Bien que souvent confondus, les termes "signe" et "symptôme" ont des significations distinctes en médecine. Cette distinction est fondamentale pour l'aide-soignant(e) qui doit savoir ce qu'il (elle) observe, ce que le patient ressent, et comment le transmettre correctement à l'infirmier(ère). Ce cours s'inscrit dans le Bloc 1 du DEAS : évaluation de l'état clinique d'une personne.
1 Définitions : signe et symptôme
▼
Le signe
Manifestation objective et observable d'une maladie
Peut être détecté et mesuré par un soignant ou un appareil
Visible par une personne autre que le patient
Exemples : fièvre 39°C, TA 180/110, éruption cutanée visible, oedème de la jambe
Le symptôme
Manifestation subjective ressentie par le patient
Ne peut être connu que si le patient le décrit
Non mesurable directement par le soignant
Exemples : douleur, nausées, fatigue, mal de tête, vertiges
La différence clé : c'est qui observe l'effet qui détermine si c'est un signe ou un symptôme.
Exemple : une éruption cutanée peut être...
SymptômeSi c'est le patient qui remarque l'éruption lui-même
SigneSi c'est le soignant, l'infirmier(ère) ou le médecin qui la constate lors d'une observation
Les deuxSi le patient ET le soignant la remarquent, elle est à la fois signe et symptôme
Pour l'aide-soignant(e) : les signes sont ce que vous observez lors de la toilette, du soin ou de la surveillance. Les symptômes sont ce que le patient vous décrit. Les deux doivent être transmis à l'infirmier(ère).
2 Les types de symptômes
▼
On distingue trois grands types de symptômes selon leur évolution dans le temps :
Symptômes de rémission
Symptômes qui s'améliorent ou disparaissent spontanément, avec ou sans traitement.
Ex. : symptômes d'un rhume qui disparaissent en quelques jours
Symptômes chroniques
Symptômes persistants ou récurrents, liés à une maladie installée dans la durée.
Ex. : douleurs articulaires de l'arthrose, essoufflement de la BPCO, soif du diabète
Symptômes récurrents
Symptômes apparus dans le passé, résolus, puis réapparus après une période sans symptômes.
Ex. : épisodes dépressifs, crises d'asthme, rechutes de sclérose en plaques
Les maladies asymptomatiques
Certaines maladies ne présentent aucun symptôme pendant des années. On parle de maladies asymptomatiques. Elles peuvent néanmoins être graves.
Hypertension artérielle : appelée "tueur silencieux", elle peut rester ignorée pendant des décennies
Diabète de type 2 : souvent découvert fortuitement lors d'un bilan de santé
Cancers à début silencieux : cancer de la prostate, cancer colorectal aux premiers stades
Infections subcliniques : VIH, hépatite B/C, HPV, VHS peuvent être transmises sans que le porteur présente de symptômes
Une maladie sans symptôme n'est pas une maladie bénigne. L'absence de symptômes ne signifie pas l'absence de maladie. C'est pourquoi les dépistages réguliers sont essentiels.
3 Les types de signes médicaux
▼
Les signes médicaux se classent en quatre catégories selon ce qu'ils indiquent :
Signes pronostiques
Indiquent l'évolution probable de la maladie et la gravité attendue pour le patient.
Ex. : tachycardie persistante après un infarctus comme signe de mauvais pronostic
Signes anamnestiques
Traces visibles d'une maladie ou d'un événement passé dans les antécédents du patient.
Ex. : cicatrices cutanées d'une ancienne acné sévère, tatouages d'un dépistage de radiochimiothérapie
Signes diagnostiques
Aident à identifier une maladie en cours. Ce sont les plus utilisés en clinique.
Ex. : taux de PSA élevé pour le cancer de la prostate, rougeur non blanchissante pour une escarre stade 1
Signes pathognomoniques
Signe spécifique à une seule maladie, permettant un diagnostic de certitude.
Ex. : présence de Mycobacterium tuberculosis dans les expectorations = tuberculose certaine
En EHPAD et en service de soins, l'aide-soignant(e) est le plus souvent confronté(e) aux signes diagnostiques : rougeur de la peau, oedème, changement de comportement, fièvre... Ces signes observés lors des soins sont essentiels pour déclencher une évaluation médicale.
4 Histoire et outils d'identification des signes
▼
L'identification des signes médicaux a considérablement évolué au fil des siècles. La technologie a donné aux cliniciens des outils permettant de détecter des signes invisibles à l'oeil nu.
Repères historiques
Antiquité : Hippocrate évaluait l'état du patient en observant l'urine, la peau, la respiration
1674 : Antony van Leeuwenhoek invente le microscope, permettant d'identifier des signes microscopiques (bactéries, cellules anormales)
XIXe siècle : développement des premiers instruments de mesure (stéthoscope 1816, sphygmomanomètre 1881)
Marqueurs inflammatoires, infections, fonction rénale, hépatique
5 Rôle de l'aide-soignant(e) dans l'observation
▼
L'aide-soignant(e) est l'un des premiers professionnels à détecter les signes d'aggravation ou d'amélioration de l'état d'un patient. Ce rôle d'observateur est reconnu dans le référentiel DEAS.
Observer et recueillir les signes objectifs lors de la toilette, du soin ou du repas (couleur de la peau, comportement, mobilité, appétit)
Ecouter et recueillir les symptômes subjectifs que le patient exprime (douleur, fatigue, vertiges, nausées)
Utiliser les outils de surveillance à sa disposition : thermomètre, mesure du pouls, surveillance du transit et de la diurèse
Comparer l'état actuel à l'état habituel du patient (et non à une norme abstraite)
Transmettre les observations à l'infirmier(ère) de façon précise : quand, où, comment, depuis combien de temps
Assurer la traçabilité dans le dossier de soin selon le protocole de l'établissement
S - Situation : "M. Dupont présente une rougeur non blanchissante au sacrum depuis ce matin." B - Background : "Il est alité depuis 5 jours suite à une fracture du col. Son matelas anti-escarre a été mis en place hier." A - Assessment : "La zone est chaude et le patient signale une douleur locale. Je suspecte une escarre stade 1." R - Recommendation : "Pouvez-vous venir évaluer la lésion pour adapter la prise en charge ?"
Tout signe nouveau, inhabituel ou s'aggravant rapidement doit être signalé immédiatement à l'infirmier(ère), sans attendre la prochaine transmission orale.
Références
▼
Weatherspoon D, Felman A (2018) "Signs and Symptoms" - Medical News Today
HAS : Recommandations sur l'observation et la surveillance clinique (2023)
Arrêté du 10 juin 2021 relatif à la formation DEAS : Bloc 1, évaluation de l'état clinique
Institut National du Cancer : dépistage des cancers asymptomatiques (2024)
Les situations cliniques corrigées, QCM, exercices corrigés et analyses de pratique sont disponibles dans le programme complet.
Vous lisez la version gratuite de ce contenu.
Le programme complet DEAS avec Gisèle Cabre comprend les 10 modules, les fiches mémo complètes, les QCM, les cas cliniques corrigés, les raisonnements cliniques et les analyses de pratique. Accès immédiat, inscription automatisée 24h/24 - 7j/7.