Domaine B - Pratiques cliniques infirmières, qualité et gestion des risques
UE B.2 « Sciences humaines et sociales »
Psychologie - Semestre 2 - Bloc 1/5
6 ECTS dont 2 ECTS cadre de consolidation - Arrêté du 20 février 2026
A
Cours
Psychologie appliquée aux soins infirmiers
1
Psychologie du développement
La psychologie du développement étudie les évolutions psychologiques de l'être humain de la naissance à la fin de vie. Comprendre ces étapes est indispensable pour adapter la communication, les soins et le projet éducatif à chaque âge de la vie.
| Stade |
Âge |
Caractéristiques clés |
Implication soignante |
| Périnatal | 0-2 ans | Attachement, sensori-moteur, confiance | Maintenir le lien parent-enfant |
| Enfance | 3-11 ans | Langage, socialisation, opérations concrètes (Piaget) | Langage adapté, présence des parents |
| Adolescence | 12-18 ans | Identité, autonomie, quête de sens | Respecter l'intimité, impliquer dans les décisions |
| Age adulte | 18-60 ans | Identité professionnelle, parentalité, projets de vie | Intégrer les rôles sociaux dans le projet de soin |
| Vieillissement | 60+ ans | Bilan de vie, perte, acceptation (Erikson) | Valoriser l'expérience, prévenir l'isolement |
Diversité des genres et sexualités - Le référentiel 2026 intègre la reconnaissance de la diversité des genres et des sexualités dans le développement psychologique, ainsi que les enjeux de stigmatisation associés. L'infirmier adopté une posture non stigmatisante à tout âge de la vie.
2
Psychologie de la santé
La psychologie de la santé étudie l'influence des facteurs psychologiques sur l'apparition, le développement et l'évolution des maladies. Elle offre des outils concrets pour comprendre les réactions des personnes soignées face à la maladie.
Santé mentale et facteurs individuels
- Locus de contrôle : sentiment de maîtriser ou non sa santé
- Estime de soi et image corporelle face à la maladie
- Représentations de la maladie (causes, durée, contrôle)
- Ressources psychologiques : optimisme, sens de cohérence
Approche centrée sur la personne (Rogers)
- Empathie : comprendre le vécu subjectif de la personne
- Congruence : authenticité du soignant
- Considération positive inconditionnelle : accueillir sans juger
- Application directe en entretien infirmier et relation d'aide
Psychobiologie - Le stress chronique modifie la réponse immunitaire (axe HPA - cortisonémie). Chez les patients atteints de maladies chroniques, l'évaluation du niveau de stress fait partie intégrante de la collecte de données.
3
Stress, coping et résilience
Le modèle transactionnel du stress (Lazarus et Folkman, 1984) distingue l'évaluation primaire (est-ce une menace ?) de l'évaluation secondaire (ai-je les ressources pour y faire face ?). Le coping désigne l'ensemble des stratégies déployées pour gérer le stress.
Stratégies de coping
Centré sur le problème : chercher des informations, planifier, agir directement sur la source de stress. Efficace quand la situation est contrôlable.
Centré sur l'émotion : réévaluation positive, recherche de soutien social, humour, détachement. Utile quand la situation n'est pas contrôlable.
Résilience
Capacité à se reconstruire après un traumatisme. Elle n'est pas une caractéristique fixée mais un processus qui mobilise des ressources internes (sens, efficacité personnelle) et externes (soutien social, tuteurs de résilience). L'infirmier peut être un tuteur de résilience.
| Comportement observé |
Type de coping probable |
Réponse infirmière adaptée |
| Patient pose beaucoup de questions | Centré problème - actif | Répondre précisément, fournir des ressources |
| Patient dit « ça ira, c'est la vie » | Centré émotion - réévaluation | Accueillir sans imposer une autre émotion |
| Patient refuse de parler de sa maladie | Evitement (coping évitant) | Respecter le rythme, ouvrir sans forcer |
4
Psychologie sociale et relation de soin
La psychologie sociale étudie l'influence du contexte social sur les comportements individuels. Dans la relation de soin, plusieurs phénomènes psychosociaux influencent la communication et la prise en charge.
| Phénomène |
Définition |
Exemple en soin |
| Stéréotype | Croyance généralisée sur un groupe | « Les personnes âgées ne comprennent pas » |
| Préjugé | Attitude négative préformée envers un groupe | Sous-évaluer la douleur d'un patient consommateur de drogues |
| Discrimination | Traitement différentiel injustifié | Soins de moindre qualité liés à l'origine du patient |
| Effet de halo | Première impression généralisée | Juger la compliance à partir de l'apparence physique |
| Conformisme | Ajuster son comportement à la norme du groupe | Ne pas signaler une erreur par crainte du regard de l'équipe |
5
Psychopathologie : du normal au pathologique
La frontière entre normal et pathologique n'est pas absolue : elle dépend du contexte culturel, de la souffrance ressentie et du retentissement fonctionnel. L'infirmier ne pose pas de diagnostic psychiatrique mais doit repérer les signes d'alerte.
