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Risque de chute : diagnostic infirmier, facteurs de risque, tests d’équilibre et prévention
Risque de chute
Risque de chute : comprendre et poser le diagnostic infirmier
En bref : le risque de chute est une sensibilité accrue aux chutes, qui peuvent causer des dommages physiques. Chez les personnes de 65 ans et plus, la chute est la première cause de décès accidentel : fracture du col du fémur, traumatisme crânien, plaies, mais aussi peur de retomber, perte de confiance et de mobilité, parfois rupture dans la vie de la personne. Une chute n'est jamais « un simple accident » : elle a presque toujours plusieurs causes que l'on peut repérer et corriger. Le soignant évalue le risque, aménage l'environnement, soutient la marche et l'équilibre, revoit les médicaments avec l'équipe et sait quoi faire après une chute.
1. Définition du diagnostic infirmier
Le diagnostic infirmier risque de chute décrit une susceptibilité accrue aux chutes pouvant causer un dommage physique. C'est un diagnostic de risque : la personne n'est pas encore tombée (ou ne tombe pas de façon répétée), mais plusieurs facteurs la menacent.
Le risque de se blesser en tombant dépend de la fragilité de la personne et des dangers de l'environnement. La fréquence des chutes est liée à l'effet cumulé de plusieurs troubles qui s'ajoutent aux changements dus à l'âge. Il s'agit d'un sujet de santé publique : selon Santé publique France, plus de 20 000 personnes de 65 ans et plus sont décédées en lien avec une chute en 2024, et environ 175 000 ont été hospitalisées. Environ une personne sur cinq de plus de 65 ans chute chaque année, et les chutes sont plus fréquentes encore en établissement. Un plan national antichute a été lancé en France en 2022.
Il est proche du diagnostic « risque de blessure », qui englobe aussi les brûlures, les coupures ou la contention : le risque de chute est la forme la plus fréquente et la plus grave.
Les conséquences d'une chute
- physiques : fractures (col du fémur, poignet, vertèbres, bassin), traumatisme crânien, plaies, hématomes, luxations
- liées au temps passé au sol : douleur, déshydratation, refroidissement, escarre, lésions des muscles
- psychologiques : peur de retomber, perte de confiance, repli, dépression
- fonctionnelles : réduction des activités, immobilité, perte d'autonomie, syndrome post-chute (la personne n'ose plus se lever ni marcher)
- sociales et de soins : hospitalisation prolongée, entrée en institution, aggravation de la dépendance
Plus de 90 % des fractures de la hanche viennent d'une chute, la plupart chez des personnes de plus de 70 ans. La qualité de vie est profondément modifiée après une chute avec blessure.
Facteurs intrinsèques et extrinsèques : comment les classer ?
| Type | Origine | Exemples |
|---|---|---|
| Intrinsèques | La personne | Faiblesse musculaire, équilibre altéré, vue, audition, cognition, maladies, médicaments, peur de tomber |
| Extrinsèques | L'environnement et le matériel | Sols glissants, tapis, éclairage, chaussures, lit trop haut, aides à la marche mal adaptées |
| Situationnels | Le moment et l'activité | Lever nocturne, aller aux toilettes, précipitation, toilette, après un repas, changement d'environnement |
La plupart des chutes de la personne âgée viennent de l'association de plusieurs facteurs.
