Accueil
 
Contact
 
Témoignages
 
Mon compte
 
 
Nos formations
Étudiants IDE-AS-AES Pour les étudiants infirmier, aide soignant et AES

Le larbin des EHPAD...!

Le 11/09/2018 2

Dans Blog aide soignante

 

Identité professionnelle & sens du métier

Aide-soignant en EHPAD : un professionnel qui fait tout... sauf son vrai métier

"Le larbin des EHPAD..." C'est un titre fort, peut-être vexant. Mais c'est la réalité d'une profession qui a perdu de son lustre. Pourtant, il n'y a pas si longtemps, l'aide-soignant était recherché, courtisé, valorisé. Qu'est-il devenu aujourd'hui ?

D'une profession valorisée à un poste fourre-tout

Il fut un temps où la pénurie de soignants dans les maisons de retraite rendait le diplôme d'aide-soignant précieux. Les directions recrutaient, fidélisaient, reconnaissaient. Ce temps semble révolu. Peu à peu, les EHPAD ont choisi de combler leurs effectifs avec des personnes sans diplôme professionnel reconnu, au nom de "compétences naturelles" supposées suffisantes.

"On n'a pas besoin d'un diplôme d'aide-soignant pour faire prendre des douches aux personnes âgées."
Propos entendus de certains directeurs d'EHPAD - témoignage Jomey Stéphane

Cette logique gestionnaire, qui réduit le soin à un acte mécanique, révèle une méconnaissance profonde du métier. Elle interroge l'avenir d'une profession qui reste pourtant au centre de l'organisation de travail en EHPAD.

Une journée d'aide-soignant en EHPAD : combien de métiers en un ?

Tour à tour, l'aide-soignant endosse des rôles qui dépassent largement le périmètre de son diplôme. Voici ce que recouvre, en pratique, une journée ordinaire.

Rôle IDE (emprunté)
  • Distribution de médicaments
  • Soins dermatologiques
  • Pansements
  • Glycémie capillaire
  • Bobologie courante
Agent hébergement (emprunté)
  • Mise de table du midi
  • Service du déjeuner
  • Débarrassage, plonge
  • Passage de la serpillère
Lingère (empruntée)
  • Rangement du linge
  • Armoires résidents
  • Recoudre les boutons
Agent entretien (emprunté)
  • Nettoyage fauteuils roulants
  • Remplacement d'ampoules
  • Débouchage de lavabos
  • Approvisionnement matériel
Agent administratif (emprunté)
  • Traçabilités / transmissions
  • Fiches de suivi
  • Signatures diverses
Animateur (emprunté)
  • Animation l'après-midi
  • Ateliers résidents
Aide-soignant (son vrai métier)
  • Soins de nursing
  • Accompagnement
  • Écoute du résident
  • Relation d'aide
  • Humanitude

Ce que cette dérive coûte vraiment

Le soin de nursing - toilette, confort, prévention des escarres, mobilisation - est la valeur intrinsèque du métier d'aide-soignant. Or, noyé sous les tâches périphériques, il passe au second plan. L'environnement du résident et la traçabilité prennent le dessus sur la relation humaine que le soin devrait incarner.
La traçabilité est nécessaire à la continuité des soins et à la protection juridique du soignant. Mais lorsqu'elle absorbe une part croissante du temps de travail au détriment du temps passé auprès du résident, elle devient un indicateur de dysfonctionnement organisationnel, non une garantie de qualité.
Remplacer des aides-soignants diplômés par du personnel sans formation reconnue n'est pas sans conséquences pour les résidents : moins de maîtrise des techniques de soins, moins de connaissance des pathologies du grand âge, moins de repères éthiques formalisés. La compétence naturelle existe, mais elle ne remplace pas une formation structurée en anatomie, physiologie, relation d'aide et droit des patients.
L'aide-soignant est l'interlocuteur principal du résident tout au long de la journée. Il est celui qui voit le premier les signes de dégradation, qui détecte la douleur, qui reçoit les confidences. Cette position centrale dans l'organisation de l'EHPAD contraste avec la faible reconnaissance institutionnelle et salariale dont il bénéficie.