Signes d'alerte à repérer
- Humeur dépressive persistante ou instabilité émotionnelle
- Anhédonie : perte d'intérêt pour les activités habituelles
- Troubles du sommeil, de l'appétit, de la concentration
- Discours désorganisé, idées de persécution
- Idées suicidaires exprimées ou allusions au décès
Rôle infirmier face aux signes d'alerte
- Observer et tracer les signes comportementaux
- Ouvrir un dialogue sans banaliser ni dramatiser
- Signaler au médecin ou à l'psychiatre selon le contexte
- Orienter vers le psychologue si disponible
- Ne jamais laisser seule une personne en crise
Référentiel 2026 - L'UE B.2 demande de mobiliser les apports des sciences sociales pour comprendre les besoins psychologiques notamment des personnes en soins palliatifs et en fin de vie. La psychopathologie donne des outils pour identifier les souffrances non verbalisées.
6
Etapes du deuil (Kübler-Ross)
Le modèle de Kübler-Ross (1969) décrit 5 étapes du deuil. Ces étapes s'appliquent à toute perte significative : décès, annonce de maladie grave, handicap acquis. Elles ne sont pas linéaires et peuvent se superposer.
1
DÉNI
« Ce n'est pas possible. » Mécanisme de protection.
2
COLÈRE
« Ce n'est pas juste. » Parfois dirigée vers les soignants.
3
MARCHANDAGE
« Si je... peut-être que... » Tenter de contrôler.
4
DÉPRESSION
Tristesse profonde, repli, prise de conscience.
5
ACCEPTATION
Paix, réintégration. N'est pas toujours atteinte.
Attention - La colère dirigée vers les soignants n'est pas un rejet personnel : c'est souvent une expression du deuil. L'infirmier qui comprend ce mécanisme peut accueillir la colère sans s'y opposer et sans se dévaluer.
B
Cas cliniques
Psychologie appliquée - 4 situations
Ces situations mobilisent les éléments de contenu de l'UE B.2 : comprendre les réactions psychologiques des personnes soignées pour adapter la communication et le projet de soins.
1
Théo, 8 ans - Développement et maladie chronique
Psychologie du développement - Adaptation de la communication
Situation - Théo, 8 ans, diabète type 1 diagnostiqué 3 mois plus tôt. Il refuse de faire lui-même ses glycémies capillaires à l'école. Sa mère est inquiète. L'infirmier scolaire propose un entretien.
Analyse développementale et réponses adaptées
Lecture développementale
A 8 ans (stade opératoire concret, Piaget), l'enfant comprend les causalités simples mais la représentation abstraite de la maladie reste difficile. Le regard des pairs est central : se piquer devant ses camarades est une source de stigmatisation ressentie.
Stratégie infirmière
Utiliser des supports visuels adaptés à l'âge. Parler avec Théo de ses peurs à l'école (pas à sa mère). Impliquer la classe avec accord (dédiaboliser le geste). Valoriser la compétence plutôt que la performance.
Point UE B.2
L'impact des dynamiques familiales (mère anxieuse) sur les comportements de santé de l'enfant est un élément de contenu explicité par le référentiel 2026.
2
Mme Perrin - Stress et coping face au cancer
Modèle transactionnel - Stratégies adaptées
Situation - Mme Perrin, 48 ans, vient de recevoir un diagnostic de cancer du sein. Elle cherche des informations sur internet pendant des heures, contacte plusieurs médecins pour des seconds avis, et demande à l'infirmier de lui expliquer chaque étape du traitement. Son mari, lui, ne veut pas en entendre parler.
| Personne | Stratégie de coping | Réponse infirmière |
| Mme Perrin | Centré problème : recherche d'informations, maîtrise active | Répondre précisément, fournir des sources fiables (Institut National du Cancer) |
| M. Perrin | Evitement : refus de l'information, protection émotionnelle | Respecter son rythme. Ne pas forcer. Lui proposer un entretien séparé. |
Résilience - L'infirmier peut être un tuteur de résilience pour Mme Perrin : présence stable, reconnaissance de ses compétences, aide à construire du sens autour de l'expérience de la maladie.
