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Étudiants IDE-AS-AES Pour les étudiants infirmier, aide soignant et AES

Gestion et évaluation de la douleur DEAS

Gestion et évaluation de la douleur

La douleur est un symptôme central dans tous les services de soins. L'aide-soignant(e), présent(e) au plus près du patient, joue un rôle clé dans son repérage, son évaluation et sa transmission à l'infirmier(ère). Ce cours s'inscrit dans le programme DEAS - Blocs 1 et 2 (évaluation clinique et soins adaptés).

1. Définition de la douleur

"La douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, liée à une lésion tissulaire existante ou potentielle, ou décrite en termes évoquant une telle lésion."
International Association for the Study of Pain (IASP) - Définition révisée en 2020 : ajout de la dimension personnelle et subjective de l'expérience douloureuse.
Ce que dit la loi

La prise en charge de la douleur est un droit fondamental du patient (loi du 4 mars 2002). Tout professionnel de santé a l'obligation d'évaluer, de prévenir et de traiter la douleur. Tout résident ou patient qui dit avoir mal, a mal : sa parole est la première source d'évaluation.

Les deux grands types de douleur
  • Douleur aiguë : signal d'alarme, récente, de cause identifiable. Elle cède avec le traitement de la cause. Ex. : douleur post-opératoire, fracture.
  • Douleur chronique : douleur persistant au-delà de 3 mois, qui s'inscrit dans la durée et retentit sur la qualité de vie. Elle nécessite une prise en charge globale.

2. Retentissements de la douleur sur l'organisme

Une douleur non traitée entraîne des conséquences sur tous les systèmes de l'organisme. L'aide-soignant(e) doit les connaître pour alerter à temps.

Système respiratoire
Encombrement bronchique, polypnée (respiration rapide et superficielle)
Système cardio-vasculaire
Tachycardie, hypertension artérielle, augmentation du débit cardiaque
Système hormonal
Libération d'hormones de stress (cortisol, adrénaline), hyperglycémie
Système neurovégétatif
Malaise vagal : bradycardie, hypotension, nausées, vomissements, tremblements
Cortex (cerveau)
Troubles du sommeil, anxiété, état dépressif, troubles de la concentration
Système digestif
Constipation, anorexie, nausées
Complications du décubitus
L'immobilisation liée à la douleur favorise : escarres, phlébites, fonte musculaire, pneumonie

3. Pourquoi évaluer la douleur ?

  • 1 Identifier les patients douloureux, y compris ceux qui ne peuvent pas l'exprimer verbalement
  • 2 Faciliter la prise de décision médicale pour adapter le traitement antalgique
  • 3 Contrôler l'efficacité du traitement mis en place (réévaluation)
  • 4 Améliorer la communication entre le patient et l'équipe soignante
  • 5 Assurer la traçabilité dans le dossier de soin pour la continuité des soins
L'évaluation de la douleur est une obligation réglementaire (loi 2002 et circulaire DHOS 2002). Elle doit être tracée dans le dossier de soin à chaque évaluation, avec l'heure, l'échelle utilisée et le score obtenu.

4. Prendre en compte le phénomène douloureux

Avant d'évaluer avec une échelle, il faut explorer la douleur avec le patient :

  • Localisation : où a-t-il mal ? La douleur est-elle localisée ou diffuse ? Irradie-t-elle ?
  • Durée : depuis combien de temps ? Permanente ou par crises ? Présente la nuit ?
  • Caractère : brûlure, coup de couteau, pression, décharge électrique ?
  • Facteurs déclenchants : à l'effort, au repos, lors des soins, au mouvement ?
  • Facteurs soulageants : position, chaleur, médicament ?
  • Retentissements : sur le sommeil, l'appétit, le moral, l'autonomie ?
  • Intensité : utiliser une échelle validée (voir bloc suivant)

5. Les échelles d'évaluation de la douleur

Le choix de l'échelle dépend de la capacité du patient à communiquer et du type de douleur.