2. Facteurs de risque
Facteurs liés à la personne : santé, mobilité, sens
- âge avancé (surtout 65 ans et plus, et encore plus après 80 ans), vivre seul
- antécédent de chute dans les 6 à 12 derniers mois
- faiblesse musculaire (sarcopénie), diminution de la force des jambes, équilibre altéré, démarche instable, fatigue
- mobilité physique réduite, mode de vie sédentaire, alitement prolongé
- problèmes de vue (cataracte, glaucome, lunettes inadaptées) ou d'audition, perte de sensibilité des pieds
- vertiges, malaise ou syncope, hypotension orthostatique, troubles du rythme du cœur, hypoxie
- maladies neurologiques : maladie de Parkinson, AVC, neuropathie diabétique, démences
- arthrose et arthrite, douleurs, déformations des pieds, perte d'un membre
- incontinence urinaire ou fécale, envies pressantes, nycturie
- carence en vitamine D, anémie, dénutrition, déshydratation, maladie aiguë, infection
- insomnie, dépression, anxiété, peur de tomber
Facteurs cognitifs et liés aux traitements
- confusion, délire, démence, jugement altéré, méconnaissance des dangers, comportements à risque
- utilisation inadaptée des aides à la marche (canne, déambulateur, fauteuil roulant, béquilles)
- dispositifs d'attache : perfusion, sonde urinaire, contention, câbles
- polymédication (4 médicaments ou plus) et surtout médicaments qui agissent sur la tension et la conscience : antihypertenseurs, inhibiteurs de l'enzyme de conversion, diurétiques, antidépresseurs, anxiolytiques, somnifères, neuroleptiques, opiacés, alcool
- période postopératoire
Facteurs liés à l'environnement et à l'organisation
- pièce peu éclairée ou peu familière, changement d'environnement (arrivée en EHPAD, hospitalisation)
- sols mouillés, cirés, irréguliers, tapis, fils, encombrement
- chaussures inadaptées (mules, pantoufles sans maintien, semelles glissantes), vêtements trop longs
- absence de revêtement antidérapant et de barre d'appui dans la douche ou le bain, toilettes trop basses
- lit ou fauteuil trop hauts ou trop bas, sonnette hors de portée
- manque de personnel ou de formation aux heures sensibles (lever, repas, coucher, nuit)
- conditions météo à l'extérieur (verglas, pluie)
3. Que surveiller ? Signes précurseurs et alertes
- la personne a perdu connaissance, est confuse, très somnolente ou vomit
- douleur intense, jambe raccourcie ou en rotation, impossibilité de bouger ou de se relever (suspicion de fracture)
- choc à la tête chez une personne sous anticoagulant ou antiagrégant, même sans symptôme
- saignement abondant, plaie profonde, déformation d'un membre
- malaise, douleur thoracique, essoufflement, paralysie ou trouble de la parole avant ou après la chute
- la personne est restée longtemps au sol (plus d'une heure) : risque de lésions musculaires, de froid et de déshydratation
Pour un diagnostic de risque, on surveille d'abord les facteurs de risque et les signes qui annoncent une chute :
- presque-chutes : trébuchements, glissades, rattrapages de justesse
- marche hésitante, pas traînants, appui sur les meubles, démarche en « marche arrière » ou à petits pas
- difficulté à se lever d'un fauteuil, besoin d'utiliser les bras, lenteur
- vertiges, étourdissements en se levant, malaises
- personne qui se lève seule malgré les consignes, qui tente d'aller aux toilettes la nuit
- peur de tomber, évitement de la marche, repli
- ecchymoses ou plaies inexpliquées, plaintes de jambes qui « lâchent »
- chaussons, vêtements, aides inadaptés, sonnette non utilisée
4. Du diagnostic infirmier aux soins : le raisonnement complet
Il suit quatre temps, après le recueil de données : problème, objectifs, interventions, évaluation. Comme c'est un diagnostic de risque, il ne comporte pas de manifestations : seulement « lié à » les facteurs de risque.
Étape 1 : Le problème (diagnostic infirmier)
On l'écrit selon le modèle « risque de + lié à + facteurs de risque » :
On peut y associer : mobilité physique réduite, risque de blessure, peur, incontinence urinaire fonctionnelle, déséquilibre nutritionnel, confusion, perturbation du sommeil, déficit d'autosoins. Si la personne tombe, on pose en plus les diagnostics des conséquences (douleur aiguë, atteinte à l'intégrité de la peau, peur).
Étape 2 : Les objectifs de soins
Un bon objectif décrit ce que le patient va atteindre, avec un critère mesurable et un délai.
