La loi du 4 mars 2002, le droit à l'information, le consentement libre et éclairé, les directives anticipées — les fondements juridiques du soin infirmier.
Référentiel IDE 2026Loi du 4 mars 2002Compétences C2 · C5 · C9
Plan de cours · Progression & timing
30 min
Section 1 Contexte : la loi Kouchner
30 min
Section 2 Droit à l'information
30 min
Section 3 Consentement éclairé
20 min
Section 4 Directives anticipées & personne de confiance
20 min
Section 5 Rôle infirmier & limites
30 min
Cas clinique & analyse guidée
Objectifs pédagogiques
1
Situer la loi du 4 mars 2002 dans l'évolution des droits des patients en France
2
Expliquer le contenu et les modalités du droit à l'information (art. L1111-2 CSP)
3
Définir le consentement éclairé et ses conditions de validité (art. L1111-4 CSP)
4
Décrire le dispositif des directives anticipées et le rôle de la personne de confiance
5
Identifier les obligations infirmières face au refus de soin et aux situations de vulnérabilité
6
Appliquer ces principes dans une situation clinique concrète
Section 1
La loi du 4 mars 2002 contexte et portée
Texte de référence
La loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé (dite loi Kouchner) constitue le socle législatif des droits des patients en France. Elle est codifiée aux articles L1110-1 et suivants du Code de la santé publique (CSP).
Avant 2002 : le paternalisme médical
Le médecin décidait souvent seul. Le patient était un sujet passif, rarement informé des détails de son traitement. Le consentement n'était qu'une formalité implicite.
Rupture : le patient devient acteur
La loi de 2002 consacre le patient comme sujet de droits. Elle pose l'information, le consentement et le respect de la volonté comme principes intangibles du système de soins.
Portée pour l'infirmier
L'infirmier est directement concerné : il informe, recueille le consentement, respecte le refus, protège la dignité — et engage sa responsabilité s'il ne le fait pas.
Référence juridique Art. L1110-1 CSP
« Le droit à la protection de la santé doit être mis en œuvre par tous les moyens disponibles au bénéfice de toute personne. Les professionnels, les établissements et réseaux de santé [...] contribuent [...] à garantir l'égal accès de chaque personne aux soins nécessités par son état de santé. »
Droit reconnu
Article CSP
Contenu essentiel
Droit à l'information
L1111-2
Information complète, loyale, adaptée sur l'état de santé et les soins
Consentement éclairé
L1111-4
Toute décision de soins suppose le consentement libre et éclairé du patient
Accès au dossier
L1111-7
Accès direct aux informations de santé sous 8 jours (48h si récentes)
Directives anticipées
L1111-11
Expression de la volonté du patient pour la fin de vie — s'imposent aux médecins
Personne de confiance
L1111-6
Désignée par écrit, consultée en cas d'incapacité du patient
Respect de la dignité
L1110-2
Droit au respect de la dignité tout au long des soins
Droit à la non-discrimination
L1110-3
Aucun professionnel ne peut refuser de soigner pour un motif discriminatoire
?
Section 2
Le droit à l'information (art. L1111-2 CSP)
Principe
Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. L'information est délivrée de façon loyale, claire, appropriée et intelligible. Elle porte sur les investigations, traitements, actes et alternatives thérapeutiques envisagés, ainsi que sur les risques fréquents ou graves normalement prévisibles.
✅
Ce que doit couvrir l'information
État de santé actuel du patient
Nature et objectif des soins ou actes
Alternatives thérapeutiques possibles
Risques fréquents ou graves prévisibles
Conséquences prévisibles du refus
Comment la délivrer
En langage accessible, adapté au patient
Verbalement en premier lieu
Avec une remise de documents si besoin
En présence d'un tiers si le patient le demande
Via un interprète si barrière linguistique
Le droit de ne pas savoir
Le patient peut refuser d'être informé d'un diagnostic ou d'un pronostic. Ce refus doit être respecté, sauf si des tiers sont exposés à un risque de contamination.
Qui informe ?
L'obligation d'information incombe principalement au médecin prescripteur. Cependant, l'infirmier informe le patient sur tout acte infirmier qu'il réalise (art. R4312-38 CSP — code de déontologie infirmier). Il ne substitue pas le médecin mais complète et relaye l'information dans son champ de compétence.
Preuve de l'information : la loi précise que c'est au professionnel de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée (art. L1111-2, al. 7). En pratique, la traçabilité dans le dossier patient est indispensable.
