Module 6 DEAS - Exemple complet avec tableau d'analyse - Mme P. (Jeanine), 97 ans, EHPAD Savoie
Gisèle Cabre - Formatrice IFSI IFAS Cette situation est l'une des plus riches du programme. Elle mobilise l'écoute active, la relation d'aide de Carl Rogers, la congruence, la communication non verbale et l'adaptation créative du soin. Elle montre comment une stagiaire peut faire preuve d'une vraie posture soignante. La méthodologie peut être adaptée à la trame de ton IFAS - je t'accompagne.
1. Introduction
Je m'appelle Marie-Pierre, j'ai 43 ans, je suis élève aide-soignante en 2e stage dans un EHPAD en Savoie. Depuis 3 semaines, je prends soin de Mme P., 97 ans, veuve, très entourée de sa famille. Ce matin, je la trouve sans son sourire habituel, le regard fuyant. J'ai choisi cette situation car elle m'a permis de me positionner dans une vraie relation d'aide et de découvrir comment adapter un soin au vécu émotionnel de la personne.
2. Description de la situation
En entrant dans sa chambre, j'aperçois une larme sur la joue de Mme P. Elle me dit :
"J'en ai marre, je veux rejoindre mon mari, je veux retrouver mon Léon."
Sans bruit, j'approche une chaise, je m'assieds. Je prends sa main dans la mienne et lui dis que la toilette peut attendre. Je me place à distance intime, je la regarde, je l'écoute sans répondre verbalement - juste en hochant la tête ou en serrant sa main plus fort. Je ne juge pas. Le soleil a eu le temps de dépasser la cime des arbres quand elle finit de se confier.
Quand je reviens pour la toilette, Mme P. est souriante. Elle plaisante : "on va au Revard ?" - elle adore la montagne. Je saisis l'occasion. Pendant toute la toilette, je transforme chaque geste en scène de randonnée : l'arthrose devient un sac à dos, le gant de toilette des feuilles qui chatouillent, l'eau du bassin le ruisseau de montagne. Mme P. entre dans le jeu, participe, chante. En fin de soin, elle me prend la main et me dit :
"S'il vous plait Marie-Pierre, maintenant j'aimerais vraiment que vous m'appeliez Jeanine."
3. Analyse et conclusion
En rentrant, j'analyse cette matinée. J'ai pratiqué une écoute active authentique - sans jugement, sans chercher à influencer. En entrant dans sa tristesse, j'ai frôlé la sympathie, mais j'ai su me reprendre et faire preuve d'empathie. La toilette imaginaire était un soin relationnel : j'ai utilisé la mémoire émotionnelle de Mme P. pour lui redonner du bien-être pendant un soin physique. C'est ce que Carl Rogers appelle une relation centrée sur la personne. Je pars de ce stage avec la certitude que je veux prendre soin.