| Objectif | Critère de réussite |
|---|---|
| La personne ne chute pas | Aucune chute déclarée sur 3 mois, relevé des événements et des presque-chutes |
| Les facteurs de risque modifiables sont corrigés | Médicaments revus, vue et chaussage corrigés, environnement sécurisé, toilettes programmées |
| L'équilibre et la force s'améliorent | Appui sur un pied d'au moins 5 secondes, test de lever de chaise plus rapide, test « Timed Up and Go » amélioré à 3 mois |
| La personne et son entourage connaissent les mesures de prévention et les mettent en pratique | Ils décrivent les gestes sûrs : se lever en douceur, appeler, chaussures fermées, éclairage, aides techniques |
| La personne utilise correctement ses aides à la marche | Déambulateur ou canne de bonne taille, utilisé à chaque déplacement |
| La confiance en soi est préservée | La personne marche sans peur excessive, reprend ses activités |
| En cas de chute, la blessure est évitée ou limitée | Pas de fracture ni de long séjour au sol grâce à une alerte rapide |
Étape 3 : L'évaluation et les interventions
A. Évaluer pour bien comprendre
| Évaluation | Pourquoi ? |
|---|---|
| Évaluer le risque à l'admission, à chaque modification de l'état physique ou cognitif, après chaque chute, après une hospitalisation, et à intervalles réguliers en établissement | Le risque change avec la santé et les circonstances |
| Rechercher les antécédents de chute dans les 6 à 12 derniers mois : nombre, circonstances (heure, lieu, activité), blessures, capacité à se relever, malaise ou perte de connaissance | Une personne qui est tombée une ou plusieurs fois a beaucoup plus de risque de retomber ; deux chutes ou plus par an imposent un bilan approfondi |
| Faire des tests simples de mobilité (voir détail plus bas) : appui unipodal, lever de chaise, Timed Up and Go, vitesse de marche, test de Tinetti si disponible | Mesurer l'équilibre, la force et la marche de façon objective |
| Utiliser un outil validé d'évaluation du risque selon le protocole de l'établissement | Combiner facteurs intrinsèques et extrinsèques pour déterminer le niveau de risque et les mesures de prévention |
| Évaluer l'état mental, la vigilance, le jugement et la confusion récente | La confusion et l'altération du jugement augmentent le risque |
| Évaluer la vue, l'audition, la sensibilité des pieds et l'état des pieds (ongles, déformations, plaies) | Un déficit sensoriel empêche de percevoir les dangers |
| Mesurer la tension couché puis debout, le pouls, la glycémie si besoin | L'hypotension orthostatique et l'hypoglycémie font tomber |
| Évaluer l'équilibre et la démarche, l'utilisation des aides, leur entretien et leur réglage | Une aide mal utilisée ou usée augmente le risque |
| Passer en revue tous les médicaments (prescrits, en vente libre, plantes, alcool), notamment ceux qui agissent sur la tension et la conscience | La polymédication est un facteur de risque important ; les médicaments qui baissent la tension ou altèrent la vigilance sont les plus en cause |
| Rechercher incontinence, nycturie, envies pressantes, constipation | La précipitation vers les toilettes, surtout la nuit, est une cause fréquente |
| Évaluer la douleur, l'humeur, le sommeil, la peur de tomber | La peur limite la marche et fait perdre de la force ; la douleur modifie la démarche |
| Évaluer l'état nutritionnel, l'hydratation, la vitamine D, l'ostéoporose, l'anémie | Une personne dénutrie est plus faible et plus fragile aux fractures |
| Évaluer les vêtements et chaussures | Des chaussures mal ajustées ou des vêtements longs limitent la marche |
| Évaluer l'environnement de la chambre, de la salle de bain, des couloirs, des lieux de repas, de l'extérieur : éclairage, sols, obstacles, matériel, aménagement | La personne tombe plus facilement dans un environnement qu'elle ne connaît pas |
| Orienter vers l'avis du kinésithérapeute, de l'ergothérapeute, du médecin et de la consultation de la chute pour une évaluation de fond | Identifier les causes et construire un plan personnalisé |
B. Les interventions de soins
| Intervention | Pourquoi ? |
|---|---|
| Signaler le risque dans le dossier et dans la chambre, par un repère discret et respectueux décidé par l'établissement (pictogramme sur le planning ou le dossier), connu de toute l'équipe | Chaque soignant doit savoir quelles personnes nécessitent une vigilance particulière |