⚠️
Patients mineurs et protégés : le mineur est informé et associé aux décisions selon son degré de maturité. Ses parents ou tuteur exercent le droit. Pour les majeurs sous tutelle, le tuteur représente légalement le patient, mais son avis est sollicité autant que possible.
✍️
Section 3
Le consentement éclairé (art. L1111-4 CSP)
Définition
Le consentement est libre (sans pression) et éclairé (basé sur une information complète). Il conditionne toute intervention sur la personne. Il peut être retiré à tout moment, même en cours de soin.
1
Information préalable
Le patient reçoit une information loyale sur l'acte envisagé, ses bénéfices, ses risques et les alternatives. Sans information, le consentement n'a pas de valeur juridique.
2
Délai de réflexion
Pour les actes non urgents, un délai raisonnable doit être laissé au patient pour réfléchir. Certains actes (chirurgie notamment) imposent un délai minimal par décret.
3
Expression du consentement
En général verbal ; écrit pour certains actes spécifiques (essais cliniques, don d'organes, stérilisation). Le silence ne vaut pas consentement.
4
Traçabilité
Le consentement et la démarche d'information sont notés dans le dossier patient avec la date, le contenu de l'échange et la réaction du patient.
Le refus de soin art. L1111-4 al. 2 CSP
« Toute personne majeure peut exprimer sa volonté de refuser ou de ne pas recevoir un traitement. Le médecin a l'obligation de respecter la volonté de la personne après l'avoir informée des conséquences de ses choix et de leur gravité. »
Refus de soins : l'infirmier ne peut pas passer outre un refus éclairé d'un patient majeur, même si ce refus met sa vie en danger. La conduite à tenir : informer le médecin, tracer le refus dans le dossier, s'assurer que le patient comprend les conséquences, et assurer la continuité des soins de confort.
Situation
Règle
Conduite infirmière
Patient conscient, capable
Son consentement est requis, son refus respecté
Informer, tracer, prévenir le médecin
Urgence vitale, patient inconscient
Présomption de consentement aux soins urgents
Soins immédiats, informer la personne de confiance
Mineur
Consentement des parents/tuteur + avis du mineur
Associer l'enfant selon maturité, impliquer les parents
Majeur protégé (tutelle)
Tuteur représente légalement avis du patient recherché
Associer le patient, coordination tuteur + médecin
Refus de soins du mineur seul
Intervention possible si risque grave sans accord parental
Acte avec autre médecin, respect de la confidentialité
Section 4
Directives anticipées & personne de confiance
Loi Claeys-Leonetti 2 février 2016
La loi n° 2016-87 du 2 février 2016 a renforcé le dispositif en rendant les directives anticipées contraignantes pour les médecins (sauf urgence ou inadéquation manifeste) et en précisant les droits de la personne de confiance.
Directives anticipées (art. L1111-11 CSP)
Document écrit, daté et signé
Valables sans limite de durée (révisables à tout moment)
S'imposent aux médecins sauf situation non prévue
Concernent les soins en fin de vie uniquement
Conservées dans le DMP ou remises à un proche
Personne de confiance (art. L1111-6 CSP)
Désignée par écrit, librement révocable
Toute personne majeure (parent, ami, médecin traitant)
Consultée en cas d'incapacité du patient
Prioritaire sur la famille si pas de tuteur
Présente aux entretiens médicaux si le patient le souhaite
⚖️
Hiérarchie décisionnelle en fin de vie
1er : Directives anticipées (si elles existent)
2e : Personne de confiance
3e : Famille ou proches
4e : Décision collégiale médicale
⚖️
Rôle infirmier : l'infirmier informe le patient de son droit à rédiger des directives anticipées et à désigner une personne de confiance (à l'entrée en établissement notamment). Il ne rédige pas les directives à la place du patient mais peut l'accompagner dans la démarche.
