Partie 1 – Urgence Mémo 1 / IFAS · IFSI · VAE Art. R.4311-14 CSP Glasgow · FAST · PLS
Ce que tu vas savoir faire après ce mémo
- Définir ce qu'est une urgence vitale et poser un diagnostic rapide
- Évaluer la respiration, la conscience et la circulation en moins d'une minute
- Appliquer la conduite à tenir (CAT) adaptée à chaque situation
- Alerter de façon structurée et efficace
- Connaître le cadre législatif infirmier en situation d'urgence
Il est 6h45. Tu prends ta garde en EHPAD. En passant dans le couloir, tu entends un bruit sourd. Tu entres dans la chambre de M. Ahmed, 78 ans, et tu le trouves au sol, inconscient. Tu appelles son prénom : pas de réponse. Tu regardes sa poitrine : elle ne se soulève pas.
Que fais-tu dans les 30 prochaines secondes ? Dans quel ordre ? As-tu besoin d'un médecin pour agir ?
La réponse est dans ce mémo. Et elle peut, littéralement, sauver une vie.
I. Définition et cadre législatif
Une urgence vitale est une situation dans laquelle le pronostic vital du patient est engagé et qui nécessite une prise en charge rapide et immédiate. Le diagnostic repose souvent sur des gestes simples et efficaces.
En stage, l'IDE doit…
- Reconnaître une situation d'urgence vitale de façon autonome
- Mettre en place des protocoles de soins d'urgence en l'absence du médecin (art. R.4311-14)
- Accomplir les actes conservatoires nécessaires jusqu'à l'arrivée du médecin
- Rédiger un compte rendu écrit, daté et signé, remis au médecin
Point de vigilance – Cadre législatif
L'IDE ne peut pas se reposer sur l'absence du médecin pour ne rien faire. L'article R.4311-14 lui donne expressément le droit et le devoir d'agir. Ne pas agir engage sa responsabilité professionnelle.
Question d'examen possible
Quel article du Code de la santé publique autorise l'IDE à mettre en place des protocoles d'urgence en l'absence du médecin ?
Réponse : Article R.4311-14 – Décret 2004-802 du 29 juillet 2004.
II. Poser le diagnostic en 3 axes
Le diagnostic d'urgence vitale est rapide. Il repose sur trois axes d'évaluation à réaliser dans les premières secondes :
| Respiratoire |
Cardiologique |
Neurologique |
| Respire-t-il ? De façon adaptée ou non ? |
Présence d'un pouls, oui ou non ? |
Conscient ou inconscient ? |
En EHPAD et chez la personne âgée
Les signes d'urgence vitale peuvent être atypiques : confusion soudaine, agitation inhabituelle, chute inexpliquée, désaturation silencieuse. La vigilance de l'IDE est ici encore plus déterminante.
A. Évaluation de la respiration
Signes cliniques à rechercher
- Fréquence respiratoire sur une minute
- Cyanose, pâleur, sueurs
- Difficulté à parler, dyspnée
- Tachypnée ou bradypnée
- Tirage (muscles accessoires), battements des ailes du nez
- Somnolence
Signes paracliniques à surveiller
- Saturation en O₂ à l'air ambiant avant mise sous oxygène
- Fréquence cardiaque et pression artérielle non invasive (PNI)
- Vérification que les anomalies ne sont pas techniques (capteur mal placé, mauvais branchement, déplacement de sonde)
- ETCO₂ si patient intubé
Ce que tu dois vérifier en pratique
Avant de paniquer pour une saturation basse, vérifie toujours : le capteur est-il bien posé ? La sonde d'O₂ est-elle connectée ? Une erreur technique est une cause fréquente de fausse alerte.
Conduite à tenir
Patient non intubé
- Installer en position demi-assise
- Desserrer les vêtements : règle des 3 C (Col, Cravate, Ceinture)
- Rassurer le patient
- Obstruction partielle : position demi-assise + O₂ masque haute concentration
- Obstruction totale (ne tousse pas, ne parle pas, détresse, cyanose) : 5 claques dans le dos entre les omoplates, puis manœuvre d'Heimlich. Recommencer si inefficace
Patient intubé
- Aspiration trachéale
- Mettre sous FiO₂ à 100 %
- Vérifier la bonne position de la sonde d'intubation
- Vérifier l'absence de panne technique
Point de vigilance clinique
Un patient en obstruction partielle peut évoluer rapidement vers une obstruction totale et un arrêt cardiaque. L'examen clinique rapide est plus précieux que les chiffres du scope seuls.