Retrouver le coeur du métier

Malgré ce constat sombre, des professionnels continuent de porter avec fierté les valeurs fondatrices du métier. Ces valeurs ne s'apprennent pas en une journée : elles sont le fruit d'une formation, d'une pratique réflexive et d'un engagement personnel.

Écoute Accompagnement Humanitude Relation d'aide Dignité du résident Soin de nursing
"Le soin de nursing, valeur intrinsèque du métier d'aide-soignant, est devenu secondaire au profit de l'environnement du résident et de la traçabilité : deux notions qui nous éloignent des valeurs auxquelles on croit et qui sont l'écoute, l'accompagnement et l'humanitude."
- Jomey Stéphane, Responsable publication soignantenehpad.fr

Vous préparez le DEAS ou accompagnez des étudiants aide-soignant ?

Accéder aux exercices DEAS gratuits

Exercices d'écriture professionnelle pour réussir vos écrits de formation

Gisèle Cabre, formatrice IFSI IFAS
Gisèle Cabre
Formatrice IFSI - IFAS
Spécialiste de la formation aide-soignant, elle accompagne les étudiants et les professionnels du secteur médico-social dans leur parcours de formation et de VAE.
Article soignantenehpad.fr - Jomey Stéphane, Responsable publication - Tous droits réservés
Formatrice IFSI IFAS depuis plus de 10 ans, j'accompagne les étudiants aide-soignant, les candidats à l'entrée en IFAS et VAE et les professionnels engagés dans une démarche sanitaire et médico-sociale partout en France.
En savoir plus sur mon parcours

Questions / Réponses

Aucune question. Soyez le premier à poser une question.

Commentaires

  • Michel

    1 Michel Le 20/12/2019

    Et désolé pour les nombreuses fautes que je viens de voir à la re-lecture.
  • Michel

    2 Michel Le 20/12/2019

    Un cadre qui tient ce discours, exceptionnel. La mienne est plutôt lèche botte hierarchique, jusqu'à apparaître sur la liste syndicale patronnale, dont la dernière parution masque à peine le mépris envers le personnel soignant.
    Aide soignant = larbin, le terme n'est trop fort. C'est une réalité que j'essaie de faire passer auprès de mes collègues, et qui met du temps à faire son chemin. L'admettre est difficile, car elle fait prendre conscience qu'on ne peut réaliser un bon travail dans ces conditions, et que donc l'on empreinte le chemin de la maltraitance. Percevoir la réalité de nos actes n'est pas sans conséquences; les meilleurs d'entre nous font un burn-out et réussissent à sortir du travail lamentable fait en gériatrie (service qui recrute de plus en plus d'ASH, ils coutent moins cher).
    Comment voulez-vous prendre soin des gens correctement quand on nous impose toujours plus de tâches annexes. Dans un service alzheimer par exemple, comment maintenir l'autonomie d'une personne quand le temps qui lui est accordée est limité? Ces gens sont à prendre avec des pincettes si je puis dire, or la journée n'est pas extensible. Donc nous finissons inévitablement par faire à leur place, ce qui est parfait pour les faire régresser plus vite, et ce qui n'est pas pour déranger la plupart de mes collègues qui ne font que s'adapter...
    La bien pensance de la cadre nous vend le discours de la bien traitance, en nous suggérant de différer les toilettes à l'après-midi, afin de privilégier les petits déjeuner et la prise de médicament le matin. C'est beau la théorie. Comment voulez-vous laisser les gens souillés, la protection ne peut tenir si longtemps, et l'après-midi on a autre chose à faire (animation, rangement et/ou commande du linge, des produits alimentaires, des protections, des produits ménagers comme les sacs poubelles ou essuie-mains, distribuer les goutters, les mises au toilettes après le repas du midi, nettoyer les accidents qui arrivent assez souvent comme les diarrhées, l'urine au sol dans le service...). Comme vous dites aussi, on s'occupe des poubelles, du linges sale, nettoyage de la caroline, du ménage, du rangement (combien de fois la cadre nous a reproché une mauvaise tenue de l'office, notre salles de travail, devant des visiteurs), sans parler des traçabilités divers, du temps accordé aux familles. Alors oui, on se prend une pause dans l'après-midi, quitte à passer pour de feignant aux yeux des familles, avant le rush du soir qui ne nous permet pas de répit.
    On peut ajouter encore le problème des auto-remplacements, ou, à défaut, du travail en effectif réduit (déjà qu'on n'est pas assez nombreux...), qui nous empêche évidemment de prendre la moindre pause et qui, lorsque l'on commence à 6h30, nous oblige à faire du non-stop jusqu'à 14H, le moment des transmissions (le 6h30 chez nous doit attendre 14H, le moment des transmissions pour enfin s'assoir, car les toilettes terminent quasiment vers 12H, selon la charge de travail - c'est à dire l'état du résident le matin - donc ensuite il nous faut du temps pour installer tout le monde à table, aller chercher médicaments et repas, pause pipi quand on s'accorde se temps (c'est dingue ça), distribuer le repas et les traitements, ensuite faire la vaisselle, nettoyer les tables et la salle, raccompagner certaines personnes aux WC). Bref, on peut ajouter aux soirées ou fin d'après-midi le comportement encore plus difficile des personnes agés (angoisse vespérale notamment).
    Encore une spécificité de notre établissement, les synthèses programmées (ou pas!) en fin de matinée. C'est long une synthèse, ça monopolise un soignant, et quand la cadre se permet d'arriver en retard c'est normal. Donc chez nous, ce travail important, déborde allégrement sur l'heure du repas. Encore une fois c'est l'aide soignant qui se dévoue pour se rendre disponible à une heure improbable; bien entendu les autres disciplines présentes aux synthèses (diététicienne, ergothérapeute, animatrice, médecin s'il a le temps lui) ne peuvent pas différer à un autre moment de la journée.
    Comment peut-on être fier de son métier quand on bosse dans des conditions aussi minables? Certes, j'ai fait pire comme métier, mais mis à part soi-même personne n'en pâtissait.
    J'avais un formateur qui, sans doute pour nous abrutir davantage avec son discours faussement motivant, nous avait dit quelque chose du genre: "l'être humain est capable de tout supporter". Alors oui c'est vrai, et avec ça on peut surement aller jusqu'à légitimer l'esclavage.
    Malgré ces énormités il n'y a aucune cohésion au sein du personnnel soignant. Les principales revendications quand il y en a restent pécuniaires, les autres abus deviennent des normes auxquelles chacun (chacunes!) se soumet.
    Donc pour subir sans dommage tout ce boulot abêtissant il reste à développer notre capacité à encaisser, à se mentir, éteindre l'esprit critique (jugé trop négatif par certains collègues un peu trop faibles et lâches) et vaille que vaille! arrivé à 60 ans passés on part avec un dos cassé, une mauvaise santé (honnêtement je n'ai vu jusqu'à maintenant aucun collègue partir en bonne santé).
    Il y aurait encore beaucoup à dire, comme l'impact des horaires irrégulières sur la santé, la vie privée, le management à respect unilatéral, l'abus des médecins intérimaires dont l'impact est loin d'être anodin sur le personnel (adaptation constante de l'infirmière aux petites habitudes du médecin - prise d'initiative variable d'une médecin à l'autre - , le "yoyo" des traitements envers les résidents...).
    Ca n'ira pas en s'améliorant, et ce n'est pas qu'une question de budget mais aussi de mentalité de la part des soignants trop docile (sans vouloir paraitre misogyne, c'est un milieu très féminin...) et des cadres complices presque, désolé pour les vocations sincères, inutiles.
    J'espère que mon message ne sera pas censuré parce que ma franchise dénote du ton habituel, je suis prêt à préciser mes propos s'ils sont mal peçus tels quels.

Ajouter un commentaire