?⚕️
Section 5
L'infirmier face aux droits des patients : rôle et limites
✅
Ce que fait l'infirmier
Informe sur tout acte infirmier (art. R4312-38)
Recueille le consentement avant chaque soin
Respecte et trace le refus de soins
Informe le patient de ses droits (directives, personne de confiance)
Protège la dignité et l'intimité
Maintient la confidentialité
Ce que ne fait pas l'infirmier
Ne passe pas outre un refus éclairé
Ne délivre pas d'information médicale à la place du médecin
Ne révèle pas le diagnostic sans accord médical
Ne soumet pas le patient à une pression pour le consentement
Ne documente pas rétroactivement un consentement
Traçabilité obligatoire
Consentement ou refus noté dans le dossier
Date, heure, contenu de l'échange
Réaction et compréhension du patient
Transmission à l'équipe
Information du médecin en cas de refus
⚠️
Situation particulière : si un patient refuse une prise en charge vitale (ex. : refus de dialyse, refus de transfusion chez un témoin de Jéhovah), l'infirmier en réfère immédiatement au médecin. Il ne décide pas seul. La procédure collégiale peut être engagée. En aucun cas il ne réalise un acte imposé contre la volonté du patient.
Cas clinique UE A.2 · Droits des patients
Mme T., 58 ans Refus de soin en service de médecine (T2)
Mme T. est hospitalisée en service de médecine interne pour décompensation de son diabète de type 2. La glycémie capillaire est à 22 mmol/L ce matin. Le médecin a prescrit une injection d'insuline rapide. Lorsque vous vous présentez avec la seringue, Mme T. refuse catégoriquement : « Je n'en veux pas. Je déteste les piqûres et personne ne m'a expliqué pourquoi c'est nécessaire. »
Contexte : Mme T. est majeure, consciente, orientée. Elle n'est sous aucune mesure de protection. Elle n'a pas désigné de personne de confiance. Aucune directive anticipée n'existe.
Questions d'analyse
Mme T. est-elle en droit de refuser cette injection ? Justifiez juridiquement.
Quelle est votre conduite immédiate face à ce refus ?
Quel manquement initial a probablement contribué à ce refus ? Comment y remédier ?
Que tracer dans le dossier patient ?
Si Mme T. perd conscience une heure plus tard, quelle est la règle applicable ?
Éléments de réponse
1. Oui art. L1111-4 CSP : toute personne majeure capable peut refuser un soin, même vital. Le respect de sa volonté est obligatoire.
2. Ne pas réaliser l'injection. Rester calme. Informer Mme T. des conséquences d'une hyperglycémie non traitée. Prévenir le médecin immédiatement. Ne pas insister de manière coercitive.
3. Le droit à l'information n'a pas été respecté en amont (art. L1111-2). Mme T. n'a pas été informée des objectifs et modalités de l'injection. Remède : reprendre l'entretien d'information, expliquer l'acte, ses bénéfices, ses risques et les alternatives.
4. Dans le dossier : date/heure, refus exprimé, contenu de l'information donnée, état clinique, transmission au médecin, suite donnée par le médecin.
5. En situation d'urgence vitale avec patient inconscient et sans directives anticipées : présomption de consentement aux soins urgents. Les soins peuvent être réalisés en attendant le rétablissement de la conscience ou la consultation d'une personne de confiance.
✅ Points clés à retenir
✓La loi du 4 mars 2002 (Kouchner) consacre le patient comme sujet de droits — information, consentement, accès au dossier, dignité.
✓Le droit à l'information (L1111-2) est opposable : c'est au professionnel de santé d'en apporter la preuve.
✓Le consentement (L1111-4) doit être libre, éclairé et révocable à tout moment — le silence ne vaut pas consentement.
✓Un refus de soin éclairé par un patient majeur capable doit être respecté, même s'il engage sa vie.
✓Les directives anticipées (loi 2016) s'imposent aux médecins en fin de vie la personne de confiance prime sur la famille.
✓L'infirmier informe et recueille le consentement pour tout acte infirmier il trace systématiquement dans le dossier patient.
✓En urgence vitale sans directives anticipées ni conscience du patient, la présomption de consentement aux soins urgents s'applique.
Continuer la formation
Retrouvez tous les modules du référentiel IDE 2026 sur le sommaire de formation.
Information, recueil du consentement, refus de soins, secret professionnel, personne de confiance. UE A.2 du référentiel IDE, Arrêté du 20 février 2026
Principes déontologiques de la profession infirmière, organisation de la profession et normes applicables. UE A.2, référentiel IDE , Arrêté du 20 février 2026.
Hiérarchie des normes, organisation juridique française, responsabilités civile, pénale et disciplinaire de l'infirmier. UE A.2, Arrêté du 20 février 2026.
Merci, votre note vient d'être comptabilisée.
Merci, mais vous avez déjà voté pour cette page, réessayez plus tard.
Vous devez être connecté pour pouvoir voter
★★★★★
Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !