhésion au traitement médical facilitée
6

Approche interculturelle du soin

L'approche interculturelle ne consiste pas à connaître toutes les cultures, mais à adopter une posture d'ouverture, de questionnement et d'adaptation. Elle mobilise l'exploration des représentations du patient plutôt que la projection de clichés culturels.

Posture interculturelle
  • Eviter l'ethnocentrisme : ne pas considérer sa propre culture comme référence universelle
  • Eviter le relativisme excessif : toutes les pratiques ne sont pas acceptables si elles nuisent
  • Explorer les représentations du patient par le questionnement ouvert
  • Utiliser un interprète professionnel, pas un membre de la famille
Questions clés d'exploration (modèle de Kleinman)
  • « Comment appelez-vous cette maladie ? »
  • « Qu'est-ce qui selon vous en est la cause ? »
  • « Que craignez-vous que cela vous fasse ? »
  • « Qu'avez-vous déjà fait pour vous soigner ? »
  • « Quel traitement espérez-vous recevoir ? »
Référentiel 2026 - L'UE B.2 demande d'approfondir la notion de diversité culturelle afin d'adapter les soins. L'approche interculturelle est une compétence professionnelle à développer, pas une option personnelle.
B
Cas cliniques
Ethnologie et anthropologie appliquées - 4 situations
Ces situations mobilisent les éléments de contenu UE B.2 : approfondir la diversité culturelle, adapter les soins aux représentations de la maladie et du corps, adopter une posture interculturelle.
1
M. Ibrahim - Ramadan et traitement médicamenteux
Croyances religieuses - Adaptation thérapeutique
Situation - M. Ibrahim, 55 ans, diabétique type 2 traité par metformine 3x/j et insuline basale le soir. Il informe l'infirmier qu'il va pratiquer le jeûne du Ramadan le mois prochain et demande s'il peut continuer son traitement. Il ne souhaite pas solliciter de dispense religieuse.
Risque clinique Adaptation à prévoir Responsable
Hypoglycémie Réajustement des doses et horaires sur prescription médicale Médecin traitant + IDE
Déshydratation Surveillance renforcée, hypotension, taux rénal IDE - Signalement
Posture infirmière Respecter la décision de M. Ibrahim. L'informer des risques sans le juger. Prévenir son médecin pour réajustement thérapeutique anticipé.
2
Mme Zhang - Corps, pudeur et soins intimes
Représentations du corps - Adaptation des soins
Situation - Mme Zhang, 68 ans, originaire de Chine, nécessitant une toilette complète après AVC. L'infirmier masculin de garde s'apprête à réaliser le soin. Mme Zhang, ne parlant pas français, tente de repousser ses mains et couvre son corps de ses bras. Sa fille présente explique que sa mère ne peut pas être soignée par un homme.
Lecture anthropologique

La pudeur corporelle exprimée est une manifestation culturelle légitime. Ce n'est pas un obstacle au soin, mais une donnée à intégrer dans l'organisation des soins.

Réponse infirmière

Interrompre le soin. Expliquer à la fille qu'une infirmière sera sollicitée. Organiser la continuité du soin avec une soignante. Tracer la préférence dans le dossier pour les prochains soins.

Limite organisationnelle

Si aucune soignante n'est disponible en urgence (hémorragie, désaturation), le soin vital prime. L'explication est donnée avant le geste.

3
M. Da Silva - Médecine traditionnelle et biomédecine
Pluralisme médical - Interaction médicamenteuse - Posture
Situation - M. Da Silva, 60 ans, originaire du Brésil, traité pour hypertension artérielle. Lors de la collecte de données, il mentionne prendre des « remèdes de grand-mère » : décoctions de plantes (valériane et millepertuis). Il n'en avait pas parlé car il pensait que « ce n'est pas un vrai médicament ».
Élément Analyse
Risque clinique Millepertuis : inducteur enzymatique puissant (CYP3A4). Peut diminuer l'efficacité de nombreux antihypertenseurs et anticoagulants.
Posture interculturelle Ne pas dévaluer les savoirs traditionnels. Expliquer le risque d'interaction sans critiquer la pratique.
Action infirmière Signaler au médecin. Tracer les plantes dans le dossier (section « traitements »). Demander systématiquement à chaque patient s'il prend des produits naturels, plantes ou remèdes alternatifs.
4
Mme Kourouma - Fin de vie et représentations culturelles
Anthropologie de la mort - Rites - Accompagnement
Situation - Mme Kourouma, 78 ans, originaire de Guinée, en phase terminale d'un cancer. Sa famille (10 personnes) souhaite être présente en permanence à son chevet, prier à voix haute et réaliser certains rites. L'infirmier est gêné par le bruit et l'affluence.
Lecture anthropologique

Dans de nombreuses cultures africaines, la mort est un événement collectif, non privé. L'accompagnement communautaire du mourant est un devoir moral. Rester seul face à la mort peut être vécu comme un abandon honteux.