Echelles d'auto-évaluation (patient communicant)
Echelle Type Description Score seuil de traitement
EVA
Echelle Visuelle Analogique
Auto-éval. Réglette avec un curseur mobile : le patient positionne le curseur entre "pas de douleur" et "douleur maximale". Score de 0 à 100 mm lu par le soignant au dos. ≥ 30 mm : douleur modérée à sévère
EN
Echelle Numérique
Auto-éval. Le patient donne un chiffre de 0 (pas de douleur) à 10 (douleur maximale). Peut se faire oralement. Plus simple que l'EVA. ≥ 4/10 : intervention requise
EVS
Echelle Verbale Simple
Auto-éval. 4 niveaux : Absente / Faible / Modérée / Intense / Extrêmement intense. Adaptée aux personnes âgées ou ayant du mal avec les chiffres. Modérée ou plus
Echelles d'hétéro-évaluation (patient non communicant ou troubles cognitifs)
Echelle Type Pour qui ? Score seuil
Algoplus Hétéro-éval. Personne âgée communicante ou non communicante. Douleur aiguë. Utilisation en moins d'1 minute. 5 items comportementaux observés. ≥ 2/5 : douleur présente, traitement requis
Doloplus Hétéro-éval. Personne âgée avec troubles de la communication verbale. Douleur chronique. 10 items en 3 dimensions (somatique, psychomotrice, psychosociale). ≥ 5/30 : douleur présente
ECPA Hétéro-éval. Personne âgée avec troubles cognitifs sévères. Evaluation avant et pendant les soins. 8 items. ≥ 4/32 : douleur présente
L'échelle Algoplus observe 5 domaines comportementaux : le visage (grimace, crispation), le regard (fixe, larmoyant), les plaintes verbales ou sonores, la position corporelle et le comportement général. Elle est réalisable par tout soignant formé, y compris les aides-soignant(e)s.

6. Quel outil choisir ? Arbre décisionnel simplifié

Communicant Le patient peut s'exprimer et n'a pas de troubles cognitifs majeurs. Utiliser EVA, EN ou EVS.
Non communicant Personne âgée avec troubles cognitifs ou de la parole, douleur chronique. Utiliser Doloplus ou ECPA.
Douleur aiguë Personne âgée, douleur lors d'un soin ou d'un acte, quelle que soit la capacité à communiquer. Utiliser Algoplus. Si Algoplus < 2 mais douleur suspectée, compléter avec Doloplus.

Source : algorithme décisionnel du groupe Doloplus (2016, JAGS). Valide en 2025.

7. Comment bien évaluer la douleur ?

  • Croire a priori le patient : lui montrer qu'on le croit ("Je vous entends, je note votre douleur")
  • Bien définir quelle douleur on évalue (s'il en a plusieurs, évaluer séparément)
  • Choisir la bonne échelle en fonction de la capacité de communication du patient
  • Evaluer l'intensité au repos et lors des soins (les deux peuvent différer)
  • Répéter les évaluations dans le temps pour suivre l'évolution et l'efficacité du traitement
  • Tracer dans le dossier de soin : heure, échelle utilisée, score, contexte
  • Transmettre immédiatement à l'infirmier(ère) tout score atteignant le seuil de traitement
Une douleur intense ou soudaine non expliquée (score EVA ≥ 7/10 ou EN ≥ 7, ou Algoplus ≥ 4/5) est une urgence. Appeler l'infirmier(ère) immédiatement et ne pas laisser le patient seul.

8. Le rôle spécifique de l'aide-soignant(e)

L'aide-soignant(e) n'administre pas le traitement antalgique (rôle infirmier), mais son rôle est central dans :

  • L'observation : repérer les signes non verbaux de douleur lors des soins de nursing et des changes
  • L'évaluation : utiliser les échelles Algoplus, Doloplus ou EVA selon la situation
  • La transmission : rapporter à l'infirmier(ère) tout changement, avec le score d'évaluation
  • Les mesures de confort : repositionnement, application de chaud/froid sur prescription, présence rassurante
  • La traçabilité : noter dans le dossier de soin et les transmissions
L'aide-soignant(e) qui connaît le patient au quotidien est le professionnel le mieux placé pour détecter un changement de comportement lié à la douleur. Son observation est précieuse, notamment chez les personnes atteintes de démence.

Références

  • IASP (International Association for the Study of Pain) : définition révisée de la douleur, 2020
  • Loi n°2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades : droit à la prise en charge de la douleur
  • HAS : Evaluation et prise en charge thérapeutique de la douleur chez les personnes âgées (recommandations actualisées 2023)
  • Groupe Doloplus : arbre décisionnel de choix des échelles (Martin et al., JAGS 2016)
  • ANSM : recommandations sur les antalgiques paliers 1, 2 et 3 (2024)
  • Arrêté du 10 juin 2021 relatif à la formation DEAS : Blocs 1 et 2
Gisèle Cabre - Formatrice IFSI IFAS

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Par sultan julien

Formaeur IFSI

Rédaction soignant en EHPAD .fr

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Paramètres vitaux et signes d'aggravation Maladie d'Alzheimer : cours et exercice
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Maladies aiguës : infarctus, AVC, détresse respiratoire Anatomie et physiologie module 3 DEAS
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