| Installer la personne près du poste de soins ou à un endroit passant quand c'est justifié | Permettre une observation plus fréquente et une réponse rapide aux appels |
| Garder à portée de main la sonnette, le verre d'eau, les lunettes, le téléphone, l'urinal ; répondre vite aux appels | Ce qui est hors de portée pousse à se lever seul |
| Proposer les toilettes à heures régulières, avant le coucher et au réveil nocturne, avec accompagnement ; veilleuse sur le trajet | Moins de précipitation et moins de levers non accompagnés |
| Garder le lit à hauteur réglée (pieds au sol à la sortie), freins verrouillés, lit abaissé au plus bas la nuit si risque de chute, matelas de sol ou tapis amortissant à côté du lit si besoin | Réduire la hauteur de chute et la gravité des blessures |
| Éviter les barrières de lit et la contention : elles n'empêchent pas les chutes et peuvent causer des blessures plus graves (escalade, coincement) | Les études montrent que la contention ne réduit pas les chutes |
| Assurer un bon éclairage, surtout la nuit, éviter les éblouissements | Voir mieux pour se déplacer en sécurité |
| Proposer des chaussures fermées avec semelles antidérapantes, bien ajustées, et des vêtements adaptés à la marche | Une bonne assise du pied limite les glissades |
| Familiariser la personne avec la chambre et le service, limiter les déplacements de mobilier, prévoir des meubles stables et lourds sur le trajet | Un environnement connu est moins dangereux |
| Dégager le trajet principal, le garder droit et sans obstacle, retirer les tapis et les fils, essuyer immédiatement les liquides | Supprimer les causes de trébuchement |
| Fournir une chaise stable avec accoudoirs, bloquer les freins du fauteuil roulant et ne pas oublier de retirer ou relever les repose-pieds avant de lever | Faciliter le lever et éviter les chutes lors du transfert |
| Éviter d'employer le fauteuil roulant comme moyen de contention : le limiter au transport quand la marche est possible | L'immobilité affaiblit encore les jambes |
| Aider à se lever progressivement : s'asseoir au bord du lit une à deux minutes, mobiliser les pieds, se lever lentement avec appui, vérifier l'absence de vertige avant de marcher (voir détail plus bas) | Éviter la chute due à l'hypotension orthostatique |
| Faire marcher et lever régulièrement, accompagner la marche avec le matériel adapté (déambulateur, canne, ceinture de marche, aide humaine) selon l'avis du kinésithérapeute | Une personne qui marche garde sa force et son équilibre |
| Proposer un programme d'activité physique adapté : renforcement des jambes, équilibre, marche, tai-chi ou gymnastique douce, 2 à 3 séances par semaine, et marche quotidienne | Les exercices de force et d'équilibre sont l'intervention la plus efficace pour réduire les chutes |
| Demander une révision régulière des médicaments par le médecin et le pharmacien, surtout psychotropes, antihypertenseurs, diurétiques, somnifères | Moins de médicaments inutiles, moins de vertiges, de somnolence et de chutes |
| Faire contrôler et corriger la vue (lunettes adaptées, cataracte) et l'audition ; faire porter lunettes et appareils auditifs | Mieux percevoir les obstacles réduit le risque |
| Faire soigner les pieds (podologue) : ongles, durillons, déformations, chaussage orthopédique si besoin | Un pied douloureux ou insensible déstabilise la marche |
| Veiller à l'alimentation, aux protéines, à l'hydratation, à la vitamine D et au calcium sur prescription, et traiter l'ostéoporose | Protéger les muscles et les os, limiter les fractures en cas de chute |
| Proposer des protecteurs de hanche aux personnes à haut risque de fracture, si elles les acceptent et les portent | Ils peuvent réduire les fractures de hanche en institution, mais leur port est souvent difficile |
| Utiliser, quand l'établissement en dispose et après réflexion éthique, des capteurs de sortie du lit ou de la chaise, des chemins lumineux ; ils complètent la présence humaine et ne la remplacent pas | Alerter l'équipe sans immobiliser la personne ; leur efficacité n'est pas prouvée à elle seule |
| Assurer une présence ou une surveillance rapprochée (famille, bénévoles, soignants) pour les personnes confuses ou qui ne respectent pas les consignes | La présence humaine protège mieux que les barrières |