3
M. Bouchard - Deuil et accompagnement infirmier
Etapes du deuil - Colère - Posture soignante
Situation - M. Bouchard, 58 ans, hospitalisé en soins palliatifs suite à un cancer du pancréas métastatique. Il dit à l'infirmier : « C'est votre faute, si vous m'aviez détecté plus tôt, j'en serais pas là. Les médecins sont tous incompétents. »
Lecture clinique et réponse adaptée
Etape du deuil identifiée
Colère (stade 2 de Kübler-Ross). La colère est déplacée sur les soignants : elle exprime la révolte face à la mort imminente, pas un rejet personnel de l'infirmier.
Posture infirmière
Ne pas répondre à la colère par une justification défensive. Accueillir : « Je vous entends. Vous traversez quelque chose d'une violence extraordinaire. » Rester présent.
Ce qu'il faut éviter
Se défendre, quitter la chambre précipitément, minimiser la colère (« Calmez-vous »), ou promettre des explications médicales immédiates.
4
Mme Hadj - Biais psychosociaux et relation de soin
Préjugés - Discrimination - Posture professionnelle
Situation - Mme Hadj, 42 ans, originaire d'Algérie, est hospitalisée pour douleurs chroniques. L'infirmier du service dit à son collègue : « Elle exagère, ces patients-là ont toujours mal partout, c'est culturel. » Mme Hadj entend la remarque.
| Phénomène identifié | Conséquence clinique | Réponse professionnelle |
| Stéréotype ethnique | Sous-évaluation de la douleur réelle | Evaluer la douleur avec outils validés (EVA) |
| Discrimination raciale | Rupture de la confiance thérapeutique | S'excuser, reconnaitre le préjudice causé |
| Impact sur la qualité des soins | Inégalité de traitement | Signaler au cadre, analyse critique du comportement |
Référentiel 2026 - L'UE B.2 demande de comprendre le rôle des structures cognitives et psychosociales dans les comportements individuels et collectifs, dont la discrimination raciale dans les soins. Cette compétence est non négociable.
C
Quiz - 10 questions
Psychologie du développement, coping, deuil, psychosocial
Question 1 / 10
Le coping centré sur le problème consiste à :
A. Exprimer ses émotions sans chercher à résoudre
B. Agir directement sur la source de stress pour la modifier
C. Eviter de penser à la situation stressante
D. Rechercher le soutien affectif de l'entourage
Question 2 / 10
Quelle est la 2ème étape du modèle de Kübler-Ross ?
A. Dépression
B. Colère
C. Marchandage
D. Acceptation
Question 3 / 10
L'empathie selon Rogers dans l'approche centrée sur la personne est :
A. Ressentir les mêmes émotions que le patient
B. Comprendre le vécu subjectif de la personne tout en restant soi-même
C. Compatir avec la souffrance du patient
D. Donner des conseils basés sur son propre vécu
Question 4 / 10
Selon Piaget, un enfant de 8 ans se trouve dans quel stade du développement cognitif ?
A. Stade sensori-moteur
B. Stade des opérations concrètes
C. Stade des opérations formelles
D. Stade préopératoire
Question 5 / 10
Un patient qui refuse de croire son diagnostic malgré les résultats est probablement dans quelle étape du deuil ?
A. Colère
B. Déni
C. Dépression
D. Acceptation
Question 6 / 10
La discrimination dans les soins, selon le référentiel 2026, est principalement étudiée à travers quel prisme ?
A. Biologie et génétique
B. Sciences humaines et sociales : structures cognitives et psychosociales
C. Droit et législation uniquement
D. Anatomie et physiologie
Question 7 / 10
Un infirmier peut être un tuteur de résilience en :
A. Prescrivant un traitement anxiolytique
B. Offrant une présence stable, valorisant les compétences et aidant à construire du sens
C. Protégeant le patient de toute information difficile
D. Assurant l'absence totale de souffrance
Question 8 / 10
La psychobiologie étudie notamment l'impact du stress chronique sur :
A. La morphologie osseuse
B. La réponse immunitaire via l'axe HPA
C. La vitesse de conduction nerveuse uniquement
D. Le métabolisme du calcium
Question 9 / 10
L'effet de halo en psychologie sociale désigne :
A. L'influence de la lumière sur le comportement
B. La généralisation d'une première impression à l'ensemble de la personne
C. La perception de l'aura d'une personne en fin de vie
D. La projection d'émotions sur autrui
Question 10 / 10
Les étapes du deuil de Kübler-Ross s'appliquent à :
A. Uniquement au décès d'un proche
B. Toute perte significative : décès, annonce de maladie grave, handicap acquis
C. Uniquement aux patients en soins palliatifs
D. Uniquement aux personnes adultes
Gisèle Cabre - Formatrice IFSI IFAS - Arrêté du 20 février 2026
Psychologie sociale et relation de soin
La psychologie sociale étudie l'influence du contexte social sur les comportements individuels. Dans la relation de soin, plusieurs phénomènes psychosociaux influencent la communication et la prise en charge.