Négociation adaptée

Proposer un accès par rotations pour limiter l'affluence simultanée. Dédier si possible une salle d'attente proche. Accepter la prière à voix basse. Solliciter l'aumônier de l'établissement.

Référentiel 2026 - L'UE B.2 demande de mobiliser les apports des sciences sociales pour comprendre les besoins spirituels des personnes en soins palliatifs et en fin de vie. Le confort culturel de la personne mourante fait partie de la qualité des soins.
C
Quiz - 10 questions
Ethnologie, anthropologie, interculturalité
Score
0 / 10
Question 1 / 10

Dans le modèle de Kleinman, que désigne le terme « illness » ?

A. L'anomalie biologique objectivable
B. Le vécu subjectif de la maladie par la personne
C. La perception sociale du malade par son entourage
D. Le traitement médical prescrit
Question 2 / 10

L'ethnocentrisme dans les soins consiste à :

A. Adapter les soins aux préférences culturelles du patient
B. Considérer sa propre culture comme référence universelle et juger les autres à partir d'elle
C. Refuser de soigner des patients de culture différente
D. Imposer la laïcité aux patients hospitalisés
Question 3 / 10

Pourquoi faut-il systématiquement demander aux patients s'ils prennent des plantes ou remèdes naturels ?

A. Pour les déconseiller systématiquement
B. Parce qu'ils peuvent interagir avec les traitements médicamenteux
C. Pour signaler au médecin une non-compliance
D. Parce que c'est exigé par le dossier administratif
Question 4 / 10

Selon le référentiel 2026, la laïcité s'impose :

A. Aux patients hospitalisés qui ne peuvent pas exprimer leurs croyances
B. Aux agents du service public dans leurs expressions, pas aux patients
C. À tous les acteurs de la santé et aux patients
D. Uniquement dans les établissements publics de santé mentale
Question 5 / 10

L'« essentialisme » culturel dans les soins consiste à :

A. Réduire une personne à sa culture d'origine sans tenir compte de son individualité
B. Reconnaitre la diversité des pratiques culturelles
C. S'intéresser aux origines des groupes humains
D. Accepter toutes les pratiques culturelles sans critique
Question 6 / 10

L'expression de la douleur chez un patient doit être évaluée :

A. En fonction de l'intensité des pleurs et de l'expression verbale
B. Systématiquement avec l'EVA, indépendamment de l'expression culturelle
C. Uniquement si le patient se plaint spontanément
D. En tenant compte de l'origine culturelle pour ajuster l'évaluation
Question 7 / 10

Le terme « sickness » dans le modèle de Kleinman désigne :

A. La sévérité biologique de la maladie
B. La dimension sociale : comment le malade est perçu par son entourage et sa société
C. Le traitement traditionnel appliqué
D. La durée subjective de la maladie
Question 8 / 10

Pour interpréter lors d'un entretien de soin, l'infirmier doit privilégier :

A. Un membre de la famille du patient qui parle français
B. Un interprète professionnel ou un service de téléinterprétation
C. Un autre patient de la même origine
D. L'application de traduction automatique du téléphone
Question 9 / 10

Un Témoin de Jéhovah adulte conscient refuse une transfusion sanguine. L'infirmier doit :

A. Procéder sans son accord car le soin est vital
B. Respecter le refus éclairé, informer des conséquences, signaler au médecin et proposer des alternatives
C. Appeler la famille pour l'obliger à changer d'avis
D. Sortir le patient de l'établissement s'il refuse les soins
Question 10 / 10

L'effet du « migrant en bonne santé » désigne :

A. Le fait que les migrants soient génétiquement plus résistants
B. Une sélection initiale favorable à l'arrivée qui se dégrade progressivement avec la précarité
C. L'absence de maladies chroniques dans les populations migrantes
D. Le fait que les migrants ne réclament pas de soins
Gisèle Cabre - Formatrice IFSI IFAS - Arrêté du 20 février 2026

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