| Pour une confusion récente, orienter dans la réalité : repères, horloge, objets familiers, lumière du jour ; en cas de démence, rassurer sans contredire | Réduire l'agitation et le risque de levers dangereux |
| Parler de la peur de tomber avec la personne, la rassurer, la remettre en mouvement progressivement avec le kinésithérapeute | La peur entraîne une perte de confiance et de force, qui augmente le risque |
| Associer la famille : visites aux heures à risque, objets familiers, adaptation du domicile, aides techniques | Une présence rassurante diminue les levers non accompagnés |
| Éduquer la personne et son entourage : se lever en douceur, utiliser les barres d'appui, éclairage, chaussures, tapis antidérapants dans la salle de bain, téléassistance à domicile, quoi faire en cas de chute | L'éducation de la personne est essentielle à la sécurité et au maintien de l'autonomie |
| À domicile : évaluer le logement avec l'ergothérapeute, aider à obtenir les aides financières pour les aménagements (barres d'appui, douche à l'italienne, rehausseur de toilettes) | La majorité des chutes ont lieu à domicile |
| Déclarer chaque chute et presque-chute, les analyser en équipe et adapter le plan | Comprendre pourquoi cela est arrivé et éviter la récidive |
C. Aides techniques et protections : à choisir avec l'équipe
| Moyen | À savoir |
|---|---|
| Canne, déambulateur, rollator | Réglés à la bonne hauteur et choisis par le kinésithérapeute ; apprendre à les utiliser ; vérifier freins, embouts |
| Ceinture de marche, drap de glisse, lève-personne, verticalisateur | Facilitent les transferts sans faire tomber la personne ni se blesser |
| Rehausseur de toilettes, barres d'appui, siège de douche | Facilitent les gestes à risque de la salle de bain |
| Chaussures adaptées, chaussettes antidérapantes | Évitent les glissades ; les mules et pantoufles sans maintien sont à proscrire |
| Veilleuse, éclairage au sol | Sécurisent le trajet nocturne |
| Matelas de sol, lit à hauteur variable | Réduisent la gravité des chutes sans enfermer |
| Téléassistance, bracelet d'alerte | Permettent de signaler rapidement une chute, notamment à domicile |
Rôle de l'aide-soignant : observer les presque-chutes, les signes de vertige et les difficultés de marche, accompagner les levers, les toilettes et les déplacements, vérifier les chaussures, la sonnette, l'éclairage, les freins et la hauteur du lit, proposer les toilettes régulièrement, encourager la marche, rassurer, répondre aux appels, respecter les consignes de positionnement et d'aide à la marche, transmettre sans attendre toute chute ou changement. L'évaluation par échelles, la révision des médicaments, la prescription d'aides techniques et de protecteurs de hanche relèvent de l'infirmier, du médecin et des rééducateurs.
Zoom : trois tests simples pour évaluer l'équilibre et la marche
| Test | Comment le faire ? | Résultat inquiétant (repères) |
|---|---|---|
| Appui unipodal | Se tenir debout sur un pied, bras le long du corps, à côté d'un appui, pendant le plus longtemps possible (jusqu'à 30 secondes) | Moins de 5 secondes |
| Lever de chaise | Se lever d'une chaise sans les bras, 5 fois de suite, le plus vite possible ; ou se lever une seule fois sans utiliser les bras | Impossible sans les bras, ou nettement plus de 15 secondes pour 5 levers |
| Timed Up and Go | Se lever d'un fauteuil, marcher 3 mètres, faire demi-tour, revenir et se rasseoir, en mesurant le temps | Plus de 20 secondes (seuils variables selon les référentiels) |
Ces tests sont réalisés par le kinésithérapeute, l'ergothérapeute ou l'infirmier formé, avec un soignant à côté de la personne pour la sécuriser. Un test anormal ne remplace pas le jugement clinique.
Zoom : se lever sans risque quand la tension chute
- rester allongé quelques instants en fin de lever, après le réveil
- s'asseoir au bord du lit, pieds à plat, et rester assis 1 à 2 minutes
- bouger les pieds et les chevilles de haut en bas plusieurs fois
- se lever lentement avec un appui (accoudoir, déambulateur, aide humaine)
- attendre debout quelques secondes avant de marcher, vérifier l'absence de vertige
- si vertige ou malaise : se rasseoir immédiatement ou s'appuyer et appeler
- boire un verre d'eau avant de se lever si la personne est déshydratée (selon avis médical)
Zoom : que faire après une chute ?