B. Évaluation de la conscience
Trois questions simples à poser au patient :
| 1 |
« Vous m'entendez ? » |
| 2 |
« Serrez-moi les mains ! » |
| 3 |
« Ouvrez les yeux ! » |
Score de Glasgow
Utilisé à l'origine pour les traumatismes crâniens, ce score est aujourd'hui utilisé dans toutes les situations de trouble de conscience. Il est coté de 3 (minimum) à 15 (maximum).
| Ouverture des yeux (Y) |
Réponse verbale (V) |
Réponse motrice (M) |
| 4 – Spontanée |
5 – Orientée |
6 – Obéit à la demande verbale |
| 3 – À la demande |
4 – Confuse |
5 – Orientée à la douleur |
| 2 – À la douleur |
3 – Inappropriée |
4 – Évitement non adapté |
| 1 – Aucune |
2 – Incompréhensible |
3 – Flexion à la douleur |
| — |
1 – Aucune |
2 – Extension à la douleur |
| — |
— |
1 – Aucune |
Ce que tu dois surveiller en pratique
- Faire une glycémie capillaire en urgence (+++)
- Effectuer un bilan lésionnel rapide : motricité des 4 membres
- Utiliser l'échelle FAST (Face, Arm, Speech, Time) si suspicion d'AVC
- Examiner les pupilles : myosis, mydriase, anisocorie
- Noter l'heure exacte d'une perte de conscience
Chez la personne âgée en EHPAD
Une confusion aiguë, une désorientation soudaine ou un comportement inhabituel peuvent être les seuls signes d'une urgence vitale. Ne pas les minimiser. Ils peuvent précéder une chute hémodynamique.
Conduite à tenir
Si le patient respire : le mettre en Position Latérale de Sécurité (PLS) et placer sous oxygène en fonction de la saturation.
Ce qui peut tomber au partiel / à l'oral
- Décrire les 3 étapes d'évaluation d'une urgence vitale
- Expliquer et coter le score de Glasgow
- Donner la CAT face à un trouble de conscience avec respiration conservée
- Citer 3 signes d'obstruction totale des voies aériennes
C. Évaluation circulatoire
Signes cliniques à rechercher
- Pouls : carotidien, fémoral ou radial
- Tachycardie ou bradycardie
- Douleur thoracique
- Coloration : pâleur, marbrures (genoux)
- Sueurs
- Troubles de la conscience
Signes paracliniques
- Mettre un scope en urgence
- Mesurer la pression artérielle
- Mesurer la saturation
- Faire un HEMOCUE (hémoglobine capillaire)
Conduite à tenir
- Patient hypotendu : surélever les jambes
- Poser une voie veineuse (sérum physiologique)
- Mettre sous oxygène en fonction de la saturation
Point de vigilance clinique
Les marbrures au niveau des genoux sont un signe précoce et souvent méconnu d'état de choc. Penser à toujours inspecter les genoux dans le bilan circulatoire.
En service hospitalier et en post-opératoire
En post-opératoire, une hypotension associée à une tachycardie évoque en premier lieu une hémorragie interne. La surveillance des paramètres vitaux toutes les 30 minutes dans les premières heures post-op n'est pas facultative.
III. Alerter : le point clé
Alerter, c'est permettre à la victime de bénéficier des soins médicalisés le plus rapidement possible. C'est un acte infirmier à part entière.
Structure d'un appel d'alerte efficace
- Lieu : bâtiment, étage, service, accès
- Motif : bilan clinique rapide (qu'a-t-il/elle ? que s'est-il passé ?)
- Gestes entrepris : ce que tu as déjà fait
- Constantes : PA, FC, FR, SpO₂, Glasgow
- Contact : numéro de poste ou de téléphone
- Toujours attendre qu'on te demande de raccrocher
Point de vigilance
L'alerte ne se fait pas après avoir tout tenté seul. Elle est déclenchée dès que le pronostic vital est potentiellement engagé, en parallèle de la mise en place des premiers gestes conservatoires.
Question type jury oral
« Vous êtes IDE de nuit en EHPAD. Vous entrez dans une chambre et trouvez un résident inconscient. Décrivez les 5 premières minutes de prise en charge. »
Pense à structurer ta réponse : évaluation (3 axes) → alerter → gestes conservatoires → trace écrite.
Synthèse opérationnelle
À la fin de ce mémo, tu sais maintenant…
- Définir une urgence vitale et poser un diagnostic en 3 axes (respiratoire, cardiologique, neurologique)
- Évaluer la respiration cliniquement et paracliniquement
- Coter le score de Glasgow de 3 à 15
- Appliquer la CAT face à un trouble de conscience, une obstruction des VA, une hypotension
- Alerter de façon structurée : lieu, motif, gestes, constantes, contact
- Citer le cadre législatif qui autorise l'IDE à agir en l'absence du médecin (art. R.4311-14)
À retenir – Les 3 règles d'or
- Évaluer vite : respiration, conscience, circulation
- Alerter sans attendre : ne jamais gérer seul une urgence vitale
- Tracer : tout acte posé doit être consigné dans le dossier, daté et signé