Conduire un entretien d'évaluation structuré et centré sur le patient
6
Articuler les données sémiologiques dans une démarche clinique infirmière
Section 1
Qu'est-ce que la sémiologie ?
Définition
La sémiologie (du grec semeion, signe) est la science qui étudie les signes et symptômes des maladies. En soins infirmiers, elle désigne l'ensemble des méthodes permettant d'observer, recueillir et interpréter les manifestations cliniques d'un patient afin d'évaluer son état de santé.
Point clé : L'infirmier ne pose pas de diagnostic médical, mais il réalise un recueil de données sémiologiques qui alimente sa démarche clinique et les transmissions vers l'équipe pluriprofessionnelle.
Sémiologie subjective
Ce que ressent et exprime le patient : douleur, fatigue, nausées, vertiges, anxiété. Recueillie lors de l'entretien clinique.
Sémiologie objective
Ce que l'infirmier observe et mesure : constantes vitales, coloration cutanée, œdèmes, posture, signes comportementaux.
Lien avec le raisonnement
Les données sémiologiques alimentent le jugement clinique : elles permettent d'identifier les problèmes de santé et d'orienter les soins.
Section 2
Les signes cliniques
Signes fonctionnels (symptômes)
Subjectifs rapportés par le patient :
Douleur, dyspnée, nausées
Fatigue, vertiges, céphalées
Troubles du sommeil, de l'appétit
Anxiété, sensation de malaise
Signes physiques (cliniques)
Objectifs observés par l'infirmier :
Coloration : pâleur, cyanose, ictère
Œdèmes, érythèmes, lésions cutanées
Position antalgique, contracture
Déshydratation (pli cutané, muqueuses)
Signes généraux
Altération de l'état général :
Fièvre, hypothermie
Asthénie, anorexie, amaigrissement
Altération de la conscience
Désorientation, agitation
⚠️
Tout signe clinique isolé a peu de valeur. C'est leur association et leur évolution dans le temps qui donnent leur sens sémiologique. L'infirmier note systématiquement l'heure d'apparition, l'intensité et le contexte.
Section 3
Les constantes vitales
La surveillance des constantes est une mission infirmière centrale. Elle repose sur une mesure rigoureuse, une interprétation clinique et une traçabilité systématique dans le dossier patient.
Constante
Technique de mesure
Valeurs normales adulte
Alertes
Température
Tympanique, axillaire, rectale
36,5 – 37,5 °C
< 36 °C ou > 38,5 °C
Fréquence cardiaque
Pouls radial, oxymètre, monitoring
60 – 100 bpm
< 50 ou > 120 bpm
Pression artérielle
Brassard électronique, auscultation
100–140 / 60–90 mmHg
TA syst. < 90 ou > 180 mmHg
Fréquence respiratoire
Observation thoracique, 1 minute
14 – 20 cycles/min
< 10 ou > 25 cycles/min
SpO₂
Oxymètre de pouls (doigt propre, sec)
≥ 95 %
< 92 % → appel médecin
Glycémie capillaire
Autopiqueur, lecteur glycémique
0,70 – 1,10 g/L à jeun
< 0,70 ou > 2,50 g/L
Diurèse
Recueil urinaire, éprouvette graduée
800 – 1 500 mL/24 h
< 500 mL/24 h (oligurie)
Évaluation de la douleur
La douleur est une constante à part entière. Son évaluation utilise des outils validés adaptés au patient :
EVA Échelle Visuelle Analogique
Réglette avec curseur. Patient positionne entre 0 (pas de douleur) et 10 (douleur insupportable). Score ≥ 4 = douleur modérée à sévère → action requise.
EN Échelle Numérique
Le patient chiffre spontanément sa douleur de 0 à 10. Simple et rapide. Utilisée pour les adultes communicants.
Algoplus / Doloplus
Échelles comportementales pour les patients non communicants (démence, sédation). Observation de mimiques, postures, vocalisations.
Score de Glasgow — Évaluation de la conscience
Le Glasgow Coma Scale (GCS) évalue l'état de conscience sur 3 critères : ouverture des yeux (Y : 1–4), réponse verbale (V : 1–5), réponse motrice (M : 1–6). Score total : 3 à 15.
Score 15 = patient conscient et orienté | Score ≤ 8 = coma → surveillance rapprochée | Score 3 = coma profond
Section 4
Techniques d'observation clinique
1
Inspection
Observation visuelle systématique du patient : coloration, morphologie, posture, mimiques, respiration, état cutané, lésions visibles. Se pratique dans un environnement éclairé, avec le respect de la pudeur du patient.
2
Palpation (rôle infirmier)
L'infirmier réalise des palpations ciblées dans son champ de compétences : recherche d'œdèmes (godet), évaluation des pouls périphériques, palpation de la région sus-pubienne (globe vésical), évaluation du trophisme cutané.
3
Auscultation (rôle infirmier)
Auscultation des bruits respiratoires (sibilants, crépitants), bruits intestinaux (auscultation abdominale pour vérifier le retour du transit post-opératoire), contrôle de la sonde naso-gastrique. L'infirmier signale toute anomalie au médecin.
4
Entretien clinique structuré
Échange avec le patient : accueil, questions ouvertes ("Comment vous sentez-vous ?"), puis ciblées ("Depuis quand ? Où exactement ?"), reformulation, écoute active. Recueil des antécédents, des traitements en cours, des allergies et des habitudes de vie.
L'entretien clinique n'est pas un interrogatoire. Il s'inscrit dans une relation de confiance. L'infirmier adopte une posture ouverte, maintient un contact visuel bienveillant et reformule pour valider sa compréhension.
Section 5
Application clinique
Cas clinique Situation simple (Typologies 1 & 4)
Madame R., 72 ans, résidente en EHPAD
Mme R. est retrouvée par l'aide-soignante dans sa chambre, assise dans son fauteuil, plus silencieuse qu'à l'habitude. Elle dit avoir "un peu chaud" et ne pas avoir mangé ce matin. Elle est connue pour une insuffisance cardiaque modérée traitée par furosémide et ramipril.
Ce que vous observez : visage légèrement rougi, peau chaude et sèche, lèvres sèches, regard un peu terne. Elle répond à vos questions mais semble fatiguée. Elle porte ses chaussons habituels mais vous remarquez que ses chevilles sont légèrement gonflées.
Questions pour guider votre raisonnement :
Listez les signes fonctionnels et physiques que vous identifiez dans cette situation.
Quelles constantes vitales allez-vous mesurer en priorité et pourquoi ?
Quel outil d'évaluation complémentaire pourriez-vous utiliser pour Mme R. ?
Quelles données devez-vous transmettre immédiatement à l'équipe médicale ?
Points clés à retenir
✓
La sémiologie infirmière associe données subjectives (patient) et objectives (observation/mesure) pour construire une évaluation clinique complète.
✓
Les constantes vitales sont mesurées avec une technique rigoureuse et interprétées dans leur ensemble, pas isolément.
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La douleur est une constante à évaluer systématiquement avec un outil validé adapté au patient (communicant ou non).
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L'entretien clinique est une compétence relationnelle et technique qui s'apprend et se structure.
✓
Toute donnée sémiologique doit être tracée dans le dossier patient avec heure, valeur et contexte.
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Un signe isolé a peu de valeur : c'est la cohérence des données et leur évolution qui guident le raisonnement clinique.
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