- ne pas relever la personne immédiatement : rester près d'elle, la rassurer, appeler l'infirmier
- demander comment elle se sent, ce qui s'est passé, où elle a mal ; vérifier la conscience, la parole, la respiration, la couleur de la peau
- regarder la posture des jambes et des bras, chercher une déformation, un raccourcissement, une plaie, un saignement ; comprimer un saignement
- couvrir la personne pour éviter le froid ; ne pas lui donner à boire ni à manger
- relever la personne uniquement si l'infirmier ou le protocole l'autorise (aucune douleur, aucun signe de fracture), avec le matériel adapté (releveur, lève-personne) et à plusieurs
- l'infirmier réalise l'examen, prend les constantes, prévient le médecin et la famille
- surveiller les 24 à 72 heures suivantes (signes de traumatisme crânien, douleur, hématome qui grossit, confusion, perte d'appétit), surtout si anticoagulants
- noter les circonstances, déclarer l'événement indésirable, chercher la cause avec l'équipe (médicaments, malaise, environnement, organisation)
- revoir le plan de prévention et soutenir la personne pour qu'elle retrouve confiance
Étape 4 : L'évaluation des résultats
| Question à se poser | Si oui | Si non |
|---|---|---|
| La personne est-elle restée sans chute sur la période ? | Objectif atteint, maintenir la prévention | Analyser la chute, revoir les causes et le plan |
| Les facteurs de risque modifiables ont-ils été traités (médicaments, vue, pieds, chaussures, environnement) ? | Poursuivre la surveillance | Relancer le médecin, le pharmacien, le podologue, l'ergothérapeute |
| L'équilibre, la force et la marche s'améliorent-ils aux tests ? | Poursuivre le programme d'activité physique | Adapter avec le kinésithérapeute |
| La personne utilise-t-elle ses aides et sa sonnette, et se lève-t-elle en douceur ? | Valoriser | Reprendre l'éducation, repères visuels, accompagnement |
| La personne garde-t-elle confiance et activité ? | Encourager | Soutien psychologique, rééducation progressive à la marche |
| Y a-t-il de nouvelles presque-chutes ou un changement de l'état (confusion, vertiges, fatigue) ? | Alerter, réévaluer le risque | Poursuivre le suivi |
Exemple de transmission ciblée :
- D (données) : maladie de Parkinson, deux chutes en 6 mois, vertiges au lever, nycturie, anxiolytique et diurétique pris le soir, chaussons sans semelle, lit haut, éclairage faible, peur de tomber, appui unipodal à 2 secondes.
- A (actions) : médecin et pharmacien prévenus pour réviser les médicaments, diurétique déplacé le matin, tension couché-debout, lit abaissé avec tapis au sol, veilleuse installée, chaussures fermées, toilettes proposées avant le coucher et au réveil, lever progressif, kinésithérapie d'équilibre 3 fois par semaine, soutien psychologique.
- R (résultats) : à 3 mois, aucune chute, appui unipodal à 8 secondes, 1 réveil nocturne, tension stable, monsieur marche avec son déambulateur sans crainte excessive.
5. Prévention en EHPAD et à domicile
- évaluer le risque de chute de chaque résident à l'admission et régulièrement, et à chaque changement d'état
- garantir un environnement dégagé, bien éclairé, avec des sols antidérapants, des barres d'appui, des lits à bonne hauteur
- organiser la présence et les rondes aux moments sensibles (lever, toilette, repas, coucher, nuit)
- maintenir la mobilité : marche quotidienne, activité physique adaptée, kinésithérapie, évitement de l'alitement
- demander des revues de médicaments et limiter ceux qui exposent aux chutes
- corriger la vue, l'audition, les pieds et le chaussage, la dénutrition, la vitamine D, l'ostéoporose
- traiter l'incontinence, la nycturie, la constipation et l'hypotension orthostatique
- chercher en priorité des alternatives à la contention, qui ne prévient pas les chutes
- former l'équipe et informer les proches, déclarer et analyser chaque chute
- à domicile : adapter le logement, téléassistance, aides financières, activités de prévention proposées par les structures locales
Le risque de chute est un diagnostic de risque, qui touche surtout la personne âgée. La chute a presque toujours plusieurs causes, intrinsèques (muscles, équilibre, vue, cognition, maladies, médicaments, peur) et extrinsèques (environnement, chaussures, aides). Les soins reposent sur l'évaluation régulière, les tests de mobilité, l'activité physique d'équilibre et de force, la révision des médicaments, la correction de la vue et des pieds, l'aménagement de l'environnement, l'accompagnement aux moments à risque et le refus de la contention comme réponse. Après une chute, on ne relève pas brutalement, on alerte l'infirmier et on surveille. Une perte de connaissance, une douleur vive, un choc à la tête sous anticoagulant ou un long temps au sol sont des urgences.
Pour aller plus loin : Santé publique France, chutes : chiffres clés et conseils de prévention ; Haute Autorité de Santé, prévention des chutes accidentelles chez la personne âgée.
Formatrice IFSI IFAS depuis plus de 10 ans, j'accompagne les étudiants aide-soignant, les candidats à l'entrée en IFAS et VAE et les professionnels engagés dans une démarche sanitaire et médico-sociale partout en France.
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